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Agnostic Front

Un esprit de famille, mieux même : un mouvement…

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Célébrant modestement ses trente-cinq printemps, Agnostic Front est parti en tournée à travers toute l’Europe. La règle est simple : un concert tous les soirs, pendant un peu plus d’un mois, afin de fêter en famille cette date anniversaire. L’occasion ne pouvait être mieux choisie pour rencontrer Roger Miret, le vocaliste du groupe, un des pionniers du mouvement Punk Hardcore new-yorkais, du début des années ’80.

Deux heures avant le démarrage des festivités, les alentours du Reflektor sont encore calmes. Un homme lave les vitres de la façade de la salle de concert liégeoise. En y pénétrant, votre serviteur tombe nez à nez avec Mike Gallo, le guitariste du groupe d’Agnostic Front. Je lui signifie avoir fixé un rendez-vous à Roger. Il me demande de le suivre. On traverse la salle de concert. Sur la scène, Wendy’s Surrender, une de premières parties de la soirée, effectue son soundcheck. Dédalle d’escalier. ‘Rogeeeeer, Rogeeeer’, s’égosille le musicien. On finit par tomber sur le reste du band, en discussion dans une petite salle. Le vocaliste me fait signe qu’il arrive. L’entretien se déroulera dans la pièce voisine.

Vous vous produisiez hier au Hellfest festival, en France. Comment s’est passé le show ?

C’était très bien… fantastique même ! On commence un peu à être habitués au Hellfest, c’est la troisième ou quatrième fois que nous nous y produisons… Et cette fois-ci, le show a même été retransmis par une chaîne nationale française ! (NDR : en l’occurrence Arte Concert, qui les diffuse en direct sur Internet)

Revenons un peu en arrière… En 2015, vous avez publié « The American Dream Died », votre onzième elpee studio. Rien de neuf à l’horizon ?

Oui mais nous n’en sommes qu’au début. On a profité de cette tournée pour commencer à travailler sur quelques nouveaux morceaux … On espère sortir ensuite un nouvel album. Ce sera pour l’année prochaine. Mais bon, pour atteindre cet objectif, il va falloir qu’on se magne afin de compléter le répertoire. C’est encore tout frais et donc je ne peux encore t’en dire beaucoup plus… Mais les textes seront de la même veine que ceux écrits par le passé. Nous y aborderons certains problèmes sociaux et politiques et nous ne manquerons pas de s’attaquer à cette pression que nous met sans cesse le gouvernement des Etats-Unis. Enfin, quand je dis ‘nous’, je parle des citoyens américains au sens large du terme...

En effet, les lyrics de « The American Dream Died » sont toujours autant d’actualité, même deux ans plus tard…

C’est sûr… malheureusement… Regarde comment fonctionnent les States aujourd’hui ! Tout ce qui s’y passe, tu peux le retrouver de manière plus ou moins implicite dans les paroles des compos !

Sur une des plages de cet LP, tu avoues que le vieux New York te manque. Une raison ? Quelle est donc cette image que tu gardes de cette ancienne City ?

Il s’agit du New York que j’ai connu quand j’étais jeune et qui n’existe plus aujourd’hui. Elle a célébré mes jours de gloire. C’était une ville dangereuse et imprévisible. Un endroit spécial, atypique et unique, qui a permis la naissance du Hardcore Punk. En compagnie des artistes et musiciens qui y vivaient à ce moment là, on formait une sorte de collectivité prospère. Ce mode de vie entre nous, en communauté réduite et soudée, c’est vraiment quelque chose qui me manque. Aujourd’hui, plus personne ne se connaît ! Et ce n’est évidemment pas spécifique à New York ; c’est pareil dans tous les Etats. Plus personne ne se parle, plus personne ne prend soin de l’autre. Les gens se contentent d’y vivre leur vie, point/barre.

A la fin du mois d’août sortira ton livre, « My Riot ». Qu’est-ce qui t’a motivé à rédiger cet ouvrage ? Estimais-tu être arrivé à un moment de ta vie où il te semblait nécessaire de relater par écrit ce que tu as vécu ?

