En arrivant sur le parking de la Maison de la Culture de Tournai, une légitime crainte commence à nous envahir. Il est à moitié vide. En outre, le public déambulant dans le hall d’entrée est plutôt clairsemé. Or, lors des éditions précédentes, la foule est déjà au rendez-vous. Et est même constituée en parts égales d’ados et de vieux rockers. Une explication ? Peut-être l’absence de véritable tête d’affiche, de ‘hype’ susceptible de jouer un rôle de locomotive. La crise ? Peut-être. La date choisie ? A la fin des vacances de Carnaval. Au cours desquelles les étudiants retournent chez eux et les adultes prennent quelques jours de vacances. De quoi manifestement soulever des questions. Bref, pour cette première journée, il faut tabler sur une affluence estimée à 450 personnes.
Il revenait aux Bangers d’ouvrir les hostilités. Une formation britannique issue de Falmouth, dans les Cornouailles. Un trio qui pratique une forme de post/punk mélodique plutôt basique. Un bon point : la voix rauque mais bien timbrée du vocaliste, Roo. Un point faible : le manque d’amplitude du jeu de drums. Des références : le Clash et la formation de skate punk californienne NOFX. Un set rondement mené mais qui n’a certainement pas brillé par son originalité…
Crazy Arms nous vient également des Iles Britanniques. De Plymouth, très exactement. Et tourne régulièrement en compagnie des Bangers. Un quatuor qui partage également ses influences majeures entre le Nouveau et le Vieux Continent. Du pays de l’oncle Sam, ils ont incontestablement été marqués par le hardcore juvénile des Green Day, Hüsker Dü voire des Pixies. D’outre-Manche, du folk punk de Ted Leo et surtout de Billy Bragg. A cause des lyrics politiquement engagés. Mais aussi de la voix un peu cassée du vocaliste. Et puis parfois de la manière quelque peu filandreuse dont Darren Johns, gratte sa rythmique. Mais si les références sont solides, le résultat manque quand même d’identité…
Les Ramoneurs de Menhirs véhiculent, au sein de l’Hexagone, une image de formation alternative. On y retrouve d’ailleurs l’ex-guitariste des Béruriers Noirs, à la manœuvre. Un style fortement marqué par le folklore celtique, breton en particulier. Les cornemuseurs avaient déjà rencontré Loran en 85, à l’invitation des Bérus. Pour y enregistrer " Vive le feu ", un morceau publié sur un Ep intitulé " Joyeux merdier ". L’aventure avait même entraîné une collaboration lors de quelques concerts, dont celui accordé lors de la Noël de cette même année, à Paris, Quai de la gare. Avant de revenir soutenir Béru aux Trans musicales de Rennes en 2003. Ce « Vive le Feu », les Ramoneurs vont d’ailleurs l’interpréter ce soir ; un morceau qui va récolter, il faut l’avouer, un franc succès auprès des aficionados. Le reste du public tournaisien se demande un peu ce qui lui arrive. Faut dire que le look punk (NDR : ces crêtes, ces vêtements en peaux de bête !) de ces quatre quadragénaires a de quoi interpeler. Sans oublier un cinquième larron, un sexagénaire, sorte de sosie de Patrick Topaloff, qui vient parfois donner de la voix (NDR : qui a dit chanter ?). Déroutant ! « Edan Ur Blez » ouvre le set. Le public est toujours calme, mais s’avance imperceptiblement vers le podium. Et puis la salle commence à se remplir. Dès « Dans Gwandek », les pogos fleurissent et les farandoles s’enchaînent, telles de véritables gavottes bretonnes (NDR : ‘an dro’ ou ‘dañs tro’, dans le dialecte local). L’ambiance monte en crescendo. Certains fans montent sur les planches et s’improvisent choristes, alors que les premiers slams de la soirée se déclenchent. Et le point culminant du show est atteint lors de l’adaptation de « Bella ciao », rebaptisé pour la circonstance « Bell ARB », un chant protestataire italien devenu celui des partisans communistes avant d’être reconverti en hymne de ralliement pour les anarchistes en France. Tout un programme ! Car le militantisme est très présent tout au long du set. Entre les titres, Loran n’hésite pas nous balancer quelques déclarations particulièrement engagées. Inévitablement, Sarkozy en prend pour