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Nicolas Michaux

Quelque chose ne tourne pas rond dans ce monde…

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Si Nicolas Michaux s’est fait connaître en drivant Eté 67, une formation qui a sévi de 1998 à 2002, il a depuis embrassé une carrière solo. Il a vécu quelques années à Bruxelles avant de rejoindre l’île de Samsø au Danemark pour des raisons familiales. Son deuxième album, « Amour colère », est paru en septembre 2020. Depuis, il n’a pas eu beaucoup l’occasion de se produire en ‘live’. C’était donc une belle opportunité de le rencontrer dans le cadre du (presque) festival Lasemo rebaptisé (forcément) pour l’occasion ‘Ceci n'est toujours pas LaSemo’, en raison des contingences liées aux mesures sanitaires encore d’application en cette période de l’année. Ce nouvel opus est moins pop que le précédent, un disque davantage orienté vers les années 60-70. La prise de risque est d'autant plus grande…

La musique que je produis est le reflet de ce que je vis. Le premier album était effectivement plus pop. Je l’ai réalisé lorsque je vivais à Bruxelles. Je m’étais entouré de musiciens établis dans la capitale. C’était une phase assez folle et urbaine de mon existence. C’était en quelque sorte un nouveau départ comme le titre éponyme d’ailleurs. Le son était clairement influencé par la scène pop bruxelloise qui s’est révélée entre 2014 et 2016. Le nouvel album représente une autre partie de ma vie. Sa couleur est donc naturellement différente. J’ai enregistré ce second opus à la maison, à Samsø très exactement, là où je vis la plupart du temps avec ma compagne et ma fille. Je dirais qu’il est plus intimiste et sans doute plus proche de mes racines originelles. Plus en adéquation avec les années 60-70 aussi. Ce sont mes références. Ces années m’ont guidé dans l’apprentissage de la musique. Raison pour laquelle le disque emprunte cette direction...

Dix nouvelles chansons, tantôt en anglais, tantôt en français. As-tu choisi de chanter dans ta langue maternelle pour communiquer davantage d'émotion ?

Je ne le pense pas. Chaque langue est susceptible de faire passer des émotions. Le Buena Vista Social Club et George Harrison travaillent avec le même matériau. C’est une discipline à laquelle les songwriters doivent se soumettre. Si j’avais dû parler une autre langue, j’aurais pris un plaisir identique à chanter. Je crois qu’il s’agit avant tout d’une question de moyens que l’on se donne. Avant, le seul outil à ma disposition était le français. Par la suite, la vie m’a amené à lire et parler davantage dans la langue de Shakespeare. Cette langue s’est peu à peu immiscée dans mes textes. Ce qui m’a permis d’élargir mon chant d’action. Mais finalement, les questions linguistiques ne sont pas très importantes.

« A la vie à la mort » était un disque davantage collectif et déstructuré. « Amour Colère » a suivi un processus plus personnel et direct. Cette volonté de sobriété traduit-elle une recherche d’authenticité ?

Lors de l’enregistrement du premier album, on appartenait à cette fameuse scène. Aussi, quand tu es en studio entouré d’une équipe, fatalement, elle t’influence et du deviens, quelque part, un porte-parole. Les chansons sont destinées à un collectif qui peut y voir une manière de s’exprimer. « Amour Colère » est un essai qui a été confectionné en mode ‘bedroom pop’. Hormis la batterie, j’ai joué tous les instruments. Je me suis aussi aidé de boîtes à rythmes. Morgan s’est ensuite chargé d’y mettre les frappes. Le processus est solitaire et donc plus personnel. J’espère néanmoins qu’il y a un peu d’universalité dans ce que je raconte parce qu’on passe tous par les mêmes épreuves et les mêmes bonheurs. Le côté porte-parole d’une scène est inexistant ici contrairement au disque précédent.

Il s'agit d'un opus sans artifice et sans fioriture. Une œuvre à la fois classique et complexe. Un minimalisme qui n’enlève rien à l’efficacité parce là où je constate que tu te démarques, c’est dans la sélection des mots simples et directs.

