La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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Rusty Apollo

Midgets & Monkeys

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Formation amstellodamoise, Rusty Apollo compte un peu plus de deux ans d’existence. Son premier elpee, "Oh yeah !", est paru l’an dernier. Du line up initial, il reste le drummer et chanteur principal Mike Meijer (NDR : c’est également le leader) ainsi que les gratteurs Rogier van der Ploeg et Onno Voorhoeve. Le premier se consacre à la slide et le second à la baritone. Nouvelles recrues, Wiendelt Hooijer et le bassiste Moos Meijer complètent donc le band. A l’instar du premier opus, "Midgets & Monkeys" recèle peu de compos personnelles. Trois en tout. Pour sept reprises. Néanmoins, le blues primaire proposé est plutôt original. 

Curieusement, le nouvel LP s’ouvre par une plage dont le titre n’est autre que celui choisi pour le premier long playing. Soit le "Oh yeah !" de Bo Diddley. Ce qui donne cependant un bel aperçu du style pratiqué par le combo. En l’occurrence une expression sonore à la fois primitive et fouillée. La voix de Meijer est âpre, rugueuse. La batterie, bien à l’avant-plan. La section rythmique, intransigeante. L’harmonica et la slide d’Onno s’immiscent judicieusement dans l’ensemble. Le "300 pounds of heavenly joy" de Willie Dixon est une compo popularisée, en son temps, par Big Twist and The Mellow Fellows, mais également Howlin’ Wolf. La version est particulièrement dynamique et la voix aussi grave et bestiale que celle de Big Foot ; alors que les sonorités des deux grattes sont singulières. Issu de la plume de Rusty Appolo, "The Human cannonball" est une plage bien structurée. La rythmique est d’ailleurs hypnotique. Imprimé sur un mid tempo, ce blues primaire, proche du Delta, est hanté par un vocal ténébreux et criard. Et l’harmo de Hooijer y tressaille. Le "Pretty Thing" de Willie Dixon a été traduit en succès par le géant Bo Diddley. Le combo batave adopte le Diddley beat. La guitare baritone est chargée de reverb. Comme lors des débuts du blues, un fifre nerveux s’infiltre dans le décor. Les chœurs sont réussis et plutôt surprenants. "Can I put my finger in it ?" est une autre compo qui figurait au répertoire de Bo. La voix est aussi ravagée que celle de Tom Waits. La trame rythmique est hypnotique et fiévreuse. La guitare, déjantée.  La cover du célèbre "Let’s work together" de Wilbert Harrison baigne dans le country/blues. Onno Voorhoeve s’est installé derrière le micro. Soutenue par des arrangements ambitieux, sa voix est bien plus douce. La paire van der Ploeg/Meijer signe "She left me good", une piste qui véhicule les accents exotiques d’une rumba. Le chant est au bord de la rupture. Le climat est plutôt serein. Il est bercé par la douceur latine des cordes et traversé de percussions. La guitare en profite pour s’autoriser une brillante sortie, dans l’esprit de Carlos Santana. Un des meilleurs moments de cet opus. Le "Death letter blues" de Son House trempe tout naturellement dans le blues originel du delta. L’harmonica déverse des chapelets de notes. Les deux grattes s’intègrent bien dans l’ensemble. La voix de Meijer est agressive. "Way down in the hole" est un titre issu de la plume de Tom Waits. Il figurait sur son album "Franck’s wild years", paru en 1987. Il s’agit plus que probablement d’un des meilleurs blues du Californien. Les percussions sont syncopées. La voix est proche, grave et inquisitrice. Et le morceau se glisse dans le suivant, "Stick a fork in me", une jam transique bien personnelle. La voix baryton de Mike Meijer sert de fil conducteur. Acide, tourmentée, la gratte plonge au cœur d’un voyage volontiers psychédélique, même si en finale, des cordes synthétiques, samplant sans doute un mellotron, viennent étoffer la composition. 

