Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir le statut de 'groupe culte', mais c'est clairement le cas pour Light Asylum. Emmené par la voix énigmatique de Sharon Funchess, le projet basé à Portland, dans l'Oregon, a secoué le petit monde de la musique…

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Le fossé à franchir par Snake Mountain Revival

« The Divide », le nouvel album du trio psychédélique indépendant américain Snake Mountain Revival, sortira le 23 octobre prochain. Formé sur la côte de Virginie à l’été 2017, Snake Mountain Revival est né de la rencontre entre des univers musicaux très…

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Jon Spencer
Ora Cogan

Walk Off The Earth

Lorsque la créativité ne rencontre aucune limite…

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Certains collectifs se contentent de jouer leurs morceaux, d'autres transforment chaque concert en aventure. Walk Off The Earth appartient clairement à cette seconde catégorie. Ce vendredi 23 octobre, les Canadiens ont investi l’Ancienne Belgique de Bruxelles, animés par une créativité débordante, des instruments insolites et une bonne humeur contagieuse. Révélée en 2012 grâce à sa reprise virale de « Somebody That I Used To Know » de Gotye — interprétée à cinq sur une seule guitare —, la formation a depuis conquis le monde. Malgré deux Juno Awards et des milliards d’écoutes, ce combo conserve sa recette d'origine : un joyeux mélange de pop, rock, folk et d’harmonies vocales, où l’imagination ne connaît aucune limite.

C'est à Crash Adams que revient la mission de lancer les festivités. Originaire de Toronto, le duo canadien cultive une pop lumineuse, nourrie de mélodies immédiates, de refrains fédérateurs et d'une énergie qui rappelle, par certains aspects, les productions les plus enjouées de Maroon 5. La formation s'est notamment fait connaître grâce au titre particulièrement accrocheur « Give Me A Kiss », qui a largement assis sa popularité sur les plateformes musicales et les réseaux sociaux. Disposant d'une demi-heure, Crash Adams doit aller droit au but. Son univers musical semble d'ailleurs parfaitement adapté à cet exercice, caractérisé par des compositions concises, des rythmiques entraînantes et cette volonté permanente de privilégier le plaisir immédiat.

Là où d'autres premières parties peinent à trouver leur place, la proposition du tandem possède tous les ingrédients nécessaires pour instaurer une atmosphère décontractée avant le spectacle principal. La parenté artistique de ce groupe minoritaire avec Walk Off The Earth saute aux yeux : même goût pour les mélodies accessibles, identique volonté de communiquer une énergie positive et même refus de se laisser enfermer dans une conception trop rigide de la pop. Ce projet constitue ainsi un choix particulièrement cohérent pour jalonner cette tournée européenne, offrant à la soirée une couleur résolument festive dès son premier chapitre.

Autre particularité de cette affiche : la présence des Luminati Suns, invités spéciaux dont l'histoire entretient un lien étroit avec Walk Off The Earth. Derrière ce nom se cachent les trois fils de Gianni Luminati et Sarah Blackwood, deux figures essentielles du collectif canadien. Autant dire que la passion musicale se transmet ici en famille. Loin de n'être qu'une anecdote, cette initiative illustre la philosophie qui anime Walk Off The Earth depuis ses débuts. Chez ces artistes, la musique se conçoit avant tout comme une aventure collective, un espace de liberté où chacun apporte sa personnalité, sa créativité et son enthousiasme.

Sous la bannière des Luminati Suns, cette approche prend une dimension supplémentaire. La jeunesse des musiciens, leur proximité avec l'univers artistique de leurs parents et leur intégration à une tournée internationale confèrent au projet une identité singulière. Il y a quelque chose de réjouissant dans cette transmission. À une époque où l'industrie privilégie souvent les productions standardisées, voir une nouvelle génération s'approprier les instruments et développer sa propre expression rappelle que la création reste avant tout une histoire de passion : un joli trait d'union, en parfaite adéquation avec l'esprit convivial de la soirée.

L'atmosphère s'allège après une introduction préenregistrée du mythique combo Queen. Le très mélodique « Superhero » ramène le concert vers des territoires plus émotionnels, avant que l’enchaînement de « On The Road », « Long Way Home » et « Take Me Home » ne fasse souffler un vent de liberté et d’évasion. Ces morceaux traduisent la fascination de la formation pour les voyages, les rencontres et les liens humains — autant de thèmes récurrents dans son univers.

