Pour la première journée de l’édition 2011 du d’Hiver Rock, on ne peut pas dire qu’il y avait foule. Si vers 18h30, on dénombrait 80 spectateurs, on a à peine dépassé les 450 âmes, vers 22h30. Paradoxalement, a contrario des années précédentes, le bar est resté quasi-désert toute la soirée. Le public était dans les salles. Davantage de mélomanes que de flâneurs ou même de fêtards. Une inquiétude se lisait quand même dans les yeux des organisateurs. Une explication qui en vaut certainement une autre : l’absence de ‘tête d’affiche’, même si le festival est surtout consacré aux découvertes. Ainsi, pour ce vendredi, on ne recensait aucun article spécifique, consacré aux 9 artistes présents, dans Musiczine. Mais bien 8 lors du samedi, sur 17 participants.
Il revenait à Rue des Pêcheries d’ouvrir les hostilités. Un collectif réunissant huit musicos : un drummer/bidouilleur, un claviériste, un bassiste, un percussionniste, un MC et une section de cuivres partagée entre un saxophoniste ténor, un trompettiste et un tromboniste. Si le combo reconnaît pour influences majeures The Roots, les Beastie Boys et Herbaliser, son hip hop old school est teinté de funk et de jazz. Et laisse une bonne place à l’impro. Les textes sont cependant exprimés dans la langue de Molière. Très intéressants, ils posent un avis critique, voire ironique, sur l’avenir de notre génération postindustrielle. Ne m’en demandez pas plus, je ne suis jamais parvenu à accrocher au hip hop, au rap et à ses dérivés. Mais je respecte ceux qui défendent cette cause, surtout lorsqu’elle est exprimée avec talent.
Bang Bang Bazooka est une formation néerlandaise. Issue d’Eindhoven, très exactement. Née en 1987, elle a mis son histoire entre parenthèse après le décès accidentel de leur roadie. Chaque musicien s’est alors lancé dans des projets différents. Avant de se réunir et de recommencer l’aventure, en compagnie d’un nouveau drummer. Le quatuor pratique un rockabilly de toute bonne facture, lorgnant même parfois carrément vers le countrybilly (NDR : pas toujours une bonne idée, cependant). Deux images qui me restent en tête : la superbe gratte blanche du chanteur/guitariste et le look pas possible du contrebassiste. Une chose est indéniable, le set était de bien bonne facture et m’a même rappelé les Romantics…
Il y a deux ans, j’avais eu un coup de cœur pour Lucie Carton, une formation scaldéenne. Bien en place, elle proposait une musique festive rappelant Les Négresses Vertes. Se distinguant par ses vocaux essentiellement partagés entre une très jolie vocaliste au timbre limpide et un lutin enthousiaste. Et puis par des lyrics traitant de questions relatives à la vie et à son absence. Le tout traversé par de savoureuses interventions à l’accordéon, apportant une touche cabaret particulièrement judicieuse à l’ensemble. Aujourd’hui ils sont 10 et plus 9. Un des gratteurs partage également les vocaux. Et un nouveau venu est venu s’ajouter à la section de cuivres. C’était déjà le point faible. Passée à un trio, elle manque de cohésion. Ce qui n’arrange rien. En outre, c’est à peine si on entend l’accordéon. Et les arrangements sont totalement bâclés. C’est bien beau d’enregistrer un album, mais est-ce vraiment nécessaire si c’est uniquement pour participer aux fêtes estudiantines ou au carnaval ? Quand on dispose d’un tel potentiel, on doit avoir de l’ambition. Bosser, répéter et au moins prévoir un voire deux ingénieurs du son lorsqu’on se produit en ‘live’. On ne règle pas une balance entre autant de musiciens, les doigts dans le nez. C’est extrêmement périlleux. Et complètement casse-gueule. Au cours des années 70, les sections de cuivres de Blood Sweat & Tears et de Chicago étaient dirigées par un chef d’orchestre spécifique. Maintenant, les fans se sont bien amusés. Tant mieux pour eux. Mais pour notre part, c’est une grosse déception.
Chez The Caroloregians (NDR : rien avoir avec VanCau !) militent certains membres des Moon Invaders. Un quintet qui pratique un mélange de funk, d’early reggae et de soul à coloration sixties. Le vocaliste possède une très belle voix et le claviériste s’est dégoté un orgue Hammond de collection. Les différents instrumentistes ne sont pas des manchots, la musique ne manque pas de groove, mais les compos accrochent difficilement. Si bien qu’après 20 minutes, votre serviteur est allé se désaltérer.