Si je me souviens bien, j’ai commencé à écrire ce bouquin en 1999. J’ai ensuite perdu tout ce que j’avais sauvegardé… à deux reprises ! Tout d’abord lors du désastre du World Trade Center, en 2001, puis un peu plus tard… tout simplement en perdant mon disque dur portable… J’ai ensuite finalement rencontré Jon (NDR : Wiederhorn, journaliste musical réputé dans le milieu), qui était très emballé par ce projet. Au départ, je voulais tout rédiger en personne. Mais il a fallu se rendre à l’évidence : je n’y serais jamais parvenu, faute de temps. Entre mes enfants, mes groupes et ma vie de musicien, il était vraiment impossible de tout concilier ! (Roger marque un temps de pause). En prenant un peu de recul, je pense qu’il devrait toucher toute personne qui s’intéresse à nous. Il ne se consacrera pas uniquement à Roger Miret et à la relation le reliant à Agnostic Front, mais aussi à l’immigré cubain qui a débarqué aux Etats-Unis. Il aborde tous les combats que j’ai dû mener avant de pouvoir lancer cette formation, mais aussi ceux que j’ai éprouvés en prison. Au final, toutes ces expériences m’ont bonifiées et permis d’apprendre de mes erreurs. Tu peux en commettre, c’est sûr. Mais tu dois toujours en tirer un enseignement. Cet ouvrage débute par un des pires moments de ma vie pour finalement en arriver au meilleur. Si on veut faire court, on y retrouve en fait quatre histoires : celle de l’immigré cubain débarquant en Amérique, celle d’Agnostic Front, la perte de temps relative à mon incarcération et, finalement, la sortie des enfers et le retour à ce que je vis aujourd’hui, les moments les plus formidables de mon existence !

En parcourant ta discographie, j’ai été intrigué par le livret accompagnant l’elpee « Riot, Riot, Upstart ». On y apprend ainsi que le Hardcore Punk serait un mouvement et non deux styles de musique distincts. Peux-tu nous éclaire à ce sujet ?

Pour nous, il a en effet toujours été très clair qu’Agnostic Front s’inscrit dans un mouvement qui dépasse simplement la notion de musique. Quand Vinnie (NDR : Stigma, guitariste fondateur de la formation) a choisi le terme de ‘Front’, c’était dans l’esprit d’un mouvement, au-delà de la notion de groupe, de celle de la musique. C’est devenu pour nous une histoire de cœur qui a donné un sens à notre vie.

Ce qui explique peut-être pourquoi le groupe existe aujourd’hui depuis près de quarante ans. Te souviens-tu de ce moment où Adam Mucci et Ray Beez t’ont demandé de rallier le combo, alors que tu sortais juste de chez le barbier ?

Bien sûr que je m’en souviens ! Je m’apprêtais justement  à assister à un concert dans le coin. Je me rappelle précisément du moment où ils m’ont approché pour me proposer de chanter avec eux. J’ai tout d’abord été sous le coup de l’émotion. Je ne comprenais pas très bien pourquoi ils me demandaient de les rejoindre, alors que la dernière fois que je les avais vus, Jimmy The Russian était encore leur vocaliste. Et puis… je n’étais pas du tout chanteur ! Je me consacrais alors à la basse. Mais bon, ma copine à l’époque m’a convaincu d’accepter… Et puis voila, c’est devenu ce que c’est aujourd’hui !

Dans le livre « New-York Hardcore 1980-1990 », Vinnie Stigma déclare : j’ai imaginé le groupe et son concept, Roger en fait un business. Votre mode de fonctionnement est-il toujours pareil ?

Oui, c’est plus ou moins toujours le cas, en effet ! Vinnie est un artiste. C’est un peu la mascotte du groupe. Notre entente est parfaite. Rien ne peut la perturber. Tu sais… il a davantage de liens avec ma famille que quiconque. Vinnie n’a pas de frères, de sœurs, ni même de parents…. Sa véritable famille, ce sont ma mère et mes frères. Il en fait partie intégrante. Après avoir incorporé Agnostic Front, je me souviens avoir rencontré Vinnie et m’être rendu compte qu’un beau challenge se présentait devant moi. Il fallait alors mettre un dispositif en place pour qu’il fonctionne. Et puis, on a assez rapidement réalisé notre premier Ep, « United Blood, puis notre premier album, « Victim in Pain ». J’ai alors senti que les événements devenaient favorables et qu’on pouvait franchement se lancer…

En près de quatre décennie, j’imagine que tu as pu observer une évolution au sein de la scène Hardcore, que ce soit chez les groupes, au sein du public ou encore de la relation entre les gens et la musique. Certains affirment que c’était mieux avant. Tu partages ce point de vue ?