C’est à ce moment précis que se dresse le dispositif tant attendu du "Table Medley". Plus d'une décennie après l'explosion de leur vidéo virale sur Internet, l'incontournable reprise de Gotye, « Somebody That I Used To Know », demeure indissociable de l'identité de Walk Off The Earth. Elle sert ici de point d'ancrage à une traversée musicale particulièrement éclectique autour d'un seul instrument. Le collectif enchaîne les références, glissant de « Anxiety » au classic rock de Kansas avec « Carry On Wayward Son », avant de retrouver les couleurs eighties de « Your Love » (The Outfield). Le voyage se poursuit via « I Can See Clearly Now », s'aventure vers la pop contemporaine de Chappell Roan (« Good Luck, Babe ! », « Pink Pony Club ») et de Taylor Swift (« Anti-Hero »), pour enfin intégrer l'électropop rêveuse de « Fireflies » (Owl City) et la saveur alternative de « Clint Eastwood » (Gorillaz). Les transitions et les harmonies vocales de ce long playing condensé offrent une cohérence totale à ce qui pourrait n'être qu'un juke-box. Le band réinvente ces œuvres et les adapte à sa propre personnalité.

Impossible pourtant de laisser l'effervescence retomber. « Gang Of Rhythm » surgit comme une nouvelle décharge d'énergie, caractérisé par des accents folk-pop et une irrésistible pulsation. Voilà l'une des grandes forces de Walk Off The Earth : proposer une musique immédiatement accessible sans sacrifier l'originalité des arrangements. La séquence « Saxo, Spacedrum Jam » offre ensuite une parenthèse instrumentale captivante. Entre sonorités aériennes et expérimentations rythmiques, le collectif rappelle que sa créativité dépasse le cadre de ses vidéos internet. Derrière l'apparente légèreté du spectacle se cache une solide maîtrise technique, servie par des artistes déterminés à repousser leurs propres limites.

Un changement d'ambiance s'opère avec « I'll Be There », l'une des compositions les plus touchantes de leur répertoire. Là où d'autres morceaux privilégient l'exubérance, celui-ci mise sur l'émotion et la sincérité du propos : une respiration bienvenue dans un show particulièrement dense. « Knock Em Down » remet les pendules à l'heure sous des rythmiques résolument contemporaines. Ce single récent témoigne de la volonté de la formation de continuer à enrichir son catalogue plutôt que de capitaliser uniquement sur son passé.

Le bouquet final confirme ce talent pour l'appropriation. La reprise de « Hey Ya ! » d'OutKast rappelle la faculté du quintette à s'approprier des titres issus d'horizons éloignés du sien. Sous les doigts des Canadiens, le tube conserve son caractère festif tout en trouvant une nouvelle signature. Enfin, « Rule The World » et « Like You A Lot » concluent cette succession de refrains accrocheurs, confirmant l'aisance avec laquelle le groupe navigue entre compositions personnelles et démonstrations scéniques.

Au terme de cette escale bruxelloise, une évidence s'impose : Walk Off The Earth dépasse de loin le simple phénomène éphémère. Ce combo a su transformer son originalité en une identité artistique pérenne, préservant la fraîcheur de ses débuts. Une soirée placée sous le signe du partage et de l'inventivité qui prouve qu'en matière de création, cette formation n'a décidément pas les pieds sur terre.

Setlist Walk Of The Earth

« Red Hands », « Good Company », « Fire In My Soul », « Bet On Me », « Tribal Beat Jam », « Runaway », « Whatever », « Not To Self », « WTN My Song », « Table Medley », « Superhero », On The Road », « Long Way Home, Take Me Home », « Gang Of Rhythm », « Saxo, Spacedrum Jam », « I'll Be There », « Knock Em Down », Hey Ya ! (OutKast cover), « Rule The World », « Knock Em Down », « Like You A Lot ».

 « Somebody That I Used to Know » - « Anxiety » - « Carry On My Wayward Son » - « Your Love » - « I Can See Clearly Now » - « Good Luck Babe » - « Anti Hero » - « Fireflies » - « Clint Eastwood » - « Pink Pony Girl ».

(Organisation : Live Nation)

 

 

Concours – 2 x 2 tickets à gagner pour le concert du 21 novembre au Botanique de Bruxelles, dans le cadre du festival Tough Enough

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Gagnez 2 x 2 tickets pour le concert du 21 novembre au Botanique de Bruxelles, dans le cadre du festival Tough Enough.