Merci ! Ce compliment me touche énormément. La composition et l’écriture de chansons constituent un travail proche de l’orfèvrerie. Mon arrière-grand-père, que je n’ai pas connu, était graveur sur armes en région liégeoise. Je l’imagine toujours en exécutant ce job qui exige précision et minutie. Je crois avoir hérité de cette maîtrise, mais dans mon domaine. Si Picasso a pu peindre ou Dylan écrire rapidement une chanson sur une serviette au restaurant pendant que tout que le monde parle, d’autres auront besoin de plusieurs années avant d’y parvenir. J’appartiens à la seconde catégorie. Ça me prend beaucoup de temps. Et je me pose beaucoup de questions. Mais finalement, il y a cette intemporalité. Je peux interpréter, ce soir, des chansons que j’ai écrites il y a dix ans. Mais surtout toujours réussir à les chanter en y croyant…

Le clip de « Parrot » (à découvrir ici) met en scène la bêtise des politiciens et des médias de masse à coup d’images violentes issues de manifestations réelles, qu’un montage malin transforme en chorégraphie absurde. L'artiste, aujourd'hui, a-t-il l'obligation morale de véhiculer des messages à la place des assermentés ou des intellectuels ?

Je pense que oui ! C’est une très bonne question ! Elle m’a d’ailleurs occupé l’esprit. Au mois de septembre, lorsque l’album est sorti, on vivait entre les deux confinements. On approchait la sortie du premier tout en ignorant qu’il y en aurait un second. On avait le sentiment, moi y compris, qu’on vivait dans une société malade. Même bien avant cette crise sanitaire. J’ai profité de la sortie du disque pour exprimer ma vision des choses par rapport à ce qui se passait. Je suis un peu sorti du bois. Ce clip montre des images de violences policières. La première partie met en évidence l’oppression dont nous souffrons et la seconde vise ces quelques mouvements qui s’opposent à cette chape de plomb. Ce clip est relativement engagé, je le reconnais. On m’a aussi proposé de réaliser l’édito du focus ‘Vif’. J’ai hésité pour finalement répondre favorablement. L’édito était lui aussi plutôt engagé. J’ai l’impression que la société est malade et que, peut-être, le Covid a permis cette prise de conscience. Si on ne connaît pas la maladie, on ne peut évidemment pas la soigner. On est maintenant un peu plus conscients qu’il y a un vrai problème et qu’il faut changer les choses profondément.

L’amour et la colère sont deux mots a priori opposés. Est-ce le signe de l’expression d’un artiste partagé entre l’appréciation de la beauté, de la nature, de la famille (ça c’est côté amour) et l’angoisse causée par l’actualité politique et écologique (côté colère donc) ?

Je pense que ces notions sont proches et qu’elles cohabitent. On possède tous deux faces, comme une pièce de monnaie. Personnellement, j’ai été traversé par ces émotions pendant la phase d’écriture. Je me suis rendu compte que bon nombre d’entre vivions entre ces deux pôles. C’est légitime ! En réalité, je n’ai pas grand-chose à dire là-dessus. Chacun interprète ce discours à sa manière. Mes idoles ont exprimé de l’amour et de la colère à travers leurs compositions, que ce soit John Lennon, Bob Marley, Bob Dylan ou Neil Young. En tant qu’artiste et auteur-compositeur, il est nécessaire de creuser ces deux axes.

Lorsque tu militais chez été 67, tu fonctionnais beaucoup plus à l’instinct et à l’énergie. Spirituellement, politiquement, artistiquement, énormément de sujets étaient déjà abordés mais ils devaient être raffinés. Ton projet solo t’a permis d’acquérir cette paix intérieure ?

Oui, a fortiori. Surtout par rapport à ce dont on parlait tout à l’heure dans le cadre de la représentation de la scène et du collectif. Sur « A la vie à la mort », il y avait un peu de ça. Lors de l’aventure d’Eté 67, c’était essentiellement ça. Il fallait parler au nom du groupe, faire des chansons qui lui correspondaient. Il fallait aussi penser à son l’évolution. Il y avait beaucoup d’exercices de style. J’étais au service du groupe. Depuis que je me suis lancé en solo, beaucoup de paramètres ont évidemment changé. A l’époque, le côté porte-parole du collectif était très fort. Dès lors cette situation limitait fortement ma liberté d’expression alors que dans le même temps j’apprenais le métier. Par contre, c’était une école magnifique qui m’a permis de me réaliser en tant qu’artiste.