Je n’affirmerai pas que c’était mieux ou moins bien, mais plutôt différent. Enfin, quoique… (il réfléchit)… je pense que c’était quand même mieux avant (il rigole) ! Toutes les formations produisaient un son distinct et on pouvait aisément les reconnaître. Et puis le mouvement a fini par évoluer, grandir et charrier son lot de nouveaux bands, parmi lesquels quelques-uns sont néanmoins devenus aujourd’hui très bons ! Attention, loin de nous l’idée de ne pas se pencher sur la nouvelle scène et de ne pas être attentifs à l’évolution du son, même dans nos propres morceaux ! Agnostic Front a d’ailleurs toujours pris d’autres groupes sous son aile pendant les tournées ; et puis on a toujours été ouvert à d’autres sons… Si tu veux que cet esprit propre au Hardcore puisse se perpétuer, tu dois t’ouvrir à l’innovation et au changement. C’est inévitable. Tu te rends alors compte avoir eu la chance de connaître l’âge d’or, mais qu’il est à présent révolu. J’adore me rappeler le bon vieux temps ; ce qui ne m’empêche pas de continuer et de prendre encore mon pied maintenant !

Quand on a accompli une telle carrière, n’a-t-on pas, parfois, envie d’y mettre un terme. Où puises-tu cette énergie afin de toujours aller de l’avant ?

C’est une question difficile… Il est sûr que je commence à prendre de l’âge, mais… je ne bénéficie d’aucune retraite ! Je n’ai pas toujours fait ce que je fais aujourd’hui et je ne le fais pas tous les jours non plus. Quand je ne suis pas en tournée, je bosse aussi comme électricien ou dans la construction. Et je dois veiller à l’entretien de ma famille… donc voilà ! On est toujours resté un groupe underground, c’est ainsi. Mais parfois, quand quelqu’un vient me dire : votre musique m’a tellement apporté et vous m’avez sauvé la vie, je prends alors conscience d’avoir atteint notre objectif : celui d’apporter quelque chose aux gens et de les aider. On adore ce qu’on fait, on adore ce contact avec les êtres humains, c’est notre raison d’être.

Dans le Punk Hardcore, il existe un paramètre qu’on ne peut pas retrouver aussi fort que dans ce style de musique : le sentiment de fraternité. D’où provient-il ?

Je pense que le Hardcore puise profondément ses racines dans les liens qu’on peut entretenir avec sa famille. C’est très important pour nous. On était très peu nombreux au début, juste une toute petite communauté. On était quoi… peut-être 30 personnes à vivre toujours ensemble. Et ce noyau est devenu très fort, très soudé. Mais il a toujours été possible de nous rejoindre. On n’était pas refermés sur nous-mêmes. On est donc devenus une sorte de famille très solide. Et on considère sincèrement toutes les personnes qui nous suivent comme une famille, pas comme des fans. C’est une nuance très importante. On va toujours vers eux. Avant ou après le show, tu peux toujours nous voir traîner dans les environs. C’est simple : on traite les gens comme on aimerait qu’ils nous traitent. ‘For the family, for my friends…’, ce n’est pas pour rien ! Tout au long de ces 35 ans de carrière, on a toujours été liés par un sentiment de fraternité. C’est sûr que tout le monde ne deviendra pas des potes, mais c’est du moins l’esprit qu’on essaye d’insuffler…

(Interview réalisée à Liège, le 18 juin 2017)

Agnostic Front

L’esprit hardcore de l’underground new-yorkais au Reflektor…

Écrit par

Alors qu’il se produisait la veille, face à plusieurs milliers de personnes, Agnostic Front a aujourd’hui rendez-vous devant un parterre nettement plus réduit –environ 400 personnes– mais néanmoins gonflé à bloc. Un moment musclé mais convivial en compagnie des légendes du Hardcore Punk. Ce détour par la Belgique est devenu une habitude pour cette formation yankee qui laisse toujours derrière elle un souvenir indélébile. Et puis… ce n’est ni plus ni moins qu’une tournée d’anniversaire : trente-cinq années de planches à célébrer vigoureusement dans le pit !

Dimanche fin d’après-midi, un soleil de plomb prend Liège en otage. Les rues sont calmes, le centre-ville est plutôt désert… à l’exception d’un petit attroupement qui s’est formé aux abords du Reflektor. Et pour cause : face à la salle de concert trône fièrement une magnifique Chevy datant de 1953. La bête a été amenée par le chapitre français du Rumblers Car Club, un collectif de passionnés dont le credo est de réparer, reconstruire et faire rouler d’anciennes voitures américaines. Autre détail intéressant : le responsable de cette association, née à New-York en ’96, n’est autre que… Roger Miret, le leader d’Agnostic Front. Il était donc naturel que le vocaliste, flanqué du reste du band, vienne inspecter le bolide. Accolades viriles, moments photos, échanges de compliments, la soirée s’annonce plutôt bien.

