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Songs : Ohia

The Magnolia Electric Co

Il pleuvait beaucoup sur le dernier album de Songs : Ohia, " Didn't It Rain " : le genre de drache qui vous mouille jusqu'aux os et vous laisse grelottant, cloué au lit comme un mort en sursis. Sur ce nouvel album, la pluie s'est transformée en orage électrique, et les gémissements en inflexions plus rock. Jason Molina semble désormais plus proche d'un Neil Young cuvée " After The Gold Rush " que d'un Will Oldham en rupture d'anévrisme. Sans doute que Steve Albini, qui a produit l'album, y est pour quelque chose, lui qui sait dompter l'électricité comme un paratonnerre… Toujours est-il que ce " Magnolia Electric Co " suinte davantage le rock à la Lynyrd Skynyrd que la country autiste à la Palace, cette maladie incurable qui terrasse tout ceux qui y prêtent oreille. Jason Molina serait donc le nouvel hérault d'une americana décomplexée, dont les fiers Artabans - ses influences - se nomment toujours Bruce Sprinsgteen, Bob Seger, Steve Wynn et Johnny Dowd. En à peine huit chansons, du splendide " Farewell Transmission " au définitif " Hold On Magnolia ", Songs : Ohia revisite donc avec classe et grandeur tout ce qui s'est fait de mieux en rock rural ces trente dernières années. Les guitares dressées telles le doigt de Dieu, Molina et ses fidèles destriers foutent le feu au maquis country, après avoir entamé une danse de la pluie en plein milieu de la Vallée de la Mort. L'épidémie de grippe qui frappait de plein fouet tous les albums précédents de Songs : Ohia a bel et bien été éradiquée : maintenant que Molina dompte les éclairs et décoche des riffs foudroyants, sa musique connaît davantage de soubresauts. Finies les baisses de tension, au contraire tout s'affole. Plus Pat Garrett que ‘poor lonesome cow-boy’, Molina fait désormais beaucoup d'ombre à tous les apprentis countrymen qui osent croiser son chemin. Un très grand album, d'un chroniqueur tordu de l'Amérique profonde.

Songs : Ohia

Didn´t It Rain

Songs : Ohia fait partie de ces groupes qui cultivent une certaine mélancolie suicidaire, à bout de nerfs, proche de la litanie, mais sans tomber dans le misérabilisme chronique. Comme Bill Callahan et Will Oldham, Jason Molina chante d'une voix fatiguée des histoires pas gaies, portées fébrilement par quelques accords bancals et une batterie enrhumée. Comme tableau, on fait difficilement plus pathétique, et pourtant : les chansons de Songs : Ohia émeuvent, bouleversent. Quand Jason Molina répète inlassablement qu'il est " paralysé par le vide " (sur " Blue Factory Flame "), on se surprend à fredonner la gorge serrée, comme si notre vie en dépendait. Neil Young, Nick Drake, Willie Nelson sont évidemment passés par là. Des traces de leurs chansons et de leurs voix en témoignent sur ce disque, fantômes d'une ère où le rock s'alimentait encore aux sources du Delta blues et du Mississippi. Songs : Ohia a su faire siennes ces influences, intégrant dans son répertoire du bluegrass, du folk, de la country. Et si Jason Molina semble chanter avec des béquilles, c'est pour mieux se relever, toujours, et l'espoir d'apparaître enfin. Sa musique alors se teint d'une aura presque mystique, à laquelle il est difficile de ne pas succomber.