Une rumeur battrait le pavé des ruelles sinueuses du Old Stockholm : la Petite Sirène ne serait pas danoise ! Non plus unique et singulière, elle se conjuguerait même sur le nombre duel et viendrait de la capitale. Voici le nom bifide de cette créature : Miriam et Johanna Eriksson Berhan. A l’écoute de la beauté abyssale de leur premier opus, les bruits qui courent sur la nouvelle sensation de la scène indépendante scandinave pourraient dire vrai. Un folk féérique et enchanteur en témoignerait.
En bref : 2 + 2 + 2 = Taxi Taxi !
Soit deux jeunes surdouées, deux démos et deux ans de travail avant que Björn Yttling (Peter, Björn and John) ne produise leur premier six titres en 2006. Année où les deux sœurs jumelles hautes de 17 ans décident de fouler sans façons les planches des plus prestigieux festivals d’Europe du Nord (Roskilde, Hultsfred,…)
Expérience scénique qui servira de substrat à la réalisation de « Still Standing At Your Back Door ». Un premier elpee d’une grâce inouïe édifié de matériaux phoniques, de cristaux impalpables indélébilement : guitares acoustiques, ukulélé, fingerpicking, piano. Sonorités instrumentales plongées dans un océan de limpidité que font onduler mystérieusement des voix cristallines.
Une bulle de savon musicale qui sonne comme une nuit d’été stockholmoise. Un opus d’une étrangeté fascinante qui mérite un arrêt sur image :
« Still standing at your back door », en ouverture, flâne d’emblée sur des rêveries tendres et mélancoliques. Un regard lent et obsessionnel inspiré des ondulations sonores de la mer Baltique.
« More childish than in a long time » écoute des percussions lointaines se pincer de cordes mélodiques. Une douceur acoustique qui défie le syndrome de Peter Pan.
« Old Big Trees » ferme le trio d’ouverture. Et, tout à coup, une voix moins implorante, plus assurée et enjouée, brise les mélopées intimistes du duo scandinave.
« Same side of the moon » s’existentialise et hurle les avilissantes contraintes du corps. Celles qui posent des barrières à la perception, à la création. Un cri épuisé qui se ‘mosaïque’ en sens et transforme la langue. Les paroles, inouïes au sens propre et figuré, se substituent alors à la langue suédoise et explorent les rives de l’inintelligible.
« All I think of » est une piste où la production de Johan Berthling se fait particulièrement entendre. Un sillon orchestré d’une rythmique soignée de percussions lourdes et de cliquetis stridents qui miment délicieusement le clapotis du cœur livré continument à la marée de nostalgie qui le submerge, à la beauté inconfortable de l’existence.
« The ripest fruit » surprend par un shuffle-latin-swing excentrique. Une piste déroutante à la rhétorique plus proche des frontières de Tijuana que de celles des provinces suédoises.
« … » : trois autres pistes aux saveurs surprenantes avant de refermer la porte sur « Mary ». Morceau touchant réenregistré de l’Ep éponyme de 2006 et paisiblement (re)décoré. Une mise en son finale au piano qui échoue et se rend oiseux par excès de subtilité et de formalisme. Un excès final de ‘byzantisme’ ?
Malgré les influences floues puisées au bord de la Baltique et chez l’Islande de Björk, « Still Standing At Your Back Door » se pose sereinement comme un premier album indéfinissable et résolument touchant. Album frôlé par l’aile de la grâce dans la forme et le fond : richesse dans les arrangements, véritable profondeur de songwriting et surprenante maturité.
Miriam et Johanna Eriksson Berhan se produiront le 25 mars prochain au Witloof Bar du Botanique.

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