Ce samedi soir, la Rotonde invite trois groupes de nationalité différente (Italie, France, Angleterre), mais aux influences sensiblement communes.
Jennifer Gentle est le premier groupe italien signé sur le célèbre label de Seattle, Sub-Pop. Le trio italien ouvre timidement les hostilités. Faut dire que le public est amorphe. Quoiqu’ouvertement inspiré par Syd Barrett, leur folk psychédélique ne brille pas par son originalité. Résultat des courses : le concert ne décolle jamais et passe plutôt inaperçu.
John & Jehn fait son cinéma, et ça marche ! Les french-lovers dandys exilés à Londres nous immergent subrepticement au sein d’un univers sombre. Atmosphère éclipsée par des stroboscopes aveuglants qui plongent le spectateur dans les eaux troubles et glauques d’un bon film noir et blanc. Comme le décor granuleux d’un film de Cassavetes, l’image s’imprime sur la scène de la Rotonde.
Elle, Camille Berthomier, clavier, voix, basse. Lui, Nicolas Congé, chant, guitare, basse. Le couple, à la ville comme à la scène, affiche une attitude sombre, stylisée et sensuelle. A l’image de The Kills, le couple s’harmonise ; le son et les voix s’épousent, s’entrelacent, fusionnent en pop.
On notera cependant quelques imperfections sonores (voix parfois décalées…) Une maladresse savamment concertée (‘Une façon de faire sans calculer’) héritée de Lou Reed et du Velvet Underground. Les longs intervalles silencieux entre les morceaux trahissent une certaine désinvolture et témoignent d’un manque d’expérience. ‘On a tout composé vite, on s’en souvient même plus’ et… ça s’entend !
Malgré les influences évidentes du Velvet Underground et de Joy Division, John & Jehn parviennent à créer leur propre monde musical. Minimaliste et puissant. Une musique magnétique et sensuelle affichant un romantisme désabusé. Un rock garage crasseux aux riffs qui montent en colère pour atteindre le larsen et parfois effleurer la noisy. Intelligente fusion soutenue par une boîte à rythmes omniprésente et efficace.
Hormis quelques imperfections de jeunesse, John & Jehn est indéniablement un groupe en devenir.
Anciens membres du groupe Bikini Atoll, le duo londonien Joe Gideon & The Shark est remarqué en 2002 par l’ancien membre de Cocteau Twins, Simon Raymonde. Ce groupe est partagé entre le chanteur/guitariste Joe Gideon et sa sœur Viva, multi-instrumentiste jouant parfois de 2 ou 3 instruments en même temps.
Sobrement et intimement installés sur le podium, lui, côté jardin, légèrement en retrait ; elle, côté cour, en lisière de scène, les acteurs nous offrent une stupéfiante tranche d’introspection. Des mélodies belles et évanescentes. Joe Gideon parle voyage et nous raconte de sa voix chaude et grave quelques éclats de vie, avec une langueur hypnotique. Au même titre que ses légendaires prédécesseurs, Lou Reed et Jonathan Richman, Joe Gideon s’élève en narrateur et en songwriter efficace.
La matière musicale nous offre un post-rock brouillonnant et subtil. Une musique incontestablement héritée de Nick Cave mais aux arrangements originaux souvent produits par Viva qui communique une saveur indescriptible à la formation.
Sans éclipser les talents d’auteur-compositeur de Joe, l’originalité du groupe procède principalement de la présence de Viva (The Shark). Une véritable femme-panthère orchestre au charisme impressionnant. Main droite sur le clavier, main gauche fouettant la caisse claire, elle clôture le set par « Anything you love that much you will see again ».
Deux rappels percutants pour un final aux guitares saturées et aux percussions explosives qui sillonnent encore les murs de la Rotonde.
Joe Gideon & The Shark, une expérience musicale à vivre.
Joe Gideon & The Shark + John & Jehn + Jennifer Gentle – Rotonde (Botanique)
(Voir photos dans la rubrique ad hoc)
Eric Ferrante
Organisation Botanique
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Ce 9 mai, les Nuits proposaient, au cœur du Cirque Royal, une soirée aux accents 100% ‘folk’. Au programme, un menu très équilibré. D’abord Laura Marling, une entrée découverte pour ouvrir l’appétit. Ensuite Phosphorescent, un plat principal placé sous le signe de la révélation. Et enfin, Andrew Bird. Une valeur sûre à dévorer comme plat de résistance.
La salle est honnêtement investie lorsque Laura Marling monte sur scène. La blonde est accompagnée d’une violoncelliste. Ensemble, elles retournent le folk dans tous les sens, passant de compos alt-country au fameux anti-folk, sans la moindre transition. En interprétant une de ses compos, Marling est au bord de l’étouffement ; mais heureusement, il reprend rapidement ses esprits (NDR : et son souffle), en affichant un grand sourire, comme si de rien n’était. Un 10/10 pour l’effort mais ses chansonnettes un peu trop conventionnelles n’emballent pas complètement.
Pas beaucoup plus de monde pour Matthew Houck, alias Phosphorescent. Après deux prestations inoubliables à l’ABClub, le gentil barbu revient à Bruxelles flanqué de trois musiciens. Et c’est ici que le bât blesse. Ses prestations en solo sont de celles qui vous prennent aux tripes. Quelle déception, donc, de voir un Phosphorescent un peu détaché et essayant tant bien que mal de paraître à l’aise dans une salle d’une telle envergure. Quant à la dimension minimaliste de sa discographie, elle est tout simplement anéantie par ses trois camarades. Phosphorescent était le projet d’un seul homme et aurait manifestement dû le rester.
Une petite demi-heure plus tard, Andrew Bird monte sur les planches et tente de sauver les meubles. L’homme retire ses chaussures et démarre son show seul, entouré de machines à loops. Une première partie de set impeccablement ficelée. Rejoint ensuite par ses musiciens, le Chicagolais parcourt tranquillement sa discographie, le dernier « Noble Beast » en tête. « Why ? », « Fake Palindromes » et autres « Laura » porteront le coup de grâce à un set riche et captivant. Andrew Bird saved the day…
Andrew Bird + Laura Marling + Andrew Bird – Cirque Royal
Redouane Sbaï
(Voir également notre section photos)
Organisation : Botanique

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