Donc, le fait de poser tes valises au milieu du Danemark sur l’île de Samsø a eu une incidence sur la conception de « Amour Colère » ?

C’est une évidence ! Je dirais pour le côté assez sombre de l’album. Il y avait cette volonté de produire un disque assez nu et dépouillé. Samsø m’a influencé en ce sens. C’est un endroit qui ressemble à « Amour colère ». Il y fait intolérablement froid, pluvieux, gris et sombre à certaines périodes de l’année. Alors qu’à d’autres, c’est un jardin d’Eden où tout fleurit en quinze jours. Durant ces périodes, la lumière et l’air sont d’une pureté incroyable. On profite aussi des bienfaits de la mer pour s’y baigner. C’est donc à la fois un paradis et un enfer. Une bipolarité que l’on retrouve dans l’album.

Paradoxalement, si cette île est à la fois brute et organique et énergétiquement vertueuse, on y fait encore pousser certaines cultures grâce à des produits hautement toxiques. Une île finalement complexe, nuancée et paradoxale.

Oui, tout à fait. J’ai vécu à Bruxelles durant huit années pour ensuite me rendre au Danemark partir vivre à la marge des grandes villes pour finalement me rendre compte que les problèmes sont identiques. Des agriculteurs prônent le bio et essaient de lancer une coopérative et d’autres nagent complètement dans le business. Dans ce domaine là aussi, les luttes y sont farouches. 

Une parade à ton image ?

Oui. Je pense que nous sommes tous confrontés à des situations antinomiques. L’être humain est inconstant. Comme disait Héraclite, on ne se baigne jamais deux fois dans la même eau. C’est toujours vrai ! On n’est jamais deux fois pareils. Nos cellules se renouvellent sans cesse. C’est une lutte permanente… On évolue tous avec ces tensions.

La Belgique est un pays où s’épanouit un vivier musical hors du commun. Comment le plat pays est-il perçu au Danemark. Et sa musique ?

C’est une très bonne question ! Malheureusement, je ne suis pas le mieux placé pour y répondre. J’ai défendu mon album en Allemagne, en Angleterre, au Canada, aux Etats-Unis, en France, en Belgique et en Suisse, mais pas au Danemark. J’en ignore les raisons. Sans doute que je n’y ai pas encore mis le temps et l’énergie. Je pense que les gens pourraient s’y intéresser en toute humilité car il y a un amour très grand de la langue française. Je vis sur cette île comme un expatrié. Ostracisé même. Et puis, je crois que je n’ai pas envie de refaire ce que je fais ici. J’ai besoin de m’y sentir tranquille.

De ces voyages, qu’as-tu importé ? Et qu’as-tu exporté de cette culture belge ?

Très bonne question une fois encore. Je ne me considère pas comme un grand voyageur. Pourtant, c’est ce qui était indiqué dans la bio du premier album. J’ai accompli quelques voyages, certes, mais bien peu par rapport à d’autres. Je me rends compte, avec le temps, que ce ne sont pas les voyages qui me nourrissent le plus. Voyager peut s’avérer intéressant pour rencontrer des gens, mais il y a tellement d’autres moyens pour y parvenir. Pour l’instant, je circule entre le Danemark et Bruxelles. Par la force des choses, je suis devenu un navetteur européen. J’utilise le transport ferroviaire pour polluer le moins possible. Ces moments me permettent de faire le point. Je les vois comme des sas de décompression.

Tu cites régulièrement Dylan et Neil Young comme sources d’inspiration. Y-a-t-il d'autres artistes qui t’inspirent ?

Oui. Mais une telle sélection s’avère un exercice difficile car il y en a tellement. Je pourrais citer Serge Gainsbourg, Léo Ferré, Lou Reed, Marianne Faithfull, Buena Vista Social Club, les Beatles ainsi que les carrières solos qui ont suivi. Dans l’univers du cinéma, j’épinglerai Pialat, Tarantino ou encore Akira Kurosawa.