Rusty Apollo

Oh yeah

Écrit par

Les Pays-Bas viennent d’enfanter un nouveau groupe. Un de plus, serions-nous tentés d’ajouter. Manifestement, le blues contemporain y est en pleine effervescence. Rusty Apollo nous vient d'Amsterdam. Un quintet fondé au printemps 2014. Il réunit Rogier Van der Ploeg (ex-Soviet Sex, Blue Murder, Astral Bodies) à la gratte, Onno Vorhoeve (ex-Cadillac Walk) à la slide, Kim Snelten (ex-Drippin Honey) à l’harmo, Mike Meijer (ex-Gigantjes) à la batterie et Michiel Van Leeuwen (ex-Gruppo Sportivo, Rudolph Dancer) à la basse. Ces trois derniers se partagent les vocaux. Un aréopage de musiciens issu d'univers différents qui ont décidé de s’associer sous la bannière du blues! Une union bien scellée ou simplement momentanée ? Difficile à dire, car l’elpee n’épingle que des reprises de titres, pour la plupart notoires dans l'univers du blues.

La cover du "I'm going down" de Don Nix ouvre l'opus. La voix de Mike Meijer est âpre. L’harmo de Snelten s’impose naturellement. Mais les deux sixcordistes tirent également leur épingle du jeu. Celle du "I'm going upstairs" de John Lee Hooker est plus enlevée, un boogie chanté par Michiel Van Leeuwen et lacéré par quelques petits coups de griffe assénés par l'harmo. Le meilleur bluesman du lot est sans aucun doute Kim Snelten qui propulse le riff célèbre du "Mellow down easy" de Willie Dixon, popularisé par Little Walter. Le "Smokestack lightning" de Howlin' Wolf nous entraîne dans une transe hypnotique. Impérieuse, la section rythmique favorise la progression acide des guitares. Calme et sérénité reviennent au cours de l’indolent "Highway 13", un morceau signé John Lee Hooker. Epaulé par l'harmo et la slide d'Onno, Michiel murmure plus qu’il ne chante. La plage monte ensuite en puissance, se chargeant d’une profonde intensité dramatique, lorsque les cordes largement amplifiées se joignent à l’ensemble. Retour aux origines du blues et à ces fameux ‘fife'n'drums’ pour le "Chevrolet" de Memphis Minnie. Seules les percussions de Mike et la flûte d'Onno se conjuguent pour baliser la voix profonde, caverneuse et déclamatoire de Meijer. Caractérisé par ses percus à l’avant-plan, le "Kokomo me baby" de Mississippi Fred McDowell est un blues primitif et originel. L'harmonica participe au riff. Les deux grattes fluctuent discrètement. Un morceau qui gagne en intensité en fin de parcours. Le prologue de "Back door man" est totalement déjanté. Issue de la plume de Willie Dixon, cette compo a été popularisée par Howlin' Wolf, en 1960. Les six cordes sont à l'agonie et gémissent de désespoir. Rusty Appolo semble dans son élément quand il adapte le répertoire de Wolf. Snelten brille sur sa musique à bouche, tout au long de "Wreck my life". La cover du "Take out some insurance" de Jimmy Reed s’étire sur le rythme paresseux du blues des swamps louisianais. En finale, Rusty Appolo s'attaque au "Crawling King snake" de Big Joe Williams, un titre écrit en 1941 et repris par une multitude d’artistes, dont Howlin' Wolf en 1966 ; et c'est bien entendu la version de ce dernier qui inspire nos Bataves. La voix de Mike Meijer est la plus adaptée pour perpétuer l'esprit de Wolf. Kim se défonce sur son harmonica ; ce qui nous plonge à nouveau dans une ambiance hypnotique. Si cet elpee est de bonne facture, il faut espérer que Rusty Appolo puisse se montrer aussi intéressant dans un répertoire plus personnel…