Death Valley Girls de retour sur terre

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Johann Johannsson

Englabörn

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Initialement publié en 2002 sous l’égide du label ‘Touch’, ce premier album solo de Johann Johannsson a, rapidement, acquis le statut ultime d’œuvre culte. Et qui dit culte dit précieux. Et qui dit précieux dit introuvable –ou presque. Désormais réédité, vous pourrez à nouveau vous délecter de ces grandes orchestrations nostalgiques. Composés pour les besoins d’une pièce de théâtre, les morceaux d’« Englabörn » découlent des expérimentations érudites de son auteur. Mélangées, retravaillées et superposées, ces pièces sonores ont, finalement, trouvé leur propre identité. Les harmonies avant-gardistes de Johannsson sont d’une profondeur abyssale. Noires et sépulcrales, elles traversent les brumes pour nous toucher en plein cœur. Pourtant, « Englabörn » n’est pas un album facile. Mais l’exigence nécessaire à l’appréhender lui confère une dimension mystérieuse, presque mystique : un monde onirique où les éléments entrent en fusion pour répandre une musique résolument moderne.

Il convient donc de s’impliquer et d’écouter ce quatuor à cordes étaler ses (bonnes) vibrations sur un écrin électronique, de se réjouir de l’impact du piano, de l’orgue, du glockenspiel et des percussions. Assez proche de Steve Reich par son travail de composition, Johannsson signe-là un édifiant point de départ discographique. « Englabörn » reste, avant tout, l’album d’un peintre sonore qui n’hésite pas à poser son pinceau sur une immense toile atmosphérique pour y immortaliser ses plus belles compositions. Johann Johannsson est un véritable paysagiste. Et ses vues sont tellement imprenables qu’on n’y revient toujours, fascinés par la pureté des traits et des émotions véhiculés à travers ces esquisses sonores. Du grand art, donc.

Johann Johannsson

IBM 1401, A User´s Manual

Après avoir concocté deux opus pour le compte du label anglais Touch (« Englabörn » en 2002 et « Virthulegu Forsetar » en 2004), l’Islandais Johann Johannsson ose l’album concept : une histoire d’intelligence artificielle, d’ordinateur capable de jouer de la musique sans soutien extérieur, bref de machine et d’âme, à la « 2001 », avec à la place de HAL l’IBM 1401, l’un des premiers ordinateurs importés en Islande, dans les années soixante. A l’époque l’ingénieur chargé de sa maintenance s’appelait Johann Gunnarsson… le père de Johann Johannsson. C’est lui qui se rendit compte du potentiel musical de l’IBM 1401, avant qu’il ne devienne obsolète et soit détruit en 1971. En hommage à son père et à son travail de technicien mélomane, Johannsson s’est donc amusé à juxtaposer réminiscences électroniques de l’IBM 1401 et strates orchestrales qui rappellent Gorecki et Gavin Bryars. Le résultat sonne comme une longue pièce mélancolique qui laisse rêveur, malgré les interférences désuètes d’une voix digitale supposée d’un autre âge (« Printer », « The Sun’s Gone Dim And The Sky’s Turned Black »). Ballet mécanique aux confins de la musique contemporaine et de l’ambient électronique, ce ‘manuel de l’utilisateur’ est à manier prudemment. S’il évoque la fameuse thématique de l’ordinateur capable de réfléchir sans l’aide de l’être humain, il n’en reste pas moins un disque composé par l’homme, pour l’homme. 2006, odyssée de l’espace RAM ? Un petit back up et la vie continue !