Nous vivons toujours dans la crainte du Covid. Comment as-tu appréhendé cette pandémie en tant qu’homme, mais aussi comme musicien ?

Sujet sensible…

En tout cas, j'imagine que les déplacements entre la Belgique et le Danemark ont été extrêmement compliqués….

Oui, effectivement ! En ce qui me concerne, j’ai été relativement peu impacté par le Covid. Je n’ai pas contracté ce virus à ce jour. Mes parents n’ont plus. Pour être complet, j’ai eu quelques craintes pour ma mère qui travaille dans un supermarché. Je me rends compte, avec le recul, avoir eu beaucoup de chance. Certains ont vécu des drames. J’en ai connu un aussi, sans être totalement convaincu de la relation de cause à effet… « Amour colère » prend encore ici tout son sens. C’est un constat désolant. Cette situation a permis à de nouvelles voix de s’exprimer et de se rendre compte que des choses ne fonctionnent pas… Lorsque j’avais 20 ans, en caricaturant un peu, on connaissait déjà le mouvement altermondialiste. La crise de 2008 a vu le capitalisme craqueler de partout. Le Covid a mis en évidence les travers de ce régime, même si évidemment cet évènement s’est produit de manière fortuite. Un tas de gens se sont retrouvés du côté noir de cette frontière invisible de la mondialisation. Cette frange de la population reste persuadée que cette crise a éclaté parce que quelque chose ne tourne pas rond. Ce courant est large et trouve sa source d’inspiration dans des cercles politiques et spirituels différents. Le mouvement éco-socialisme, dans lequel je me retrouve, a sans doute un peu plus de voix au chapitre qu’avant la crise sanitaire. J’espère sincèrement que des gens comme Bernard Friot, François Ruffin ou encore Frédéric Lordon auront davantage d’audience qu’auparavant. Même ceux qui appartiennent à la bourgeoisie ont le sentiment que les choses doivent maintenant changer vers plus d’écologie. Dans une direction plus juste, plus résiliente, plus durable et plus respectueuse de l’environnement. Et il y a peut-être un pont à établir entre les écolos bobos et la gauche marxiste altermondialiste qui jouit de davantage de crédibilité. La situation que nous traversons est ridicule, presque burlesque. Regarde, nous sommes en plein festival et nous portons tous des masques. Un business s’est développé autour de cette tragédie. Tout est source de fric : sauver la planète, bien manger, etc. Celui qui dispose d’agent a tous les pouvoirs. De plus en plus de gens se rendent compte qu’il est nécessaire de changer le monde...

Nicolas Michaux

La classe dirigeante nous a conduit à la catastrophe…

Écrit par

« Amour colère » constitue le tout nouvel LP de Nicolas Michaux. Il fait suite à « A la vie à la mort », paru en 2016. Hormis les drums, l’artiste se charge de toute l’instrumentation. Il y chante tour à tour en anglais ou en français, des textes qui s’inspirent de sa vie familiale, mais surtout traduisent sa colère face au monde politique qu’il juge responsable de l’état du monde dans lequel il nous a conduit. C’est ce qui explique, bien sûr, le titre de cet elpee. C’est notre collaborateur néerlandophone, Erik Vandamme, qui s’est chargé de réaliser cet entretien par e-mail ; et pour la forme, votre rédac’ chef s’est chargé de la traduction et de l’adaptation dans la langue de Voltaire...  

Avant de te lancer en solo, tu as milité chez Eté 67. Peux-tu nous rafraîchir la mémoire ?

Tout a commencé vers 2004. J’étais encore adolescent lors du début de cette aventure. Nous étions tous liégeois et nous produisons souvent dans la région, à l'époque. Il était agréable de sillonner les routes en compagnie de mes copains et très instructif d'être confronté si jeune au business de la musique, aux studios, aux tournées etc. Cette période m'a vraiment permis d'apprendre mon métier. Puis le groupe s'est séparé ; et après une petite pause, j'ai entamé une carrière solo. En 2014, j’ai alors sorti mes deux premiers singles : « Nouveau Départ » et « A la vie à la mort ».

Quelle est ton ambition, aujourd’hui, dans l’univers de la musique ?

