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Anna Aaron

Neuro

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Chanteuse/compositrice/interprète/pianiste, Anna Aaron est de nationalité suisse. Elle est plus précisément bâloise. « Neuro » constitue son second opus, et fait suite à « Dogs in spirit », paru en 2011. Lors des sessions d’enregistrement, elle a reçu le concours de Ben Christopher, de Jason Cooper (NDR : c’est le drummer de Cure !), mais surtout de David Kosten, à la mise en forme, producteur qui a notamment bossé pour Bat For Lashes et Guillemots.

Les lyrics de « Neuro » s’inspirent du ‘Neuromancien’ de William Gibson, un auteur de science-fiction qui a notamment influencé le film culte, « Matrix ». Vous avez peut-être eu l’occasion de regarder et d’écouter le remarquable clip consacré à « Stellarling », une compo au tempo sautillant, balisée par un piano sonore, et magnifiée par la voix ample et profonde d’Anna, alors réminiscente de Lene Lovitch. C’est également une des meilleures chansons de l’opus. « Sutekina » est également superbe. Les vocaux semblent alors plutôt hantés par Sinéad O’Connor. Une plage énigmatique, enrobée de chœurs. Ces voix sont d’ailleurs extrêmement travaillées tout au long de l’elpee. Par le biais du rerecording, c’est une certitude. A l’instar de « Case », une piste électro abordée dans l’esprit de Radiohead. De « Neurohunger », également, davantage électro indus, mais sous un format plus proche de Nine Inch Nails. Une électro qui s’imprime également parfois sur un format binaire. Sans doute idéal pour danser, mais pas vraiment ma tasse de thé. Je la préfère dynamisée par une boîte à rythmes plus ample. Comme sur l’hymnique « Totemheart », sorte de rencontre improbable entre le Floyd et Donna Summer, une piste dont la conclusion ressemble à une incantation mystique. Le long playing s’achève par « Simstim », encore un morceau électro, mais à la fois atmosphérique et minimaliste.

Anna Aaron se produira ce jeudi 20 mars à la Péniche de Lille.

 

Anna Aaron

La musique, c’est mathématique…

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C’est en visionnant un clip d’Anna Aaron que votre serviteur s’est décidé de se rendre à un de ses concerts, et puis de lui consacrer une interview. Une superbe vidéo (voir ici ) au cours de laquelle on est immédiatement scotchés par l’amplitude vocale de l’artiste. Qui oscille de Sinéad O’Connor à Kate Bush, en passant par Lene Lovitch. Elle a bien sûr inclus cette chanson, « Stellarling », sur son second elpee intitulé « Neuro », un album dont le titre s’inspire du « Neuromancer » de William Gibson (NDR : enfin c’est ce que raconte la bio), écrivain qui a lui-même influencé le fameux long métrage « Matrix ». Pour entamer cet entretien, il me semblait donc naturel d’aborder le thème de la science-fiction sous son aspect littéraire et cinématographique…

Ce ne sont pourtant pas des sujets qui la dévorent particulièrement. Elle s’explique : « J’ai lu des extraits du bouquin, car je souhaitais acquérir un certain vocabulaire pour mieux appréhender cette matière. Et j’ai entrepris des tas de recherches pour y parvenir… » Mais c’est surtout l’aspect cyberpunk (NDR : définition sur Wikipédia ici) de ces références qu’elle creuse. Elle précise : « Une thématique parfaitement développée dans ‘Ghost in the shell’ (NDR : un manga de Masamune Shirow qui remonte à 1989), au cours duquel il y a des machines qui ont une âme presque humaine et où la femme est presque moitié robot et moitié déesse. Une approche à la fois mystique, romantique et technologique que j’ai beaucoup appréciée… » Est-ce la raison pour laquelle elle a un jour déclaré que la musique était mathématique, qu’elle nécessitait une cohérence entre le rythme et les harmonies ? Réduire la musique à des maths, n’est-ce pas la traduire en équation scientifique ? Et la réduire au solfège ? N’est-ce pas contraire au véritable esprit rock’n’roll ? Elle argumente : « Oui, j’ai fait cette déclaration, car on parle toujours de l’inspiration sous sa forme émotionnelle. Mais il existe également un côté rationnel dans la musique. Car la musique, ce n’est pas n’importe quoi. Les Occidentaux utilisent certaines tonalités ; or, elles sont beaucoup plus nombreuses dans les autres cultures. Chez nous, on s’arrête aux demi-tons. Pour bien comprendre la musique, il faut la placer dans un certain contexte. Plus scientifique. Il y a des mesures derrière… » Manifestement, les cours de piano classique qu’elle a suivis au cours de son enfance l’on plus marqués que le rock. Elle ajoute : « Mais le rythme, c’est aussi structuré, même si c’est plus simple. C’est souvent 1-2-3-4. Du 4/4 quoi. C’est métronomique. C’est mathématique… »

