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Twin Temple, amants maudits ?

Établis à Los Angeles, Alexandra et Zachary James, mariés à la ville, publieront leur troisième elpee, « Doomed Lovers », le 23 octobre sur leur propre label, Pentagrammaton Records, distribué à travers le monde par Secretly Distribution. L'annonce survient…

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Damien Jurado

Visions of us on the Land

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« Visions of us on the Land » constitue déjà le 4ème volet de la très fructueuse collaboration entre Damien Jurado et le producteur aux mains d’or, Richard Swift. Alors, confirmation ou essoufflement ? Surtout quand on sait que le deuxième et le troisième –bien que remarquables– n’ont pas atteint le sommet auquel était parvenu à accéder « Saint Bartlett », inscrit au panthéon des albums cultes ; de ceux qu’on emmènerait sur cette fameuse île déserte… 

Les nouvelles visions de l’Américain, satisfait de la suite donnée à l’odyssée métaphysique de son alter ego, déjà (anti)-héros de ses deux précédents opus, part aujourd’hui en voyage à travers un ersatz des Etats-Unis, en proposant 17 pistes sculptées dans un folk antique aux tonalités psychédéliques. La ligne de basse est profonde. Le climat est chargé de reverb. Opérés par l’ami Swift, les arrangements de cordes et de piano sont judicieux. Marchant sur les traces de Nick Drake (« Prisms ») ou s’autorisant des expérimentations dignes de Bill Callahan (un « Mellow Blue Polka Dot » qui emprunte une mélodie à sa trilogie), Damien creuse son propre sillon en parfait artisan, quelque part entre folk et pop déviante ; et rien ni personne ne pourra l’écarter d’une trajectoire, une impressionnante croisade musicale qu’il a entamée depuis déjà 12 opus…

 

Damien Jurado

Rien que du bonheur !

Écrit par

En ce dimanche 10 avril, tout se ligue contre les mélomanes qui ont décidé d’aller applaudir Damien Jurado, au Botanique de Bruxelles. D’abord, à cause de la fatigue du week-end qui s’achève. Un week-end aux fumets de barbecue et aux relents de rosé d’Anjou. Ou alors simplement propice à la farniente voire aux ballades ou encore au chilling. Et puis, se déplacer, à Bruxelles, un dimanche soir, via les transports en commun, s’avère depuis quelques semaines, particulièrement téméraire...

Aussi, imaginer qu’on va s’enfermer dans la boîte de l’Orangerie pour terminer ce week-end magnifique, peut sembler inapproprié. Sauf que… ce dimanche soir, l’extraordinaire Damien vient défendre « Visions of Us On The Land  », son dernier opus. Et d’ailleurs, c’est bien là que le véritable but de cette fin de semaine se situe. Une œuvre qui clôt sa trilogie entamée dès 2012 par « Maraqopa » et poursuivie sur « Brothers And Sisters Of The Eternal Son », en 2014. Trois elpees éblouissants qui racontent l’histoire d’un voyageur qui part à la rencontre du bien et du mal, de l’ésotérisme, de la pensée et du rêve, avant d’achever ce périple lorsqu’il est sûr d’avoir acquis la plénitude dans le doute. Une ambiguïté que l’artiste semble d’ailleurs entretenir. On ne le sait pas encore, mais ce spectacle va littéralement nous scotcher et nous dégriser des excès de la veille, telle une partie de jokari.

Tout commence à 20h00…

Avant de pénétrer dans l’Orangerie, on a pris soin d’emporter un gobelet de houblon qu’on tient aux bords des doigts. Il fait soif ! Et quand on a encore la gueule de bois, rien de tel que de soigner le mal par le mal. Passé le cachet imprimé au bord du poignet, on entre paisiblement dans la salle.

