Lincoln Durham est originaire de Whitney. Il est donc né au cœur des collines sises au sud-ouest du Texas. Au cours de sa jeunesse, il apprend à jouer du violon. A 10 ans, c’est déjà un virtuose, et il décroche toute une série de prix qui mettent en exergue son talent d’instrumentiste. Il s’intéresse ensuite à la guitare et se concentre enfin sur l'écriture. Une écriture qu’on pourrait facilement qualifier de ténébreuse.
Lincoln avait publié un Ep 4 titres en 2010. Quatre plages qui figurent sur ce premier opus. Il signe les 15 titres. Pour enregistrer cet elpee, il a reçu le concours du drummer Rick Richards, membre du backing band de Ray Willie Hubbard, célèbre songwriter texan, mais également de quelques invités. C’est d’ailleurs Hubbard qui s’est chargé de la mise en forme, assisté par son fidèle bassiste George Reiff. Une œuvre solide qui mêle subtilement folk, blues et country!
Lourdes et menaçantes, les percus de Richards introduisent le mystérieux "Drifting wood", tels les roulements de tambours qui mènent à l’échafaud. Les cordes acoustiques entrent dans le cortège. Elles sont dispensées par Durham et Derek O'Brien (NDR : ce bluesman est un vétéran qui fréquente régulièrement le club Antone's, à Austin). La voix est saisissante, expressive, quelque peu ébréchée, rappelant celle de Paul Rodgers du Free (NDR : même si on est ici dans un univers totalement différent !) "Last red dawn" est une ballade qui doit autant au blues qu’au folk. Autoritaire, la voix dominatrice émerge d'une myriade de cordes prodiguées par la sèche et la mandoline de Jeff Plankenhorn (NDR : c’est un autre pote à Hubbard). Le blues de Durham est très singulier. Sa voix est envoûtante et marque au fer rouge "Living this hard", une plage au cours de laquelle, l’artiste double à l'harmonica. Sculptée dans le folk, "Clementine" est une jolie ballade. La voix me rappelle étrangement celle de Rod Stewart, à ses tous débuts, quand elle était moins ravagée. Ce cri d'amour est souligné par les cordes à la fois belles et immaculées de Hubbard, mais également les interventions aux ivoires de Bukka Allen (NDR : et un ami de plus, issu d’Austin). "Mud puddies" est un blues pur et dur ! Il nous renvoie aux pionniers qui sillonnaient le Mississippi au cours des années 20 et 30. Les coups de bottleneck assénés à la Gibson de 1929 nous permettent de croiser le chemin d’artistes légendaires, comme Charley Patton, Son House ou Robert Johnson. La guitare est amplifiée sur "Reckoning lament". Les sonorités de la slide sont empruntées à Mississippi Fred McDowell, cité dans le texte. "How does a crow fly" est un autre blues primaire. L’instrumentation est minimaliste. Elémentaires, les cordes épousent la voix étrange. Mais où est donc passé ce corbeau qui vole comme un aigle ? Les cordes talonnent le chant sur "Love letters", un blues trempé dans le Delta. "Georgia Lee" entretient le mystère. La lune est blafarde. La nuit étouffante. Un sentiment de torpeur plombe le climat de la compo. Lincoln chante "People of the land" en s’accompagnant à la guitare (NDR : celle de 1929 !) Il est soutenu par de frêles percussions, avant de passer au violon, alors que des backing vocaux lointains tapissent le fond sonore. "Trucker's love song" clôt l’elpee. Empreinte de mélancolie, cette chanson conte la solitude d'un chauffeur de poids lourd, qui sillonne constamment les routes du Sud profond. La voix de Lincoln est rejointe par celle d'Idgy Vaughn et l'accordéon de Bukka. Dans le style, cet album est vraiment exceptionnel…