Les saisons se suivent et se ressemblent. Ainsi, l’Autumn Falls en est déjà à sa troisième édition.
Programmation éclectique et qualitative aux quatre coins de Bruxelles avec en toile de fond, une réelle collaboration entre les salles de la capitale.
De l’AB au Botanique, en passant par l’Atelier 210 et le VK, cette tournée des grands ducs opère un détour via le Magasin 4, un crochet par la Maison des Musiques et se réserve le pousse-café chez Madame Moustache, le tout entre le 26 novembre et le 2 décembre. Et s’apprécie tout autant pour son imposante affiche que pour son esprit d’indépendance.
Lancé par Toutpartout, agence de Booking et organisatrice de concerts dans le Benelux, ce festival doté du don d’ubiquité se révèle une des valeurs sûres parmi les événements de fin d’année.
Accueillis, engloutis même par une bête rampante au souffle râpeux, la horde dont votre serviteur fait partie, s’abandonne d’abord aux rites païens d’un félin aux mœurs décalées.
Si le ‘Dark Folk’ de Kiss The Anus Of A Black Cat s’accommode fort bien sur disque de beats martiaux subtilisés à une certaine ‘Cold Wave’ pornographique (au point parfois de se payer la « Figurehead » du Cure millésime 82), et si l’homogénéité de l’ensemble campe sur une solide mais froide ossature, force est de constater un ennui certain qui fige l’assistance.
Noyés sous les fumigènes et éblouis par un light show violent en arrière-plan, le groupe semble tout aussi guindé, à l’exception de son leader au regard transperçant.
Un rendu puisant mais pas tout à fait convaincant de l’imprononçable « Weltuntergangsstimmung », sorti cette année.
Quelques manœuvres entre la scène et les coulisses plus tard, nous sommes plongés dans une obscurité plus noire que… le trou de cul d’un chat.
L’atmosphère se drapant de la singulière discrétion de Lower Dens, groupe à l’image tellement effacée qu’elle en devient translucide.
Pour qui se souvient, le terme ‘Shoegaze’ a été créé inventé, à l’aube des années 90, par la presse insulaire. Une presse qui s’était montrée peu tendre à l’égard de cette attitude, se moquant ouvertement du manque total de jeu de scène de ces groupes dont la principale préoccupation était de regarder leurs pieds (pour mieux s’y retrouver dans ce fatras de pédales d’effets, étalées sous leur nez).
Et bien, Lower Dens pousse le concept encore plus loin, puisqu’il est nécessaire de manifester la plus grande des attentions, pour apercevoir un seul de leurs pieds…
Le reste des corps se gardant bien de sortir de la pénombre où ils se terrent timidement.
Certes, Jana Hunter, tête pensante du groupe, n’a pas le physique qui lui permet les plus audacieuses frasques ; et sans doute que sa garde-robe devrait faire fuir des légions entières de mites à la vue d’une telle austérité aux accents mormons.
Du coup, celle-ci, tapie derrière un clavier et sa guitare dans le coin le plus reculé de la scène donne corps aux chansons par la seule présence de sa voix.
Et c’est bien là que réside toute la force de ce groupe.
Invisibles, à peine habillés par quelques projections projetées en arrière-fond, ils délivrent le charme de leur musique, distillant le plaisir pur, par le biais de leur unité sonique.
Nulle mise en scène, quelques remerciements bredouillés du bout des lèvres, mais une présence de tous les instants.
Sans esbroufe, ce groupe placé exactement à l’opposé de Muse sur le spectre de la grandiloquence, reproduit avec application les morceaux de ces deux excellents albums.
S’offrant parfois sous un nouveau jour, osant parfois l’écart (le dissonant « A Dog’s Dick » qui clôture ici cette soirée très zoophile), toujours présent, même dans cette quasi-absence.
Une prestation qui définit les contours d’un groupe complètement flou, à entendre plus qu’à voir.
Kiss The Anus Of A Black Cat + Lower Dens
(Organisation : Toutpartout)

Nederlands
Français 
