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Easy Bill & The Big Beat

Stay tuned!

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Easy Bill Bower réside à Denver. En 2001, ce jeune chanteur/guitariste monte la formation Easy Beat en compagnie du bassiste RD Jones, du drummer Craig Westwood, du saxophoniste Ken Plum et du pianiste Mark Richardson. En 2003 le combo commet un premier elpee fort prometteur : "Midnight Creep". Un disque enregistré dans le studio de Radio KUVO, là où Easy Bill animait son radioshow : le "R&B Jukebox". Ce nouvel opus a été concocté à Elgin, dans l'Illinois ; et de nouveau sous la houlette de l’excellent bluesman, Nick Moss!

L'entrée en matière brille de mille feux. Les accents jump de la guitare alimentent ce "My kind of woman", une espèce de west coast rockabilly que Bill chante sur un ton convaincu et convaincant. Tout est bien en place et en particulier le sax de Ken Plum et le piano de Mark Richardson. Ce dernier se révèle un claviériste très talentueux. Il introduit "$100 woman", un boogie jump qui vous électrise jusqu'au bout des doigts de pieds. Le pianiste est insatiable. Il ne relève pas la tête, même lorsque notre Easy Bill prend le relais. Il chante comme s'il était sur une scène au beau milieu des fifties, l'époque du rock'n'roll naissant. La machine du Big Beat maintient le tempo pour attaquer "The kind of girl". Du vrai rock'n'roll made in New Orleans. Pourtant au bord de l’asphyxie, les danseurs sont incapables de déserter la piste. Bill chante. Il semble possédé par sa musique. Plum et Towber s'entredéchirent à coups de soli hyperactifs. Bill habille sa guitare d'une tonalité bien T-Bone Walker pour aborder le lent et savoureux "Jeanine", une plage imprimée sur un tempo louisianais qu'aurait bien revendiqué Guitar Slim. Il exploite ici toute l’amplitude de son registre vocal. Ce jeune homme progresse à pas de géants et lorsque les cordes peuvent s'évader, il nous confectionne un solo magique, épaulé par son ami Gerry Hundt. Excellent! Le Big Beat est définitivement lancé. Le riff cher à Elmore James nous conduit… "On your hook". Le saxophone, le piano et l'orgue s'accrochent à la slide, mais le son est pourri, poisseux, tout droit issu de ces tous vieux juke boxes des 50s. On se croirait revenu dans les studios de Leonard Chess à Chicago. Le son bien gras de la Gibson dirige les débats. Le "Right string but the wrong yo-yo" de Willy Perryman (Piano Red, Doctor Feelgood), répercute des sonorités surannées. Hilares, les musiciens s’abandonnent au plus profond de cette plage à la cacophonie mesurée ; et pour cause, Chris Beers tape dur sur ses fûts. Instrumental, "Fruit boots" (NDR : une compo qui figure au répertoire du saxophoniste Red Prysock) poursuit dans le même style. Ken Plum fait hurler son saxophone, pendant que Bill accorde un solo époustouflant sculpté dans le West Coast jump, réveillant en notre for intérieur, les meilleurs plans du légendaire Hollywood Fats. Le Big Beat ne desserre pas son étreinte. Toujours aussi infecté par ce R&B qui rocke, "Twenty-five lies" met en exergue, une nouvelle fois, la complicité entre les différents instrumentistes. Lorsque le combo change radicalement de style, ni la chaleur ni la qualité n’en font les frais. "City girl" emprunte un Bo Diddley beat imparable. Le son des cordes est pourri à l’extrême. Billet et Nick Moss sont réunis pour notre plus grand bonheur ; et le retour de Gerry Hundt à l'harmonica est un régal pour les oreilles. Le "Honey bee" de Little Milton nous replonge dans un R&B dévastateur, tempétueux, dansant. Cette plage autorise des échanges lumineux entre l'orgue et la guitare très largement amplifiée. Hundt souffle alors dans un registre très Sonny Boy Williamson pour exécuter "Back in the game", un Chicago shuffle issu de de la plume de Bill Towber. Ce superbe album s’achève par "Stay tuned!", une plage instrumentale, théâtre d'échanges entre les différents solistes, dont les deux gratteurs réunis, Easy Bill et Nick Moss. Le pied!

