David Maxwell est un pianiste qui jouit d’un excellent crédit, dans l’univers du blues contemporain. On lui a souvent collé l’étiquette de réplique d'Otis Spann (NDR : disparu en 1970, ce merveilleux pianiste avait sévi au sein du backing group de Muddy Waters, pendant ses années d’or). David écume les scènes depuis belle lurette. Pourtant, on ne le reconnaît à sa juste valeur, qu’à partir de 1997. Pour sa participation à l’enregistrement de l'album "Deep in the blues" de James Cotton. Puis lors de la sortie de son premier opus personnel, "Maximum blues piano" (publié chez Tone-Cool). Il a milité au sein des backing bands des plus grands bluesmen : Freddie King, James Cotton, Jimmie Rogers, Otis Rush et Hubert Sumlin. Il a également chez les Broadcasters de Ronnie Earl. En 2005, il grave "Max attacks", un opus pour lequel il reçoit le concours de ses amis Hubert Sumlin, Pinetop Perkins, James Cotton, Duke Robillard, Ronnie Earl et Kim Wilson. En 2009, il est nominé pour le long playing "You got to move", un disque qu’il partage avec Louisiana Red. En 2011, il concrétise un ambitieux projet : faire revivre Otis Spann en dialoguant sur des plages de l'album de feu son maître, "Otis Spann is the blues". Pour ce projet baptisé "Conversations in blue", il recevra deux WC Handy Awards (meilleur pianiste et meilleur album acoustique de l'année).
Pour réaliser ce "Blues in other colours", David a voulu mêler le blues et les musiques du monde! Il y célèbre la rencontre entre instruments traditionnels (piano, basse et batterie) et traditionnels issus de l'Inde, d'Afrique occidentale, du Maroc et de Turquie. Pour y parvenir, il a reçu la collaboration de férus du genre. Dont le Canadien Harry Manx. Ce spécialiste des ragas indiennes est qualifié de ‘Mysticssippi’ bluesman. Enregistrées en studio, les treize plages instrumentales semblent avoir été immortalisées, en novembre 2007!
"Movin' on" pénètre au cœur de l'Inde profonde. Un dialogue s’établit entre le piano, le Mohan Vina de Manx (NDR : un instrument hybride entre le sitar et la guitar) et les percussions indiennes de Jerry leake. Maxwell se réserve le piano électrique sur "Blue dream", une compo visionnaire et exotique. L'interlude "A" laisse libre cours aux interventions de Mohan Vina de Manx. La mise à feu de "Big sky" est plutôt conventionnelle. Les ivoires sont soutenues très classiquement par la guitare de Troy Goynea, la basse de Marty Ballou et les drums d’Eric Rosenthal, avant que Vina le magique ne vienne les rejoindre. David n’en a pas pour autant oublié Otis Spann ; et il nous le rappelle enfin, sur "Cryin' the blues", un blues lent bouleversant caractérisé par les cordes amplifiées de Goynea. Imprimé sur un tempo blues inspiré du Chicago Southside, "Heart of darkness" met en exergue les percussions de Leake, le Turkish Ney (NDR : une sorte de flûte traversière) de Fred Stubbs et les cordes de Manx. Le périple en terres exotiques se poursuit par "Harry's raga", illuminé par les instruments en symbiose et embraie sur "Chillin' in Casa", rehaussé par la présence de Boujmaa Razgui à l’oud. Et les images se bousculent dans notre imagination… Plus classique, "Rollin' on" campe un blues originel qui trempe dans le delta du Mississippi. Et "Just the blues" est tout simplement beau à pleurer ! Enfin "Mombai blues" replonge au sein de l’Inde profonde, alors que "Last cry" nous propulse au Maroc. Excellent!