son grade. Et si à première vue, on imagine qu’il se produit vêtu d’un maillot de foot français bien beauf, il précise en fin de parcours que c’est celui de la Grèce, en souvenir de la branlée mise à la France, lors de l’édition 2004 de Euro. Pour couronner le tout, le drapeau indépendantiste va même flotter tour à tour sur la scène et dans le public. Et ce n’est pas la version un peu trop brute et appuyée de « Oi oi oi » qui freinera l’enthousiasme de l’audience. Bon, c’est vrai, la solution sonore est parfois un peu monocorde. Les bombardes bretonnes et le binioù kozh y sont sans doute pour quelque chose. Les accords très punk dispensés par la gratte de Loran n’ont strictement rien de subtils. Tout comme cette boîte à rythmes, un peu trop mécanique. Et de véritables drums auraient donné davantage de couleur aux compos. En outre, l’ingé du son ne fait strictement rien pour rendre le son plus propre. On se demande même si ce n’est pas un pote, engagé, lors d’une soirée festive. Même que parfois, on ne comprenait rien de ce que Momo racontait. Mais au beau milieu de ce chaos, les spectateurs n’avaient qu’une seule envie : taper du pied, lever leur verre, et scander des airs révolutionnaires.
Autre salle, autre ambiance chez General Lee. Un septuor issu de Bethune, dans le Nord de la France. Les instrumentistes sont excellents et leur solution sonore lorgne même quelque part entre Meshuggah, Isis et 65daysofstatic. Et donc passe plutôt bien la rampe. Mais très vite le chant métal, limite grindcore, vient casser le tout et nous incite à évacuer les lieux…
Le set des Mala Vita est beaucoup plus pro. Quant aux influences, elles sont bien latines, oscillant de Gabriel Rios à Gogol Bordello, en passant par La Mano Negra (NDR : le patronyme du groupe en est certainement la plus belle illustration). Latines, ‘gypsies’, mais surtout hispaniques. D’ailleurs, on ne peut s’empêcher de penser à Firmin Muguruza voire aux bons vieux Negu Gorriak, tout au long du set. Néanmoins, on est loin de la copie conforme des références susvisées. Et pour cause, nous sommes en présence d’un combo hollandais. Donc issu du pays des coffee shops. D’ailleurs, leurs compos virent régulièrement au reggae. Qu’ils maîtrisent d’ailleurs à la perfection. Le show est parfaitement rôdé et la rigueur batave est parfaitement illustrée par la performance irréprochable de l’ingé du son. Un zeste de cuivres n’aurait certainement pas nui à l’ensemble. Encore qu’il y a toujours un risque de sombrer dans le ska. Ou alors du violon. Pour suppléer l’omniprésence de l’accordéon. Raison pour laquelle, au fil des compos une certaine morosité a commencé à nous envahir. Heureusement, c’était en fin de set. Sans quoi, la prestation de Mala Vita est quasi-irréprochable.
Finaliste du Concours-Circuit en 2007, Morning Red continue de croire en sa bonne étoile. Et pourtant, son néo métal indus est assez difficile à digérer. Le septuor (NDR : encore !) tournaisien implique au sein de son line up deux guitaristes, un bassiste (NDR : il joue sur une drôle de 5 cordes !), un claviériste, un préposé aux platines et deux chanteurs, dont les interventions vocales vociférées pourraient être placées dans le contexte d’une conversation entre deux mecs qui veulent avoir raison lors d’un différent. C’est puissant, intense, terriblement électrique. Mais la musique s’adresse à des aficionados particulièrement branchés sur le style. Ce qui n’est malheureusement pas notre cas. Désolé !
Habituellement, nous sommes exhaustifs et passons en revue la quasi intégralité des groupes présents lors du festival, mais nous avons fait l’impasse sur Doubitchou. Difficile de raconter quelque chose de sensé sur le set électro d’un Dj, d’une part. Et puis, au bar, le stock de ‘blanche’ était épuisé. Une raison suffisante pour prendre le chemin du retour. Et puis pour être en forme le lendemain. En espérant que l’affiche proposée soit un peu plus conséquente ; et puis la réserve de fûts de ‘H*********’ suffisante…
(Voir aussi notre section photos)

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