Le 18 mai 1980, Ian Curtis se suicide. Un acte désespéré qui met fin à l’histoire d’une formation mancunienne pas ordinaire, mais dont l’importance ne sera vraiment mesurée que beaucoup plus tard….
Flashback. 1977, Bernard Albrecht, Stephen Morris, Peter Hook et Ian Curtis assistent à un set des Sex Pistols. C’est le déclic. Ils décident de monter un nouveau groupe : Warsaw. Après quelques concerts, ils gravent un Ep : " An ideal for living ", vinyle devenu aujourd’hui quasi introuvable. Quatre titres qui figurent sur le troisième volume de ce box, en compagnie de plusieurs inédits, de ‘Peel sessions’, de démos et de raretés. Le disque n’a guère de succès et le quatuor adopte un autre nom : Joy Division. Un patronyme qui ne fait pas l’unanimité au sein de la vox populi. Parce qu’il évoque implicitement un quartier de prostituées réservé aux gardiens des camps de concentration, durant la deuxième guerre mondiale. Le combo cultive, en outre une image noire, décadente, ambiguïté qui lui vaudra d’être assimilé à l’extrême droite. Ce que les musiciens réfuteront toujours, expliquant que leur attitude est destinée à faire passer une certaine idée de l’angoisse et du désespoir. Plus qu’une idée, un sentiment ! Partagé par leur environnement direct. Faut dire, qu’à l’époque, tout comme Liverpool et Birmingham, Manchester est sinistre et sordide. Peuplée de chômeurs, d’alcooliques invétérés. Tous victimes de la récession économique. Un tableau si bien illustré par ces détestables usines désaffectées. On comprend mieux pourquoi le ton d’" Unknown pleasures " est aussi désespéré, tellement amer. " Glass ", " She’s lost control " et " Interzone " reflétant particulièrement ce climat froid comme le marbre… Cette œuvre est ici intégralement reproduite sur le premier tome de ce box ; mais enrichie, pour la circonstance, de titres posthumes, certains remasterisés, et puis du single " Transmission ", réponse au nihilisme d’ " Anarchy in UK " des Pistols.
Ensuite les événements vont se bousculer. Joy Division sort son premier chef d’œuvre, " Love will tear us apart ", une chanson qui paradoxalement n’entrera dans les charts qu’après la mort de Curtis. C’est à peu près à cette époque que le label Factory lance le second album studio, " Closer ". Un journal intime partagé entre incantations lourdes d’angoisse et de sensibilité (" The eternal ") et poussées de fièvre, d’agressivité (" Atrocity exhibition "). Un épisode retracé sur le deuxième volume de ce box et étendu à d’autres inédits, le fameux flexi-disque " Komakino-Incubation ", pressé à l’origine, à seulement 25.000 exemplaires, ainsi qu’à sept extraits de " Substance ", compile parue en 1988.
Ian Curtis, leader charismatique, écrivain talentueux, torturé par les visions pessimistes de Kafka sur le XXème siècle, de plus en plus souvent en proie à des crises d’épilepsie, met un terme à son existence, et en même temps à celle du groupe. Il entre ainsi dans la légende de l’histoire du rock’n’roll, à l’instar de Jim Morrison, Hendrix et bien d’autres ; avant d’être imité près d’un quart de siècle plus tard par un certain Kurt Cobain. Mais était-il indispensable de couper le cordon ombilical avec la vie pour assurer sa pérennité ? Nous en doutons. Pire, en général, ce genre d’acte n’a jamais profité qu’aux nécrophages…
Bonne initiative, le box évite de revenir sur " Still ", document " live " aussi brouillon que dispensable. Mais n’oublie pas les prestations en public de l’ensemble. Immortalisant sur le quatrième CD des prestations accordées tantôt au " Factory " de Hulme, au " YMCA " et au " Lyceum " de Londres, et enfin au " Winter garden " de Bournemouth. Des témoignages beaucoup plus intéressants et surtout enregistrés dans de meilleures conditions. En outre, Peter Hook y a ajouté une bande démo, qu’il a retrouvé tout récemment, recelant " Ceremony ", et " I’m in a lonely place ", interprétés par Joy Division, compositions qui seront ensuite gravées par New Order. Mais là, c’est une autre histoire…