L’édition 2026 du festival tough Enough se déroulera le 21 novembre 2026. A l’affiche : David Eugene Edwards, The Courettes, C.O.F.F.I.N, Munly & the Lupercalians, Early James, L.A. Sagne, Fervents, Tuesday Violence, France De Griessen, Gipsy Rufina et Elephant Stone, pour un condensé d'americana, de roots, blues et de garage.

Plus d'infos sur https://botanique.be/en/concert/tough-enough-david-eugene-edwards-many-more-2026

Comment gagner ces tickets (2 x 2 places) ?

Remplissez le formulaire en bas de la page, répondez à la question en soulignant la bonne réponse copiez et collez-le dans votre réponse et envoyez-le à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. en mentionnant pour sujet : Concours Tough Enough

(pas d’attachment, il ne sera pas ouvert)

et répondez à la question avant le 17 novembre 2026

1 seul envoi par participant.

 

Les gagnants seront informés personnellement et recevront leurs tickets par e-mail.

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Question : au sein de quel groupe David Eugene Edwards n’a jamais joué ?

 

1)          16 Horsepower

2)          Wovenhand

3)          Passion Fodder

 

 

Prénom :

Nom :

E-mail :

Teenage Fanclub

Complimentés par Kurt Cobain…

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Nouvel opus pour les cultes Teenage Fanclub et deux concerts en Belgique cette semaine... Cette formation écossaise, née dans les années 80 et digne héritière de Big Star et des Byrds, signe son treizième disque, Do Not Dare To Dream. Une collection de chansons délicates, ouvragées, qui flirtent avec une indie pop intemporelle. Entretien mené auprès de Norman Blake, l'un des deux seuls membres originels du quintette actuel...

Ce long playing paraît plus joyeux que son prédécesseur ?

Norman Blake : En général, nos compositions dépeignent le monde et traduisons notre expérience de celui-ci. Elles reflètent fidèlement notre situation à un moment précis de notre existence. Nous affichons généralement un bel optimisme, même s’il subsiste un léger courant sous-jacent de cynisme, de prudence peut-être... en tout cas d'ironie. Mais, en tant que collectif, nous demeurons plutôt optimistes.

« Over and Over » évoque Simon et Garfunkel. Représentent-ils un modèle en termes de voix, au même titre qu'ABBA ?

Norman Blake : Je n'oserai nous comparer à de telles légendes : les harmonies de Simon et Garfunkel se révèlent incroyables, tout comme les arrangements et le génie compositionnel d'ABBA. Simplement, croiser nos voix de la sorte et chercher à les harmoniser s'imposait à nous comme une évidence. C'est particulièrement vrai depuis trois albums, depuis qu'Euro Childs a rejoint le combo, car il possède une magnifique voix d'alto. Je me situe quelque part au milieu, tandis que Raymond en couvre les parties inférieures. Nous pouvons désormais façonner des harmonies à trois voix que nous prenons plaisir à explorer. Lorsque nous enregistrons les morceaux, nous travaillons en formation complète dans une même pièce, puis nous les arrangeons par la suite. Raymond ou moi-même arrivons au studio d'enregistrement munis de la composition, que le band s'approprie ensuite progressivement. Nous tenons à enregistrer ensemble pour fixer l'essentiel du morceau en une seule prise.

Stonehenge

Le disque a été enregistré dans les Hébrides extérieures ; ces îles ont-elles exercé une influence sur l'œuvre, selon vous ?

Norman Blake : Nous aimons explorer différents lieux afin de stimuler notre inspiration. Nous avions conçu un album à Glasgow et, concrètement, nous avions fini par passer des mois en studio à observer notre nombril. Or, pour nous, l'enregistrement doit constituer un événement. C'est pourquoi nous avons mis en boîte quelques disques ces dernières années à Hambourg, une ville formidable. Nous en avons également enregistré un à Chicago, et ce dernier-né sur l'île de Great Bernera : le paysage y est vraiment magnifique, aride et désert. Le Black Bay Studio se niche dans une petite baie, un endroit isolé qui abrite plus de moutons que d'humains et qui se situe à environ une heure de route de toute civilisation. À cet endroit se dressent de nombreux sites néolithiques, dont l'un très célèbre appelé Callanish : un alignement de pierres plus ancien que Stonehenge, mais contrairement à ce dernier, totalement préservé du tourisme. Vous pouvez marcher jusqu'aux mégalithes et les toucher, exactement comme le faisaient les hommes il y a quelques milliers d'années. Ce lieu dégage une atmosphère unique, un environnement qui a profondément imprégné notre musique, dictant la façon dont les chansons ont évolué pour devenir ce qu'elles sont.