Easy Bill & The Big Beat

Midnight creep

Écrit par

Le climat du Colorado est peut être aride mais le blues y reste vivace. Alors, une fois n’est pas coutume, mais je vous propose de nous y arrêter. Pour découvrir un certain Easy Bill Towber, un jeune musicien dont le point d’ancrage se situe dans les fifties ; et plus précisément la scène urban blues de Chicago.

Dès l'ouverture, vous être envoûtés par le climat sonore de ce premier opus. La production opérée par Nick Moss est impressionnante. Si vous appréciez Mark "Tee" Thijs, vous ne pourrez qu’adorer Easy Bill. Le "Gonna tell your mother" de McCracklin est un véritable brûlot. Une claque ! A cause de la sonorité de la guitare, mais aussi de la puissance et de la conviction du lead singer, que les autres musiciens soutiennent en chœur. La section rythmique est placée bien en avant. La basse de RD Jones et la batterie de Kyle Roberts constituent une base sûre et idéale pour cette musique propulsée dans ce 21ème siècle encore naissant. Deux autres instruments tirent encore ici leur épingle du jeu : l'harmonica de Gerry Hundt et le piano de Mark Richardson. Le rythme demeure aussi franc pour aborder "Starving for your love", une composition au cours de laquelle les cuivres renforcent l'impact de la guitare. Tout est parfaitement mis en place. Tous les musiciens ont posé leurs marques. Ce qui leur permet d’intervenir à tour de rôle. Tout au long de "Swinging on a vine", un R&B que n'aurait pas renié les Blues Brothers, le saxophone de Ken Plum, le piano et bien sûr la guitare s’en donnent à cœur joie. Quant à la voix de Big Bill, elle se joue des événements. Les néons s'éteignent. Les couples d'étreignent sur la piste de danse. Vous l'aurez deviné, le rythme ralentit. Une ambiance fin de soirée s'installe. Au milieu des volutes de fumées, Mr T-Bone Walker donne le ton : "Live to love" est un plaisir des oreilles. Les saxes de Ken susurrent des mots doux. La retenue d'Easy Bill impressionne. Dynamisé par les rythmes sautillants de la Nouvelle Orléans, "Shooty booty" reproduit une ambiance plus festive. Le saxophone et le piano s'envolent. Inspiré par le son southside de Muddy Waters, le vif "Whiskey drinking woman" opère un retour vers Chicago. Gerry y souffle comme Little Walter. Tous ces musiciens ont bien assimilé l'esprit du passé : celui de Chicago, de la Louisiane, mais aussi les ambiances plus feutrées de la West Coast. Le swing et la légèreté sont au rendez-vous. Et "Down boy", ainsi que "Spending time", un fragment au cours duquel le piano se fait jazzy, tant il swingue, en sont les plus belles démonstrations. Easy Bill mène son petit orchestre de main de maître sur l’excellente plage, "One more kiss", une bonne dose de joie de vivre dans la voix. L'harmoniciste Gerry Hundt opère un retour sur la plage titulaire. Responsable de la production (NDR : qu’il assure avec un rare bonheur), Nick Moss a ramené dans ses valises "Awful thoughts", une composition tellement imprégnée du Chicago des fifties (NDR : celui de Muddy Waters, bien sûr) qu’elle en devient un réel plaisir. Et lorsqu’Easy Bill délivre parcimonieusement ses notes, l'émotion ne peut que passer. L'album s’achève par "Side-track", un instrumental imprimé sur un rythme proche du célèbre "Honky Tonk" de Bill Dogett qui met en exergue le travail du saxophoniste. Si vous appréciez Tee, Nick Curran, Little Charlie & the Nightcats, je vous recommande cet opus qui est, je le confirme, une véritable réussite.