Complices, les lumières s’éteignent. Astronaute monte sur l’estrade. En toute modestie. Au beau milieu des rires, des bruits provoqués par les GSM, des conversations… Pas le moindre applaudissement pour saluer son apparition. Au bout de quelques accords, une voix s’extirpe de ce brouhaha. C’est celle de Myrthe Luyten. Androgyne, profonde, sublime, hypnotique. Et il ne faut pas deux phrases avant que l’auditoire ne fasse le plus grand silence. Il semble surpris par tant d’intensité et de tessiture dans le chant. Devenu muet, il pose ses lèvres sur le godet et avale autant les compos que la mousse qui, elle, commence à se faire de plus en plus rare.

En trente minutes, la formation belge va nous réserver six pépites superbes, délicates, sensuelles et mélodieuses. Le public est conquis, persuadé qu’il faudra être attentif à ce band incroyablement authentique. Et ce malgré un déséquilibre dans le mixing, trop favorable aux drums. Qui au lieu de tramer les morceaux, avaient plutôt tendance à les étouffer. (Pour écouter le groupe, c’est ici et pour les photos de ce concert, c’est là)

Les spectateurs refont le plein de kérosène pendant que les roadies s’affairent sur l’estrade. Tiens, même Jurado leur file un coup de main. Sympa le gars !

Il est 21h quand l’Américain grimpe sur le podium. Et il n’est pas prêt de le quitter. On y reviendra plus tard.

Les épaules plus larges que deux armoires normandes, Damien Jurado est bâti comme un bûcheron. Il est tout de jeans vêtu, pantalon et chemise. Il est chaussé de chaussures de couleur brune, on ne peut plus banales. Il s’assied tout simplement sur une chaise en bois. Il est presque en boule, mais pourtant tous les regards sont braqués sur lui.

Tout au long du set, ses attitudes varient. Les yeux clos ou rivés sur le sol, il a le visage fermé, sérieux. Mais quand il le relève, c’est pour sourire. Sincèrement. Comme un homme qui a atteint une plénitude qu’il tente de communiquer à son auditoire. Entre les chansons, il lui arrive de plaisanter en compagnie de ses musicos. L’humour potache d’un adulte voué à grandir physiquement mais qui semble garder une âme d’enfant. On sent une véritable complicité entre les musicos et Damien. Un grand respect aussi. Mais, sur les planches, c’est lui le patron.

Du vent et de l’abîme, il redessine les lieux et semble même avoir une telle facilité pour y parvenir qu’il se surprend lui-même. Et s’émerveille de sa propre créativité. 

La main serrée sur le manche, il affiche une technique précise, remarquable. Il enchaîne les morceaux, pour la plupart issus de son dernier LP, brillamment. Ses chansons libèrent une dose incroyable de tendresse et de douceur. Malgré un style pointu, il a une classe folle. On est bluffé. Une telle masse de muscle capable de donner tant d’amour.

22h15 premier rappel.

Damien Jurado revient seul et attaque deux chansons en solo, dont « Prisms ». C’est le point d’orgue du spectacle. Les musiciens reviennent alors sur les planches afin de participer aux deux derniers titres, avant de saluer la foule, comblée…

Sauf que…

Comblée oui, mais gourmande, insatiable et enflammée. Le public en veut encore, crie, siffle, applaudit. Les lumières de la salle se rallument mais rien n’y fait, il reste sur place et n’abandonne pas la partie.

Surpris de cet engouement, l’Américain revient, et sollicite l’auditoire pour choisir les quelques bonus tracks. De véritables cadeaux. Rien que du bonheur.

22h40. Le concert est fini. Les spectateurs sont assoiffés, mais le sourire aux lèvres ils ont fait le plein d’amour dans leurs cœurs… (Pour les photos, c’est encore ici)

Setlist

Magic Number (**)
Exit353 (***)
Lon Bella (***)
Silver Timothy (**)
Am Am (***)
Onalaska (***)
This Time Next Year (*)
Mellow Blue Polka Dot (***)
Jericho Road
(**)
Sam and Davy (***)
Walrus (***)
Life Away From The Garden (*)
And Loraine (***)
Qachina (***)
Taqoma (***)
Prisms (***)
Working tittles (*)
Return To Maraqopa (**)
Nothing is the News (*)
+ Various ..

