Quelques notes s’égrènent en épousant la monotonie du tic-tac pendulaire. La voix dense de Tiny Vipers, dont le timbre navigue quelque part entre Brian Molko et Nico, déroule une lente mélopée. Le temps disloqué étale le chant et les airs de guitare, jouée comme d’une harpe. Minuit sonne, la belle chétive erre, désœuvrée et insomniaque, dans des lieux autrefois plus vivants. Un souvenir, un fantôme, la gravité des mots et le solennel de la voix nous pénètrent jusqu’à la moelle. Parfois une sorte de cri échappe de ce chant retenu, et elle saute vers des zones inconnues, plus hautes, rappelant celles d’Alanis Morissette ou The Cramberies quand elles s’évadent des rails. Une ambiance de Far-West règne aussi tout au long de cet elpee, le troisième et le plus ombrageux de Tiny Vipers. Pas pour le suspense des westerns ; non, mais pour l’air suffocant et les paysages arides. Pour les sons folks et la longueur d’un plan sur des yeux fatigués.
La petite vipère s’insinue dans nos têtes et sifflote sa mélancolique litanie. Vicieuse, elle s’installe dans le cerveau et rejoue en boucle des souvenirs acides. La folie n’est pas loin, la tête résonne, et cette incantation obsessionnelle s’offre comme unique moyen d’apaisement.

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