Thomas Ruf s'est offert Henry ‘Coco’ Montoya, un guitariste californien dont le mandat accompli auprès des Bluesbreakers de John Mayall est le plus long à ce jour. Et pour cause, il y est resté une dizaine d'années. Il y a partagé, d’ailleurs, le poste de soliste, auprès de Walter Trout et a participé à la confection de sept albums du natif de Macclesfield, pour Ruf. Il a fait ses premiers pas au cours des 70’s, en épaulant Albert Collins, comme drummer. Lorsque Montoya entame une carrière solo, il est signé par Blind Pig, une écurie yankee pour laquelle il va graver "Gotta mind to travel" en 1995, puis "Ya think I'd known better" et "Just let go". En 2000, il passe chez Alligator, la boîte de Bruce Iglauer. Un bel avancement. Il aligne alors "Suspicion", "Can't look back' et enfin "Dirty deal" en 2007.
A cours des derniers mois, il a collaboré, composé et s’est produit en compagnie de Keb Mo et Jeff Paris. Et "I want it all back" constitue le résultat des sessions studio. Keb Mo se réserve la guitare rythmique et Jeff Paris, les claviers. Ont également participé à la confection de cet elpee, le drummer Stephen Ferrone, le bassiste Reggie McBride et le percussionniste Courtney Branch.
L'album s’ouvre par "Hey senorita". La frontière mexicaine n’est pas bien loin. Rythmes latinos et syncopés sont alimentés par les baguettes de Stephen Ferrone et les accords de piano de Jeff Paris. Légères, intrépides, toujours brillantes, les cordes de guitare s'évadent entre chaque couplet. Ballade soul séduisante, le titre maître met en exergue la voix chaleureuse de Coco. Elle semble taillée pour ce style. Jeff le soutient aux chœurs. Evoluant sur un tempo plus lent, "Forever" conserve une coloration soul. Signée Dozier/Holland, cette composition avait été un hit des Marvelettes, pour la Tamla Motown. Coco dispense parcimonieusement ses notes au sein d’un climat fort cool, entretenu par l'orgue Hammond. Ballade légèrement blues rock, "Cry lonely" est issue de la plume de Gary Nicholson (NDR : un folk singer notoire, issu de Nashville). Les interventions vocales de notre Californien sont impeccables. Sa six cordes libère des notes très mélodieuses, empreintes de beaucoup de finesse et de sensibilité. "As close as I have come" est également une compo signée Nicholson, une autre ballade pleine de tendresse. Manifestement, Coco nous avait habitués à plus d’audace. Tout au long de cet elpee, il semble se complaire dans une forme de blues/pop à la Eric Clapton. Et "The life of my broken heart" en est une autre illustration, une ballade écrite par Jeff Paris. Exclusivement et discrètement concentré sur sa seule guitare rythmique, jusqu’alors, Keb Mo offre enfin une réplique vocale chaleureuse. Le "The one of my broken heart" de Smokey Robinson est bien entendu une compo soul. Encore une ballade. C’est au moment où on désespérait qu’on se rend compte que Coco Montoya n’et pas définitivement perdu pour le blues percutant, qui avait fait ses lettres de noblesse. A l’instar de cette bonne réplique du "Fanny Mae" de Buster Brown, une plage qui bénéficie du concours du célèbre tandem Piazza/Alexander. Rod souffle dans son harmo et Honey se charge des ivoires. Coco n'a écrit qu'une seule des onze plages : "Don't go makin' plans". Un trip funky parcouru de cuivres synthétiques! Tout au long de ce long playing, on se rend compte que Montoya a pris des risques en tempérant son expression sonore pour mettre en exergue ses qualités vocales. Ce qui pourrait, je le crains, ne pas trop plaire à ses aficionados de la première heure. En finale Coco et Keb conjuguent leurs voix face au saxo racoleur de Paulie Cerra, lors d’une cover particulièrement réussie du "Somebody's baby" de Jackson Browne. Le produit fini frise la perfection, c’est indéniable. Mais je ne suis guère convaincu du résultat. A l’approche de ses 60 balais, Coco aurait-il pris un coup de vieux ?
Paradoxalement, lors de ses remerciements mentionnés au sein du booklet, il cite ses musiciens de tournée qui l’accompagne pour l’instant ; soit Randy Hayes, Brant Leeper et Nathan Brown. Mais aucun d’entre eux n’a participé à la confection de ce disque… Coco tourne pour l’instant en Europe. Il est ainsi annoncé ce 15 mars au Spirit of 66 de Verviers. Il participe également au nouveau périple organisé par Ruf, "Blues without frontiers", une Blues Caravane partagée en compagnie des chanteuses Meena et Shakura S'Aida..