Un couple se renvoie doucement la balle sur une électro de nature docile, discutant meubles comme s'il était chez Ikea un après-midi d'hiver, froid et morne comme l'étendue neigeuse des steppes islandaises. La femme, de sa petite voix acidulée (entre Cerys Matthews de Catatonia et Stina Nordenstam), dit à son copain qu'il faudrait prendre ce petit meuble en bois de chêne, parce qu'il irait bien dans leur flat de Reykjavik. Lui répond qu'ils ont déjà acheté une commode à 150 euros et qu'il vaudrait mieux attendre un peu, le temps d'être bien installés, surtout que cet ordi, dans lequel ils ont investi pour faire de la musique, leur a déjà coûté un pont. Une musique faite de bleeps timides et d'acoustique tranquille, qui ressemble à du Postal Service et du Departure Lounge, voire du Gus Gus, des voisins de palier qui font péter les BPMs tous les samedis soirs, jusqu'à les empêcher de dormir tranquille, eux qui travaillent dur pour sortir de leur condition d'honnêtes bidouilleurs à peine connus en dehors de la ville. Leurs amis les avaient pourtant prévenus : pour réussir à être signés sur Morr, Mego ou Tomlab, il leur faudrait délaisser ce côté châtié qui les dessert un peu, et transformer leur " indietronica " un peu lisse, gentille comme tout, en quelque chose de plus rythmé et/ou de plus complexe… De plus abouti en somme. D'ici là, ils devront se faire une raison : pour payer le loyer et les étagères Benny, il faudra se serrer la ceinture. Et persévérer dans l'écriture pour entrevoir un jour, qui sait, la lumière d'une carrière à la Mum.