Si le premier elpee, avait bénéficié du concours de Marcello Giulliani, bassiste d’Eric Truffaz (NDR : qui l’a par ailleurs invitée à participer à la confection d’un de ses elpees, et à assurer le supporting act d’une de ses tournées), à la production, ‘Neuro’ a été enregistré sous la houlette de David Koster, mieux connu pour avoir notamment mis en forme des albums de Bat For Lashes et de Guillemots. Mais comment se sont déroulées les sessions auprès d’un personnage qualifié d’aussi perfectionniste ? Anna commente : « Bien. D’abord, je me suis posé des tas de questions avant notre rencontre ; et il est clair que j’étais un peu angoissée de bosser en compagnie d’un grand nom auquel je voue beaucoup de respect ; et je ne parvenais pas imaginer qu’il avait envie de travailler avec moi. Mais sur le terrain, il était nécessaire de briser la glace et d’évacuer ses idées préconçues, parce que dès qu’on entre studio, il faut être présent d’esprit, être bien lucide, prendre les bonnes décisions, gérer, diriger le processus et je ne pouvais pas perdre de temps en manifestant trop de révérence à son égard ; ce qui aurait pu nuire à la collaboration. Et puis finalement, c’est quelqu’un de très rigolo. Il a énormément d’humour, parfois même puéril ; ce qui nous a finalement permis de se détendre et même de rire aux éclats. Et le rire casse toujours la glace, comme on dit en allemand… » David a également entraîné Ben Christophers et le drummer de Cure, Jason Cooper, dans l’aventure. Quel a été leur rôle lors des sessions ? Anna répond : « Ben Christopher est venu 2 ou 3 jours. Il a assumé les parties de guitares et joué de toute une série d’instruments bizarres comme le phono phaser ou le marxophone, mais également plus anciens. Jason Cooper n’y a consacré qu’une seule journée. Mais comme le studio était trop petit, on a dû déménager une journée complète… »

Tout au long de ‘Neuro’, on est frappé par la qualité des harmonies vocales. Des chœurs, si vous préférez. Un travail technologique opéré sur sa propre voix. Elle confirme : « Oui, oui, il s’agit bien de ma voix. On a utilisé des samplings, des plugs in, des delays et d’autres trucs. Mais ce n’est pas ma voix qui est retravaillée, ce sont surtout les chœurs qu’on a mis en couches… » Lene Lovitch ? Elle ne connaît pas. Quoique manifestant beaucoup de considération pour Sinéad, elle n’aime pas trop son timbre, qu’elle estime trop atmosphérique… 

Certaines compos de son long playing adoptent un tempo binaire, dance, presque disco, d’autres sont imprimées sur un rythme plus élaboré. Le choix est-il délibéré ? Elle nous répond : « Non, pour moi, c’est très intuitif. Je suis incapable de fournir une explication logique. » ‘Totemheart’ évolue ainsi à la croisée des chemins du Floyd circa ‘One of these days’ et de Donna Summer, un morceau qui s’achève par une prière, voire une incantation mystique. Notre interlocutrice confirme que la fin de la composition est abordée comme une prière. Par contre Donna Summer, et même son célèbre ‘I feel love’, ça ne lui dit rien. Là où nos réflexions vont converger, c’est au sujet de ‘Neurohunger’, la plage le plus électro-indus de l’opus. D’abord le titre me fait penser à Sophie Hunger, une autre Suissesse, mais la compo, surtout à Nine Inch Nails. Elle corrobore mon point de vue : « C’est exact. Pourtant, je n’ai pas pensé à N.I.N. quand je l’ai composée ; mais il est vrai que pas mal de monde me l’ont fait remarquer…. »

Anna apprécie beaucoup David Eugene Edwards. Mais préfère-t-elle feu 16th Horsepower ou Wovenhand ? « Pour moi cette question est difficile. Il est clair que Wovenhand est encore en pleine évolution. Ce n’est pas un produit fini comme 16th Horsepower. En plus, chez Wovenhand, la métamorphose est toujours en cours. Entre le premier disque et le dernier, il y a une fameuse différence. J’ai eu le bonheur d’écouter le nouvel album de Wovenhand que quelqu’un du label m’a filé secrètement ; et manifestement il y a une progression marquante vers l’univers du rock, alors qu’à l’origine, la musique baignait plutôt dans le folk… »