La fosse est plutôt clairsemée, si pas quasi-vide, lorsque les Liégeois de Surge of Fury entament leur set. ‘Allez les gars, on se rapproche… Que chacun fasse deux pas en avant, je veux pouvoir vous sentir’, lâche Tito à l’auditoire qui se densifie petit à petit. Les coreux comptent vingt années d’expérience acquise en ‘live’ ; ils connaissent donc bien les ficelles afin de bouter le feu au public. ‘Montrez vos culs…’, ose un spectateur. ‘En tout cas, nous, on se le bouge…’, lui rétorque de suite, le vocaliste. Il n’en faut pas moins pour que quelques esprits commencent à s’échauffer, les poussant à marteler le sol à coups de pieds et à mouliner les bras dans les airs. En une demi-heure de show, malgré un public relativement calme encore à cette heure anticipée de la soirée, Surge of Fury a offert un show carré et sans concessions. N’ayant jamais sa langue en poche, Tito remerciera Chris (vocaliste du groupe Do or Die et, pour l’occasion, organisateur de la soirée) mais également, un peu amer, tous les participants ‘qui ont été prêts à dépenser un tel prix, exorbitant pour ce style de musique…’ (NDR : le sésame s’élevait à un peu moins de trente euros).

Un espace contigu, des températures estivales : le cocktail idéal pour assoiffer les gosiers. La Chevy est mise en sécurité dans un parking proche de la salle de concert. C’est désormais une horde en t-shirts noirs et treillis de rigueur qui occupent la Place Neujean. Le temps de s’en jeter une ou deux, les martellements de la batterie de Wendy’s Surrender sifflent la fin de la récré. Originaires de Besançon, les Français ont entraîné leur fan club (vous vous rappelez, les fans de vieilles voitures US ?) Sous la bannière ‘East Side Hardcore’, les artistes bénéficient d’un quart d’heure de plus que le band précédent (même s’ils écourteront quelque peu leur prestation). La sauce a un peu de mal à prendre lors des premiers morceaux. D’ailleurs le public est assez statique. Wendy’s Surrender finit néanmoins par imposer son style typiquement old school mais agrémenté d’un petit côté groovy des plus appréciables. La fin du show approche et Cyril, le vocaliste, remercie Chris pour l’accueil. Jean Rem se lève derrière ses fûts, plante une baguette dans le flan du chanteur et lui montre l’arrière du podium. Cyril se retourne et se reprend illico : ‘… et on remercie également Roger d’Agnostic Front. On lui dédie d’ailleurs ce morceau !’ En toute simplicité, Roger Miret et son bassiste Mike Gallo s’étaient en effet glissés en coulisses afin de profiter de la prestation des Français. Au vu des hochements de tête approbateurs et des applaudissements, les artistes ont eu plutôt l’air de passer un bon moment. Une impression également partagée par la fosse, acclamant généreusement le groupe à la fin du concert.

Plus l’heure passe, plus l’air ambiant devient humide. Le temps de sortir d’un état proche de l’apnée, de se faire apostropher par la garde (‘on ne sort plus devant l’établissement avec des boissons après 10h !’), de se rafraîchir autant la gorge que les poumons, et il est déjà venu le moment de regagner le théâtre des opérations. Le décor est planté : le fond de la scène est tapissé par un drapé à l’effigie du dernier album d’Agnostic Front, « The American Dream Died », représentant la charmante statue de la liberté au visage squelettique. Tout le beau monde réuni pour l’occasion occupe à présent la salle, les plus motivé-e-s sont collé-e-s à l’estrade. Il faut dire qu’au Reflektor, il existe une grande proximité entre le groupe (ou l’artiste) et la foule, une simple petite barrière séparant le pit du podium.