Je ne me projette pas exactement sous cet angle. J'essaie de me concentrer sur mon travail, de l’accomplir honnêtement en y apportant tout mon engagement et ma concentration. Mais vous ne pouvez qu’y focaliser tous vos efforts. Vous ne pouvez pas anticiper le résultat et vous devez prendre du recul. Vous ne savez jamais si un projet va réussir ou pas. Il y a tellement de paramètres. J’ai passé de bons moments dans ma carrière, mais paradoxalement, ils n’étaient pas liés au succès commercial, etc. Pour ma part, la découverte constitue ce qui est le plus passionnant. Dévoiler une chanson ou même juste une belle partie musicale est toujours une source de grande joie.

Tu partages, d'après ce que j’ai lu, ton temps entre le Danemark et Bruxelles. Tes chansons sont interprétées tour à tour en anglais ou en français. Tu empruntes ainsi une trajectoire internationale. As-tu délibérément choisi cette approche ? Et pourquoi ?

C'est exact ! Je vis en partie à Bruxelles, car je suis impliqué chez Capitane Records, et en partie sur l’île de Samsø où résident ma petite amie et notre fille. J’ignore si j’ai opéré ce choix consciemment. Je ne crois pas que nous décidions de notre destin. Et certainement pas de qui nous tombons amoureux. Mais il est vrai qu’en quelque sorte j’ai adapté mon mode d’existence sans trop prêter attention aux frontières. J'ai toujours rêvé de cette sorte de liberté des déterminismes hérités. Je veux dire vivre à l'étranger une grande partie de l'année et être en relation avec quelqu'un d'une autre culture ; ce qui m'a sûrement éloigné quelque peu de mon environnement naturel et de ma zone de confort. De quoi vous inciter à réfléchir et à relativiser les événements. Et vous rappeler qu’ils peuvent être différents de ce à quoi vous êtes habitués et que très peu de choses sont vraiment naturelles ; la plupart d'entre eux étant socialement et culturellement construits.

Dans le communiqué de presse, on peut lire à ton sujet : ‘sa musique navigue au carrefour de différentes traditions : la grande époque de la chanson française, les auteurs-compositeurs américains, le rock britannique des années 60 et les débuts de la nouvelle vague’. Cette description est-t-elle fidèle à la réalité ?

C’est toujours difficile de répondre à une telle question. Je ne suis pas à l’aise quand il faut catégoriser, et tout particulièrement les genres musicaux. Alors, tu penses, ma propre musique… Elle réunit des éléments que je ne peux pas décrire dans la vraie vie. Mes paroles aussi. Cependant, il est sans doute exact qu’elle évolue quelque part entre l'indie rock et l'indie pop et qu'elle est influencée par le son des années 60 et 70.

Quels artistes constituent ta plus grande source d'inspiration ? Et pourquoi ?

D’abord, les grands auteurs-compositeurs américains comme Bob Dylan, Leonard Cohen, Hank Williams, Lou Reed et Townes Van Zandt… parce qu’ils sont tous très cool et qu’ils ont juste écrit toutes ces chansons incroyables. Puis ceux issus des 50’s et 60’s. Notamment les Beatles, les Rolling Stones, les Kinks, le Who, Pink Floyd, … le rock, c’est ce qui m’a incité à jouer quand j'étais adolescent et instinctivement, j’ai conservé une grande passion pour ces artistes-là. Et puis la chanson française traditionnelle, dont Léo Ferré, Barbara, Charles Trenet, Serge Gainsbourg, Georges Brassens, Jacques Brel, Jeanne Moreau… Pour moi, ces artistes sont immortels. C’est la musique que mes parents écoutaient à la maison. Mais j'aime aussi Moondog, le Clash ou encore les Beach Boys, entre autres... Et puis des mouvements tels que la scène CBGB, le highlife ghanéen et ses dérivés, la rumba congolaise, le jazz éthiopien, le country-blues… Mes goûts sont très éclectiques. En fait, j’apprécie les artistes, tant qu’ils ont quelque chose à dire et appartiennent à ce que Greil Marcus appelait autrefois la ‘république invisible’.

Tu as publié ton premier elpee solo, « A la vie à la mort », en 2016. Quelles ont été les réactions du public et des médias, à cette époque. Et ce disque t’a-t-il ouvert certaines portes ?