Lorsqu’elle se produit en concert, Anna souhaite que le public devienne témoin de son set, qu’il y ait un partage entre elle et cet auditoire. « Effectivement, car je ressens sa présence. C’est très important. Il constitue un énorme corps dans la salle. C’est de la force. Et c’est cette puissance qu’elle incarne, qui est très importante pour moi. Je m’appuie dessus et c’est réciproque, je crois… »

Anna Aaron

Une voix hors du commun…

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C’est la première fois que vos serviteurs mettaient les pieds à La Péniche. Sur les bords de la Deûle, face au champ de mars, le bateau existe en tant que Café Théâtre depuis 12 ans. Susceptible d’accueillir une centaine de personnes, il constitue un lieu de référence de découverte de musiques actuelles et humoristique.

A l’affiche, ce soir, Anna Aaron, qui a eu la gentillesse de nous accorder une interview, une grosse heure plus tôt, dans le Vieux Lille. Anna est de nationalité suisse et vient de publier son second album. Baptisé « Neuro », il a été précédé par un remarquable clip –et par ailleurs single– intitulé « Stellarling ». Et c’est ce clip qui nous a donné l’envie d’aller la voir en concert. Afin de vérifier que cette voix remarquable l’est tout autant sur les planches…

Vers 20h40, le backing group d’Anna monte sur le petit podium. Un drummer, un bassiste (également préposé aux synthés) et une guitariste (parfois à la sèche, le plus souvent à l’électrique) qui pianote circonstanciellement sur un synthé mais surtout assure à merveille les contre voix. Anna débarque à son tour et s’installe derrière une console impressionnante qui combine plusieurs niveaux de claviers, dont un synthé et un piano électrique, mais également une boîte à rythmes et une loop station qui va lui permettre, notamment, d’échantillonner sa voix. Sans oublier les deux micros. Doit y a voir également d’autres gadgets électroniques, mais là on entre dans un domaine purement technique. En la voyant débarquer sur l’estrade, on reconnaît à peine la demoiselle que nous venons de rencontrer en tête à tête. Maquillée, les cheveux tirés en arrière, vêtue d’un top reproduisant les motifs en pointillés de son dernier elpee, elle a manifestement un fameux charisme.

Le set s’ouvre par l’inévitable « Stellarling », et première constatation, le son est parfait. La voix d’Anna est aussi splendide que sur disque, et franchement au milieu de tout ce matos, elle assure. Une voix qui va même nous flanquer des frissons sur « Simstin », la plage qui clôt le dernier long playing. « Sea monsters » est un premier extrait du précédent elpee, « Dogs in spirit ». Le morceau le moins convainquant, aussi. Mais « Totemheart » remet immédiatement les pendules à l’heure ; un titre qui évolue sur un tempo électro dance subtil, tout en mettant l’accent sur les voix, les boucles de voix et la contre voix. Un morceau dont le final est même plutôt surprenant. A partir d’« In the devil’s cave », deuxième plage issue de l’opus précédent, le son monte en puissance, « Elijah’s chant » autre extrait embrassant même un format carrément rock. Avant que « Neurohunger », dernier track du concert proprement dit, ne libère un groove dévastateur.

Le rappel est rapidement accordé et s’ouvre par « Mary Ruth » qu’Anna interprète en solo. Les autres musicos remontent sur la scène pour aborder l’atmosphérique « Off ». La setlist embraie par le beau et mélancolique « Case », puis le dispensable « Linda » avant de s’achever par le percutant « Where are you David ».

Bref, devant à peine 50 spectateurs, Anna Aaron a démontré toute l’étendue de son talent, un talent qui augure un succès futur à conjuguer sous une autre dimension. Elle possède une voix hors du commun, dont l’amplitude lui permet de passer du grave au falsetto avec une facilité déconcertante. Dans un registre qui oscille de Sophie Hunger à Kate Bush, en passant par Lene Lovitch et même parfois Sinead O’Connor. Et en plus, c’est une excellente musicienne (NDR : c’est un prof de musique classique qui lui a donné ses premiers cours de piano) et elle compose ses propres chansons. Dans la langue de Shakespeare, qu’elle maîtrise parfaitement. Enfin, elle peut s’appuyer sur une guitariste/vocaliste aussi douée que solide. Et très jolie, pour ne rien gâter. Un pari ? Non, une projection ! L’AB ou le Cirque Royal, d’ici deux ans. On en reparlera…

(Organisation : A Gauche de La Lune)   

Pour la section photos, c'est ici