Rongé par l’ennui un samedi de mai, votre serviteur a été intrigué, au détour d’une promenade, par le va-et-vient de badauds tout droit sortis d’un mouvement hippie post Woodstock.
Sa curiosité l’a conduit à l’entrée d’une propriété communautaire à Jemappes au sein de laquelle se déroulaient des festivités destinées à récolter des fonds participatifs. Un mini festival à la clé (‘Les sons du petit Marais’) !
Il s’agissait de la toute première édition du genre. Elle n’a malheureusement pas attiré grand monde. Il faut avouer que la publicité accordée à cet évènement était quasi inexistante. L’affiche proposait une artiste à la connotation exotique : Hano-ah. J’avais pourtant d’autres chats à fouetter. Je ne me suis donc intéressé qu’à elle. Bien m’en a pris…
Le monde de la musique est une véritable jungle à travers laquelle il est souvent difficile de se frayer un chemin. Certains groupes sont éphémères. Parfois, ils ne parviennent pas à procurer la moindre émotion. D’autres, encore, laissent un souvenir indélébile… Aurore Di Cesare, à l’état civil, appartient de cette minorité !
Véritable OVNI dans le paysage musical, cette jolie jeune femme à l’allure prépubère, semble avoir traversé, le temps d’une parenthèse, le tube cathodique d’une émission de télévision style High School Musical.
Elle jouit en réalité d’une solide expérience dans le domaine, bien qu’elle vienne à peine de souffler ses 27 bougies !
Ainsi, alors âgée de 21 ans, elle parvient à fédérer suffisamment de fans afin de récolter la coquette somme de quinze mille euros.
Le Crowdfunding lui permet de pénétrer le marché grâce à la publication d’un premier opus dix titres intitulé « At the crack of dawn ». Lors des sessions d’enregistrement, elle s’était intelligemment entourée d’un orchestre classique. Distribué par Universal, le disque a été produit par le talentueux Renaud Lhoest, malheureusement disparu trop tôt après avoir souffert d’une longue et pénible maladie.
La suite de la carrière de cette Montoise d’adoption sera vécue comme une conte de fée. Après une première création pour le ‘Festival au Carré’, organisé par le Manège, Hano-ah se produit en live dans l’émission ‘50 degrés nord’ sur Arte ainsi que ‘Sans chichis’, sur la RTBF.
Cerise sur le gâteau, les chansons de son répertoire sont reprises pour la BO du film anglais « Echoes of summer sin » de Steven Owen.
Fort de ce succès, un Ep quatre titres voit le jour 2013. "Slow waltz ", permet à la belle Italienne de revenir sur le devant de la scène avec des fondamentaux. Expérimental dans la démarche intellectuelle, ce mini album se veut aussi plus épuré. Un disque à son image en quelque sorte !
Sur les planches, malgré une carapace qu’elle souhaiterait dure comme la pierre, la demoiselle redevient une petite fille. Ses failles et faiblesses refont surface. Parfois hésitante, presque timide, elle reste subtilement émouvante.
Ses questionnements sont nombreux ! On la sent meurtrie dans sa chair et son cœur, victime d’un passé torturé ! Sa musicalité trahit, à peine, des blessures qui semblent ne pas s’être encore refermées totalement. Une artiste à fleur de peau !
Son univers campe un mélange étrange de sons oniriques produits par son synthé et des loop vocaux amusants. Plutôt douée pour la beat box, c’est surtout lorsqu’elle s’exécute au piano-voix, qu’elle devient d’une sensualité époustouflante ! Ses paroles me bercent. Un peu comme un enfant dans les bras chaleureux de sa mère !
Planté à une encablure de l’estrade, je la contemple et redevient tout à coup le gosse que j’étais jadis découvrant son petit train en guise de cadeau de Noël. Je ne sais quoi dire. Je suis transi d’émotions. Je frissonne, mon cœur palpite et j’ai les jambes en coton…
C’est dans la langue de Voltaire qu’elle transcende viscéralement son répertoire ! Sa reprise de Noir Désir, « Le vent nous portera », est un chef-d’œuvre ! Elle parvient à se réapproprier ce titre légendaire. C’est dans cet exercice de style que l’on discerne le talent véritable des musiciens ! Beaucoup s’y essaient, mais peu y parviennent ! Chapeau bas M’dame !
Plus cocasse, l’angulaire sous laquelle elle dépoussière par sa seule créativité un titre ultra populaire de Desireless, « Voyage voyage ». Magnifique !
Son anglais approximatif dénature par contre quelque peu ses compositions écrites en anglais. Elle devrait y être plus attentive !
Artistiquement proche de Lisa Gerrard, Dead Can Dance ou encore This Mortal Coil, son show d’environ une petite heure est un melting pot de tendresse et de mélancolie. Qu’on aime ou pas son univers, on ne peut rester insensible à un telle prestance et à ce grain de voix particulier, éraillé parfois, mais tellement envoûtant.
Ses yeux pétillent de bonne humeur. Il lui est difficile de contenir ses larmes lorsque la thématique du cancer dont un ami proche n’a pas survécu, est évoquée. Ce qui pour le commun des mortels serait une faiblesse, elle, en fait une force !
Le regard ténébreux qui me glaçait le sang au début du spectacle devient tout à coup limpide, transparent. Je parviens à lire dans les grands yeux bruns d’Aurore comme dans un livre ouvert. J’y vois ses imperfections et ce spectre de contradictions qui l’entoure et fait d’elle une personne attachante dans le sens le plus noble du terme…
Seule petite ombre au tableau, son ‘live’ souffre de temps à autre de l’absence de consistance sonore. Même si le minimalisme issu de son créneau identitaire lui va comme un gant, les efforts qu’elle prodigue restent insuffisants afin de capter durablement l’attention de son auditoire. Dommage !
Hypnotique et mystérieuse, il n’était pas besoin d’être un fin observateur pour constater que cette demoiselle m’a littéralement métastasé l’âme. Je n’en suis pas sorti indemne. La vie est parfois bien étrange…
Setlist :
Walking away
The river
Slow waltz
Monster
Voyage voyage (reprise)
In the sea
Le vent nous portera (reprise)
Leave me, don’t hurt me
My dear
La rumeur (reprise)
Gnôthi + Hano-ah + Gabba Lovers + The Cherry Blossoms + Ozvald

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