Heureusement, la soirée allait nous réserver une toute bonne surprise : La Troba Kung-Fu. Chez cette formation, on retrouve Joan Garriga, le chanteur/accordéoniste du groupe légendaire catalan Dusminguet. Mais aussi Muñeco (multi-instrumeniste chez Amparanoia, Ojos le Brujo et Macaco), ‘Totti’ (Wagner Pa), Marìa Roch (Jarabe le Palo) et le guitariste andalou flamenco ‘Muchacho’. A l’instar d’Ojos de Brujo, d’Amparanoia et de Macaco, Dusminguet était un des groupes phares de la scène ‘mestizo’ espagnole. A l’issue de la sortie de son troisième opus, « Go », il s’est séparé. Fruit d’un mélange entre cumbia, dub, raï, reggae, rumba, salsa et boogie woogie, la musique de LTKF revisite le folklore espagnol, cubain et sud-américain. Les vocaux sont interprétés (le plus souvent) en catalan. Et ce souffle venant de la Méditerranée a apporté un vent de fraîcheur au festival. Leur énergie communicative et leur bonne humeur ont conquis les spectateurs qui se sont lancés dans d’interminables farandoles. Et non seulement, le public a participé à la fête, mais les musiciens ont aussi démontré une grande maîtrise instrumentale. Le set a dépassé son timing prévu, mais on ne s’en est guère rendu compte, le quintet achevant sa prestation par des reprises de chansons traditionnelles et un morceau quasi a capella que la foule a repris en chœur.
Peter Pan Speedrock est également un band issu d’Eindhoven. Mais il pratique du métal old school dans la lignée de Motörhead. Un trio fondé en 1997 qui compte quand même huit albums à son actif. Dès les premiers accords, on est complètement soufflé par la puissance du son. Le chanteur/guitariste arpente la scène de long en large. Le drummer cogne dur et le bassiste manifeste énormément de versatilité sur ses (3 ?) cordes. Mais après 3 morceaux, ayant oublié mes boules-Quiés et craignant les acouphènes, j’ai préféré m’esquiver. Sorry !
Dubioza Kolektiv nous vient de Bosnie-Herzégovine. Apparemment, le line up habituel réunit 7 musiciens, mais ce soir je n’en ai dénombré que 6. A moins peut-être que le préposé aux effets électroniques se cachait en coulisses. Un zeste de reggae, un chouia de rock, du dub, un parfum d’Europe de l’Est et beaucoup de hip hop (NDR : la présence de deux MCs n’y est pas étrangère). C’est un peu la formule de leur expression sonore. Ces deux personnages se ressemblent quand même physiquement. Ils portent une coupe de cheveux de type Iroquois, même si l’un des deux possède une longue chevelure retenue par un nœud, derrière la tête. Tous les musicos sont vêtus d’un training. Jaune et noir pour tout le monde, sauf pour l’un des deux vocalistes. Il est noir et jaune (NDR : cherchez l’erreur !) Peut-être des nostalgiques du Royal Racing Club de Tournai. Dans le style, leur set tient la route, mais décidément ce soir, hormis la Troba Kung-Fu, je reste sur ma faim.
La mort du roi de la Pop, Michaël a monopolisé une grande partie des médias ces dernières années. Mais ce soir, c’est un autre King qui va renaître de ses cendres. Dead Elvis est un one-man band dans le style de Bob Log III. Coiffé d’un masque de tête de mort, et vêtu d’un authentique costume, plutôt dépareillé, de l’idole de Memphis, notre homme revisite les compos à sa façon. Armé d’une guitare et tambourinant du pied sur une grosse caisse minimaliste, le résultat est surprenant. Le public, en partie fan de rockabilly vu les dégaines, se déhanche devant la scène. Le bonhomme nous fait rire, et joue la carte du mythe derrière son masque qu’il n’ôtera jamais. Bref un set humoristique avant tout, qui a son effet en festival, mais qui n’ameuterait pas grande foule en salle !
Et la soirée se termine par les régionaux de l’étape : Red Soul. Avec l’avantage que leur show est diffusé simultanément en direct sur Radio Campus. La célèbre radio universitaire du Nord de la France (Villeneuve d’Ascq plus exactement) qui a vu le jour il y a maintenant plus de 40 ans. Et durant ce festival, un studio radio squattait même le deuxième étage de la Maison de la Culture, tout comme une expo BD de Mezzo. Bref, revenons-en au band tournaisien, qui distille un blues-psyché aux accents de vieux hard. Le chanteur possède d’ailleurs une voix nasillarde qu’il module, un peu, à la manière d’un Bon Scott. Il n’a évidemment pas le même charisme, même si certaines compo sonnent très AC/DC. Leur guitariste péruvien n’est d’ailleurs pas avare de riffs plutôt percutants. Mais il est déjà passé une heure du mat’ et le public se fait rare. Et l’on décide aussi de prendre congé en milieu de set, pour rejoindre les bras de Morphée. D’autant plus que la deuxième journée (samedi) s’annonce bien plus chargée et surtout plus intéressante…
(Voir aussi notre section photos)

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