L'album était principalement interprété en français et il est paru sur un label parisien, Tôt ou tard. Il a récolté de très bonnes critiques dans de nombreux journaux et magazines. Nous avons effectué de nombreuses tournées après sa sortie, accordant plus d'une centaine de spectacles en Belgique, France, Italie, Suisse, Allemagne, au Canada et même quelques-uns en Chine.

Mea culpa, mais je n'ai pas encore écouté ton dernier album « Amour Colère ». A quoi faut-il s'attendre ? Peux-tu avancer une bonne raison de l’acheter ?

Ecoute-le alors, et tu me diras ton avis ! Je ne suis pas un bon agent de marketing….

Le titre de cet LP a-t-il une signification particulière ? Tu y parles d’amour et de colère, mais encore…

Ouais. Le titre se traduit en anglais par « Love Anger ». Mais un de mes amis utilise l'expression en français comme équivalent à ‘make-up sex’. C’est ainsi que j’ai déniché le titre. Plus sérieusement, au cours de ces dernières années, j’ai été déchiré entre des sentiments d’amour et de colère. Et puis j'ai pensé que ce qui était vrai pour moi était peut-être vrai pour beaucoup d’autres. Quand je débarque dans une ville, je me promène dans les rues autant que je peux et j’y constate qu’elles sont remplies d’amour et de colère, exactement comme dans mon cœur…

Qu’attends-tu personnellement de la sortie de cet opus ?

Ce n’est pas ce qui me tracasse. Je pense déjà au prochain album et aux autres projets du label. J'ai appris à ne pas trop attendre d’événements que je ne contrôle pas. Cependant, je serais très heureux si les gens l'écoutaient pour ce que c'est. Je suis conscient qu’il est ‘difficile’ et assez ‘sombre’. Je sais que ma musique est parfois malaisée à cataloguer et à synthétiser à cause de mes origines et influences multiples et du bilinguisme de mes œuvres. Je voulais donner aux gens une vue d'ensemble et ne pas me limiter pour quelque raison que ce soit. Je voulais que le disque parle pour moi et c'est le cas. J'en suis fier, sans aucun doute…

Nous vivons toujours une crise corona, qui ne disparaîtra pas encore cette année. Comment gères-tu cette pandémie comme être humain, musicien et compositeur ?

De toute évidence, le coronavirus est fâcheux pour de nombreuses raisons. Mais j’essaie de voir dans cette situation préoccupante une alarme et un encouragement à vraiment changer les choses. Nous courons vers de grandes catastrophes, si nous continuons à agir comme des bâtards qui ne respectent pas la nature et les autres espèces. Le coronavirus est un problème écologique, comme les incendies de forêt autour des globes, la perte de biodiversité, la pollution de la mer, etc. Le monde est sur le point de s'enflammer et avant la Corona, j'avais l'impression que la plupart des gens s’enfonçaient la tête dans le bac à sable, plutôt que de s’impliquer dans le processus politique. Mais maintenant, les choses évoluent et j'ai le sentiment que les êtres humains veulent récupérer le pouvoir. Je pense que c’est une bonne réaction, car c’est cela aussi la démocratie. Il ne s’agit pas simplement de se rendre au bureau de vote. La démocratie ne peut fonctionner que si le peuple est conscient de ce qui se passe et est prêt à participer au processus politique.

Cette pandémie a entravé tous tes plans ?

Ouais, certains concerts ont été reportés, d'autres ont été annulés. Mais nous avons décidé de nous concentrer sur la production et l'écriture. En tant que label et collectif de travail, Capitane Records dispose désormais de son propre studio et d'un bureau dans une vieille maison au milieu d'un parc au sud-est de Bruxelles. Et c’est formidable de savoir que nous disposons d’un tel endroit pour se concentrer sur notre travail. Si des spectacles peuvent être organisés, nous serons ravis de jouer les concerts. Sinon, nous produirons et enregistrerons de la musique pour les prochains mois. Under The reefs Orchestra et Turner Cody qui figurent tous les deux sur notre label bossent sur de nouveaux morceaux. Comme producteur musical, je suis également impliqué dans ces projets.