* « Maraqopa » - 2012

** « Brothers And Sisters Of The Eternal Son » - 2014

*** « Visions of Us On The Land » - 2016

(Organisation Botanique)

 

 



Damien Jurado

Minimaliste, mais efficace…

Écrit par

Originaire de Seattle, Damien Jurado roule sa bosse sur les routes du globe depuis un bon bout de temps, n’emportant, pour seul compagnon, que sa guitare sèche. Effacé, mais reconnu dans l’univers hermétique des folkeux, l’Américain n’est jamais vraiment parvenu séduire un public plus large. Une notoriété qu’il mériterait pourtant amplement, vu ses compétences de songwriter. Surtout depuis qu’il s’est associé à Richard Swift, multi-instrumentiste chez The Shins, mais également producteur pour, notamment, Foxygen et Laetitia Sadier. Grâce à son soutien, Damien Jurado semble avoir déniché le relais qui lui permet de transcender ses mélodies et donc de rendre son folk plus accessible.

Prévu initialement dans l’AB Box, il y a quelques semaines, le concert a finalement été déplacé au Club. Trop peu de places vendues ? Peu importe, le côté intimiste du Club correspond finalement davantage à l’univers sonore de Damien Jurado. Et finalement, la salle affichait tout de même complet.

Vers 21h, l’artiste monte sur les planches. Et suivant le même rituel, il va interpréter ses chansons assis, en grattant sa sèche. Dans ces conditions, difficile de tricher ! Après avoir écouté ses derniers albums (produits par R.Swift), on peut légitimement se demander comment il va parvenir à proposer une version plus épurée de son répertoire.

Jurado ouvre, tout en douceur, son set par « Silver Donna », un titre issu de son dernier opus, « Brothers of Eternal Son ». D’emblée, on est scotché par sa voix, en tous points identique à celle de ses disques. Les yeux à moitié ouverts (NDR : ou fermés, selon), il est totalement absorbé par sa musique. Judicieusement utilisée, la reverb’ permet de donner du relief à son chant. Son jeu de guitare est tout simplement minimaliste mais efficace. Timide, et sous le coup d’un jetlag, il ne commencera à s’exprimer qu’après un bon quart d’heure. Hésitant, il se lance pourtant dans un discours relatif à ses influences, reconnaissant avoir été ému par Richie Havens ou encore marqué par l’aspect répétitif de la musique brésilienne. Il enchaîne alors par « Silver Timothy », morceau davantage ‘exotique’ également extrait de son dernier long playing. Au fil du temps, Jurado est plus à l’aise. Il semble avoir surmonté sa fatigue. Il est de plus en plus loquace, même bavard, et arrive à amuser le public. Il avoue ne pas être doué pour les séances d’accordage. Et finalement, l’Américain se révèle un réel boute-en-train. Son bagout donne finalement du rythme à son récital. Dont on perd même le fil, à plusieurs reprises, vu la succession de titres…

Cependant, Damien Jurado nous a  réservé un excellent concert. Une heure et demie au cours desquelles il va démontrer tout son talent de songwriter, de guitariste et de chanteur à la voix aussi belle que fragile, dans un contexte acoustique et dépouillé. Le mélomane lambda regrettera sans doute une trop grande sobriété dans l’instrumentation ; mais en ce qui me concerne, je dois avouer que ce set m’a permis de découvrir une personnalité particulièrement sympathique, dans un cadre intimiste, celui de l’ABClub…  

(Organisation AB)

Damien Jurado

Brothers and Sisters of the Eternal Son

Écrit par

Rares sont les artistes qui se bonifient au fil de l’âge. Damien Jurado s’était sublimé pour écrire le magnifique « Saint Barlett », en 2010 et s’était montré plus qu’inspiré sur « Maraqopa » deux ans plus tard… Non pas que le reste d’une carrière débutée en 1997 soit couverte de honte, mais l’homme de Seattle s’était tellement transcendé à cette époque en troquant son folk lo-fi classique pour des arrangements somptueux, qu’on se demandait s’il allait encore être capable de progresser. Et pourtant !