Obscurité, cris, spots rouges projetés à la face du public, la B.O. du film ‘Le Bon, la Brute et le Truand’ (NDR : ça y est, vous l’avez aussi en tête à présent ?) est diffusée dans les haut-parleurs. Fidèle à sa réputation de mascotte, Vinnie Stigma entre triomphalement sur les planches, tout en torse bombé, vêtu d’un maillot du Standard et brandissant sa guitare retournée, au dos de laquelle sont inscrites en capitales les lettres STIGMA. Craig Silverman et Mike Gallo, respectivement guitariste et bassiste du band, prennent position derrière leur micro de part et d’autre du podium. Toujours très sobre et discret, Pokey s’assied derrière sa batterie, suivi finalement de Roger Miret, éternel bandana sur le crâne descendu jusqu’au niveau des yeux, et vêtu d’une ample chemise noire et short de la même couleur. Tous les poings sont levés. « The Eliminator », tiré de l’album « Cause for Alarm » de ’86, claque, tel un coup de fusil, le début du round. La contiguïté des lieux décuple la puissance des bousculades viriles dans la fosse. Les torses s’entrechoquent, certains tombent mais sont de suite relevés. Hardcore spirit.

L’ambiance est empreinte d’une franche camaraderie, le combo a l’habitude du plat pays et son public lui est fidèle. Un lien manifestement palpable. Les esprits s’échauffent, les plus hardis se font porter au-dessus de la foule pour finalement atterrir sur l’estrade, taper une accolade à un des musicos pour finalement se relancer de plus belle dans le pit. Certes, l’alcool aidant, certains abusent de cette ascension sur la stage ; ce qui finira par sensiblement énerver Roger Miret et Mike Gallo. Mais bon, ce rituel fait partie du jeu. Les morceaux s’enchainent pendant une heure, pour un set plein et condensé. Un ‘We love you Agnostic’ émane d’un des spectateurs adossé à la barrière et vient interrompre le vocaliste, alors qu’il était occupé à remercier le public de sa présence en ce dimanche soir. Ni une, ni deux, Roger Miret dédicace alors « For My Family » à ce fan visiblement heureux d’être là. En guise de remerciement, la formation invitera également (encore !) Chris de Do or Die à les rejoindre pour attaquer « Peace », avant de, quelques morceaux plus tard, relancer l’invitation cette fois-ci au vocaliste de Wendy’s Surrender, pour s’époumoner ensemble sur « A Mi Manera ». Un juste retour d’ascenseur.

Même si la moyenne d’âge tendait plutôt vers les trentenaires et les quadras, le public recensait quand même quelques jeunes pousses. ‘Vous êtes la nouvelle génération’, signifie Roger Miret à de jeunes enfants proches des barrières, avant de les inviter à monter sur l’estrade pour le dernier morceau du set, l’incontournable reprise des Ramones, « Blitzkrieg Pop ». Pendant que l’un s’accapare le micro de Craig Silverman afin d’entonner le refrain, un autre, plus jeune, cheveux longs et casque insonorisé sur la tête, pousse la chansonnette auprès du vocaliste, avant de se lancer dans la fosse, sous le regard médusé mais amusé des musiciens. ‘Vous savez, c’est aujourd’hui la Fête des Pères aux Etats-Unis… Mike est papa, Craig est papa, je le suis aussi… Vinnie lui est déjà grand-père (NDR : ce qui déclenche des rires de la salle). Et Pokey… lui c’est notre adopté, il est notre gamin à tous (accentuant cette hilarité). On est une grande famille…’, avait lancé Roger un peu plus tôt. Après avoir passé de bras en bras dans la fosse, le petit garçon revient sur les planches. Le chanteur le hisse sur ses épaules et clôture le set. Tout le monde est hors d’haleine. Les sourires parlent d’eux-mêmes : les légendes new-yorkaises du Hardcore-Punk ont une nouvelle fois mis le feu, en toute modestie, en tout simplicité, leur expérience et leur vécu transparaissant naturellement dans leur jeu de scène. Un esprit de fraternité, d’échange sincère avec leur public –peu importe le nombre qu’il soit– qui ne naissent et ne se déploient que dans ce type de concert. Longue vie au Front !

Organisation : Reflektor & Nuclear Blast

Agnostic Front

Something’s gotta give

Considéré comme le parrain de la scène hardcore new-yorkaise, Agnostic Front roule sa bosse depuis 1981. Un quatuor drivé par un duo de choc. En l’occurrence, Roger Miret, chanteur, homme de scène charismatique, dont les tatouages lui couvrent le corps comme une véritable peinture. Et Vinnie Stigma. Membre fondateur, compositeur principal et guitariste. Forgé dans la colère et tempérée par la rage, cette formation dispense une solution sonore agressivement brutale ; mais dont les lyrics élégants et engagés alimentent des mélodies contagieuses, dans le sens le plus punk du terme. Non initié(e)s, s’abstenir !