Lorsque le british blues a éclaté au cœur des sixties, la contagion n'a pas tardé à se propager en Europe et tout particulièrement aux Pays-Bas. Flanqué de ses Blizzards, Cuby (Harry Muskee) a rapidement rempli, chez nos voisins du Nord, le rôle des Bluesbreakers de John Mayall, entraînant dans son sillage bon nombre de disciples, parmi lesquels on retiendra surtout Livin' Blues, Oscar Benton, Rob Hoeke, les Bintangs, Flavium et, un peu plus tard, Barrelhouse, une formation que j'ai toujours beaucoup appréciée !
Ce band sillonne les pistes du blues depuis bien longtemps. Et pour cause, il est né en 1974. Au sein du line up figurait déjà la chanteuse à la voix délicate Tina Schoemaker, les deux frères d'origine javanaise Johnny et Gus Laporte, le pianiste Han Van Dam, ainsi que le drummer Bob Dros et le bassiste/accordéoniste/harmoniciste Jan Willem Sligting. A cours de l’hiver dernier, ils ont décidé d'enregistrer des classiques du blues, écrits avant la fondation du combo. Faut dire que c’est ce qu’ils préfèrent jouer ; et aussi ce qu'ils font de mieux!
‘Back in the years when blues started to be original’, nous annoncent-ils avant d’entamer les hostilités par un morceau de folk traditionnel intitulé, "Oh death". Séduisante, cette plage d’excellente facture est marquée par un riff solennel produit par la guitare rythmique des frères Laporte. Bob Dros caresse ses fûts. Le timbre vocal de Miss Tina est délicieux. De brève durée, le solo de guitare est un véritable joyau. Limité à quelques notes, il est cependant gorgé d'intensité dramatique. L'intro du "I love the way I live" de Muddy Waters me rappelle le blues des 60’s. Celui du Chicken Shack de Stan Webb et Christine Perfect, tout particulièrement. C’est-à-dire des débuts du groupe. Face au piano de Han van Dam, les cordes libèrent des sonorités arides et travaillées. Nostalgie quand tu nous tiens… Le tempo s'accélère. Tina secoue sa longue chevelure bouclée avant de croquer (NDR : oh la gourmande !) "Shake 'em on down", un autre traditionnel au cours duquel 'Barrelhouse Bailey' van Dam étale tout sons savoir-faire aux ivoires. Un véritable travail d’orfèvre accompli par un des plus grands disciples de l'inoubliable Otis Spann, pendant que les frères Laporte se démènent à l'arrière-plan. Superbe ! "Comeback baby" est un slow blues issu de la plume de BB King. Dès l’ouverture, le feeling est très présent. Van Dam passé à l'orgue Hammond. La voix de Tina est savoureuse, chargée de passion. Et les quelques notes dispensées par les frangins Laporte tapent littéralement dans le mille. Le "Bring it on home" de Sonny Boy Williamson est aussi convaincant. Une compo au cours de laquelle Jan Willem a troqué sa basse contre un l'harmonica. L’émotion est à son comble tout au long du "God bless the child" de Billie Holiday ainsi que du "Midnight hour blues" de Leroy Carr. Deux compos sculptées dans le préwar blues. Deux duos également. Auxquels participe Tina. Lors du premier, elle murmure face au banjo gémissant de Johnny Laporte. Et du second, elle est soutenue par le piano de Han. L’elpee épingle deux covers de John Lee Hooker : "Groundhog blues", une plage au cours de laquelle Laporte attaque ses cordes sèchement, à la manière du maître, comme le faisait si bien Tony Mc Phee des Groundhogs ; et en finale, une version honnête d’"It serves me right to suffer". Le combo batave ne semble d’ailleurs pas plus inspiré, lorsqu’il adapte "Spoonful" et "Meet me in the bottom" de Willie Dixon. A contrario, leur version du "Mean old world" de Little Walter est superbe. Pas d’harmonica, mais le piano vivifiant de van Dam. Quant à la reprise solennelle du "Weary blues from waiting" de Hank Williams, elle conjugue judicieusement accordéon et cordes. Manifestement, Barrelhouse a pris un énorme plaisir en enregistrant cet opus. Et il est partagé. Dès lors, pas question de le bouder…