D’abord, son nouvel essai, « Brothers and Sisters of the Eternal Son », confirme l’ancrage définitif dans la cour des grands songwriters étasuniens de cet artiste découvert à l’époque par Jeremy Enigk, le leader de Sunny Day Real Estate ! La rencontre de Richard Swift semble avoir été déterminante lors de cette mue vers plus d’ambiance et de reverb’… La production est impeccable. Les voix doublées de falsetto atmosphériques illuminent cette nouvelle collection de 10 titres conceptuels qui donnent suite à l’univers de « Maraqopa » (« Return to Maraqopa »). Les sommets sont légion entre les différents frères et sœurs de cet énigmatique fils éternel. Depuis le délicatement acoustique « Silver Joy » aux cordes ambitieuses de « Jericho Road », en passant par le plus up-tempo « Silver Timothy », Damien Jurado focalise notre attention tout le long de l’œuvre. Et pas seulement pour son timbre vocal angélique. Le duo a encore frappé en parvenant à créer une sorte de minimalisme maximaliste, si cette expression est susceptible d’avoir la moindre signification…

 

Damien Jurado

Maraqopa

Écrit par

Le discret mais prolifique Damien Jurado est un singer-songwriter aux doigts d’or. De sa plume ont déjà émergé pas moins de neuf LPs. « Maraqopa », son dixième labeur, n’échappe pas à la règle. Une belle réussite. Le compositeur originaire de Seattle déballe une nouvelle série de mélopées folk de toute beauté, produite par Richard Swift. Une collaboration qui avait déjà porté ses fruits, il y a deux ans, sur l’album collaboratif « Other People’s Song » au sein duquel les deux hommes réinterprétaient brillamment des morceaux de John Denver, Yes et même Kraftwerk. 

Swift apporte une touche de psychédélisme non négligeable au travail de Jurado, qui en sort bonifié. « Nothing Is The News », la plage d’ouverture de la galette, en est la preuve flagrante. Une délicieuse pépite de psych-rock qui permet au chanteur de dévoiler une nouvelle facette de son talent. Idem pour le lumineux « Life Away From the Garden », soutenu par une sympathique chorale de mioches. Production parfaite, écriture impeccable. Quinze ans après « Water Ave S. », son premier LP, ce splendide « Maraqopa » permet à Jurado de poursuivre, sans accrocs, sa lente mais incroyable ascension vers les sphères les plus hautes et les plus luxueuses du songwriting. Très chaudement recommandé.

 

Damien Jurado

And Now That I´m In Your Shadow

Écrit par

Nick Drake, mort ? Elle est bien bonne, celle-là. On nous cachait la vérité jusqu’ici mais le secret le mieux gardé du label Secretly Canadian est enfin révélé au grand jour. Digne successeur de Drake et déjà responsable d’une belle brochette d’albums et d’EPs (la plupart édités sous la houlette du label Sub Pop), Damien Jurado s’extrait des ténèbres pour nous y entraîner à notre tour. And Now That He’s In Our Shadow, plus moyen de se défiler. L’univers sombre, enivrant et circonspect de l’homme dévore les solitaires d’une traite. Les chœurs omniprésents de Jenna Conrad (dont un véritable duo sur « What Were The Chances ») entourent l’ensemble d’un léger voile de luminescence, guidant vers l’absolution tout pécheur ayant succombé au charme des psaumes de Jurado. A l’issue de l’aventure, on se sent apaisé, moins seul. Tant qu’il y’aura la musique. Tant qu’il y’aura d’aussi belles œuvres. Septième essai, « And Now That I’m In Your Shadow » n’est pas sans rappeler Matt Ward, Bonnie ‘Prince’ Billy ou même Neil Young. Une oeuvre splendide qui devrait accorder à Damien Jurado la reconnaissance qu’il mérite. Nos tympans ne s’en sentiront que d’autant mieux.