Penses-tu que la culture, qui a été particulièrement touchée au cours de derniers mois, pourra survivre à cette crise ?

Ouais, la culture est durement frappée, c’est vrai. Mais de nombreux autres secteurs également. De manière générale, le monde devient de plus en plus inégalitaire et irrespectueux envers les besoins de la Terre-Mère. Je pense personnellement que le capitalisme, tel qu'il s'est déroulé au cours des dernières décennies, est une menace dangereuse pour l'humanité et la terre. Mais comme je l'ai dit, au moins maintenant, il est assez évident que la classe dirigeante nous a conduit à la catastrophe. Donc, la situation pourrait enfin changer pour un mieux ; mais si seulement nous empruntons une autre direction, quand on reprendra le volant… Le 7 octobre, Capitane Records et le FACIR organisent une conférence du sociologue français Bernard Friot. Cet historien de la sécurité sociale viendra plaider pour un monde qui tourne progressivement le dos au capitalisme en étendant la sécurité sociale à de nouveaux secteurs d'activité parmi lesquels figurent le logement, l’alimentation, la presse, la culture etc. Il prône également l’instauration d’un ‘salaire à vie’ qui serait considéré comme un droit inconditionnel de l'homme…

Quand comptes-tu te produire en ‘live’ ?

Malgré la crise du Corona, quelques dates ont été fixées. Tout d’abord dans le cadre des Nuits Botanique. Ce sera le 1er octobre, lors de la soirée spéciale label Capitane Records, au cours de laquelle l’affiche impliquera également Under The Reefs Orchestra et Great Mountain Fire. Mais c’est sold out. Et puis, le même projet est programmé au Trefpunt à Gand, le 13 novembre. Ce n’est pas encore complet.

Quel est ton objectif ultime ?

Je ne suis pas sûr de bien comprendre ta question. Un objectif final pour quoi faire ? Changer le monde pour qu’il soit meilleur ? Vivre d’amour, de colère légitime et de musique, peut-être…

Nicolas Michaux

A la vie, à la mort

Écrit par

Nicolas Michaux, c’est tout simplement l’ex-chanteur d’Eté 67, une formation qui a sévi de 1998 à 2002. A son actif deux Eps et deux elpees ; mais surtout quelques tubes dont « Dis-moi encore » ou « Tu n’es pas là », qui ont littéralement squatté les ondes radiophoniques, à cette époque.

Une aventure d’adolescents qui a conduit Nico et son team à fouler les planches des plus grandes salles de Belgique. Ce qui lui a permis de se forger une solide expérience. 

Son exil au Danemark, durant une année, par amour pour sa dulcinée, va lui insuffler une inspiration fulgurante. Ce qui va lui permettre de revenir chargé d’une matière première au sein de laquelle il se dévoile presque timidement.

Enregistré à Bruxelles, « A la vie, à la mort » est le fruit du ‘do it yourself’ ! Une guitare acoustique, un clavier Casiotone et un matos minimaliste alimentent ce premier essai solo introspectif. Qui a quand même bénéficié du concours d’une fine équipe composée de Ted Clark (bassiste écossais), Morgan Vigilante (drummer), Pierre Van Braekel (manager de Girls in Hawaï), Grégoire Maus (éditeur des disques de Stanley Brinks) et Julien Rauïs (ingénieur du son et DJ bruxellois).

Les arrangements sont subtils. Interprétées tantôt en français, tantôt dans un ‘franglais’ parfait et amusant (à l’instar du titre éponyme), les chansons oscillent entre pop et folk, des chansons empreintes de candeur, de douceur et de fraîcheur.

D’une voix timorée, le singer survole des thématiques personnelles, singulières, fragiles et positives. En y injectant parfois une teinte d’ironie voire de cynisme (« A la vie, à la mort », « Croire en ma chance », « Avec vous ») sur fond de déclinaisons dichotomiques de la vie (l’amour, le déchirement, etc.)

L’univers auquel le Sieur avait habitué les fans de la première heure a disparu ! Plus qu’une évolution, c’est une vraie révolution !

A toutes celles et tous ceux qui exigent une musique de qualité et une finesse dans l’écriture, cet album à la nonchalance rapidement addictive, deviendra naturellement le leur !