Pour la seconde journée du Micro festival, nous savons déjà que Holograms a déclaré forfait. La formation suédoise a été remplacée par un band catalan : Mujeres. Du froid du grand nord, on passera donc à la chaleur méditerranéenne. Et de chaleur, il en sera encore question toute la journée…
A peine séchés, la tête encore embuée, nous sommes accueillis dès 15h15, par la pop 60's des Generationals. Les mélodies sont jolies, les voix agréables mais on ne voit pas ce que le live apporte par rapport au récent et très recommandable album « Heza ». On sent le groupe pas encore tout à fait à l'aise sur les planches. Est-ce de la timidité ou juste un cruel manque de charisme ? Seuls les morceaux où les mélodies synthétiques dominent le sujet décollent vraiment (« Put A Light On », « You Got Me »). A revoir quand il aura acquis un peu plus de bouteille.
Arrive alors Frank Shinobi et son math-rock alambiqué, mais non rébarbatif pour autant. Le quatuor s’amuse à conduire les auditeurs, encore parsemés, dans les méandres d’un bruit blanc et sec comme la plaine de l’espace 251 Nord, brûlé par le soleil.
Au menu de cette conduite en état d’ivresse mais sans ébriété ; s’arrêter net sur la bande d’arrêt d’urgence pour un Sirtaki, et flirter avec un moudjahidine de l’Amour.
Héros sans visage et musique au final sans étiquette, le combo liégeois s’affiche comme à l’accoutumée, sans prétention mais en affichant un savoir-faire grandissant.
Présentant au passage quelques nouveautés à découvrir prochainement, les protégés du label Honest House remuent les premiers membres engourdis par ce climat digne du Zoulkistan.
En parlant Zoulk, petit détour au sortir de la tente devant les enceintes du Sound System qui nous abreuvent de doucereux larsens sous la houlette du magnifique DJ Kool Strings, nous rappelant l’importantissime mission qu’il s’est donné sur les ondes de 48 FM.
Avalanche de noise et cascade de delay pour conduire nos sens au mur du son où nous attend le trio Peter Kernel. Son post-punk minimaliste ne va pas faire l'unanimité, mais reconnaissons au groupe helvético-canadien le mérite de chercher l'interaction avec le public, connexion qui manquait un peu jusque-là. L'humour et la gentillesse du couple, qui restera par la suite de longues heures à discuter et boire en compagnie des festivaliers, feront oublier les imperfections techniques.
Soulignons néanmoins le mérite du batteur que nous apercevrons plus tard devant Die ! Die ! Die ! arborant timidement sa main fracturée.
L’après-midi se tasse et nous abreuvons nos canalisations sèches sur une pente diagonale dont la bande-son est assurée par Christophe Showstar, autre crème locale.
Et nous attendons.
De fait, on attendait peut être trop des Berlinois de Camera. Leur album « Radiate » renouant avec la grande tradition du kraut, Neu et Can en tête. Malheureusement, quelques problèmes techniques et l'arrivée impromptue d'un inspecteur du son tatillon vont en décider autrement. L'occasion de constater que nos oreilles martyrisées par des années de concert exigent plus de décibels que les 90 autorisés. Est-ce pour ces raisons que le groupe a paru extrêmement énervé (le batteur quittant la scène pendant plusieurs minutes et le groupe ne daignant même pas saluer à la fin du set) ? Ce qui s’est soldé par un concert en dents de scie émaillé de larges plages ambient - post-rock évoquant plus le label Kranky voire le Tortoise des premiers albums que la trance krautienne. Un goût de trop peu donc. Il faudra attendre le prochain passage du trio allemand pour se faire une idée (il se chuchote que l'on ne devrait pas patienter trop longtemps...)
La soirée prend ses quartiers et les premiers regards embués commencent à scintiller quand la vague déferlante néo-zélandaise débarque avec force et fracas sur l’estrade.
Si l’on excepte un énième problème technique ; en l’occurrence le pédalier d’Andrew Wilson, le charismatique leader, qui vient à faire défaut d’une manière impromptue –quoique brillamment suppléé par ses deux acolytes– le set ne souffrira d’aucun temps mort ! Mort ! Mort !
La tension est palpable et les pogos qui sentaient la cour de récré viennent à prendre une tournure plus menaçante, la faute à une paire de trous-du-cul.
Dans cette effervescence testostéronisée et heureusement canalisée, les morceaux de Die ! Die ! Die ! s’exécutent rageusement et, descendant à plusieurs reprises dans la foule, le chanteur finit d’instaurer une ambiance abrasive mais au demeurant résolument positive.
Une décharge d’ions qui ébranlent nos sens et nous met en appétit pour les Espagnols de Mujeres. Ils assurent la partie festive de l’affiche, mais broutent rapidos les testiculos de la nombre d’entre nous.
Après cinq morceaux qui n’auraient pu n’en être qu’un seul nous laissons les remplaçants d’Hologram (Ô déception !) finir comme ils ont commencé. Au loin, nous entendons une cover du « Run Run Run » du Velvet, ce qui semble une brève embellie dans la brume ibérique et nous apercevons le chanteur surfant sur une vague d’incompréhensible engouement.
Enfin, on ne s'étendra pas trop sur la prestation de The Suicide Of Western Culture. Il est pertinent de terminer un festival par des sonorités électroniques et les compositions sur album du duo catalan, même si elles sombrent parfois dans le pompier, ne sont pas inintéressantes pour peu qu'on aime un tantinet le monde de M83, par exemple. Mais avec la meilleure volonté du monde, il est difficile de défendre le live proposé. Structures de morceaux peu compréhensibles, sonorités de fête foraine et utilisation franchement loupée de la saturation nous poussent vers la sortie. La tente se vide d'ailleurs au fil des morceaux, expulsant par petites grappes des spectateurs aux commentaires plutôt caustiques. Fin décevante pour un festival qui dans son ensemble ne l’a pas été. Et qui déjà profile sa silhouette sur les pavés de deux mille quatorze.
Même heure, même endroit ?
Organisation : JauneOrange.
(Voir aussi notre section photos ici)

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