Détendus

Il ne reste que deux membres originaux sur cinq. Comment évolue la dynamique de la formation ?

Norman Blake : Techniquement, nous comptons trois membres originaux, puisque Francis Macdonald, qui se chargeait de la batterie sur notre premier album, s'est absenté pour étudier à l'université avant de revenir sept disques plus tard. Quoi qu'il en soit, la dynamique se révèle géniale. Nous avons parfois l'impression qu'Euro Childs est le petit nouveau, alors qu'il joue pour le groupe depuis sept ans. Dave McGowan, qui est le véritable dernier arrivé, nous accompagne depuis 20 ans. Mais cet équilibre demeure primordial. Non seulement la dynamique de la formation musicale, mais aussi celle de notre entité de tournée : nous comptons cinq musiciens sur scène, auxquels s'ajoutent notre directeur de tournée, nos ingénieurs du son et des retours, ainsi que notre responsable des produits dérivés. Nous voyageons à neuf sur la route, il s'avère donc crucial qu'une excellente entente règne entre tout le monde. La vie d'un band repose entièrement sur cette alchimie. Nous ne nous épanouissons pas dans le chaos ou les bouleversements ; nous sommes tous plutôt décontractés et nous apprécierons la compagnie les uns des autres. Teenage Fanclub reste un groupe très serein, où tout le monde s'entend à merveille, et cet équilibre s'avère capital pour notre créativité.

13 disques en 37 ans, ce rythme vous semble-t-il soutenu ?

Norman Blake : Nous aurions pu être un peu plus productifs, mais cela représente une moyenne d'environ une sortie tous les trois ans, ce qui reste honorable. Nous avons traversé une période intermédiaire, il y a 15 ou 20 ans, durant laquelle nous publiions un opus tous les quatre ans. Désormais, nous nous efforçons d'en proposer un tous les deux ans et demi ou trois ans. Pour pouvoir tourner aujourd'hui, il faut impérativement présenter un nouvel album qui serve de moteur à la tournée. Nous avons la chance de pouvoir enregistrer et tourner ; nous en profitons tant que nous le pouvons.

Like a Virgin et Kurt Cobain

Exprimez-vous toujours de la satisfaction envers la reprise de « Like a Virgin » de Madonna que vous aviez commise, et l'interprétez-vous durant vos concerts ?

Norman Blake : Nous ne l'avons plus interprétée depuis probablement trois décennies. Ce morceau provenait d'un disque intitulé The King. Il avait été mis en boîte en une seule soirée. En réalité, nous participions à un jeu en studio en nous suggérant mutuellement des reprises. L'une des règles de ce défi stipulait qu'il fallait jouer uniquement de mémoire, sans effectuer la moindre recherche, internet n'existant pas à cette époque. Il fallait tout reconstituer de tête. En raison de cette contrainte, nous ne l'avons jamais jouée en ‘live’, et je ne l'ai pas réécoutée depuis bien longtemps...

Kurt Cobain décrivait à l'époque votre formation comme le meilleur groupe du monde. S'agissait-il d'une malédiction ou d'une bénédiction ?

Norman Blake : Un tel compliment s'avère toujours plaisant, mais je ne pense pas que nous représentions son band favori à Glasgow, car Kurt vouait une immense admiration aux Vaselines. Cela dit, nous avons partagé les planches avec Nirvana lors de la tournée européenne de Nevermind. Vivre un tel phénomène de l'intérieur et côtoyer une telle déferlante au moment où elle se produit constituait une expérience extraordinaire. Ces jeunes gars de l'État de Washington se montraient d'une gentillesse absolue... Nous ne réalisions pas encore que leur musique se transformait en un raz-de-marée mondial. Mais cette déclaration de Kurt Cobain demeurait une délicate attention…

Teenage Fanclub : Do Not Dare To Dream (Merge Records/Konkurrent)
En concert à Liège le 23 octobre, à Bruges le 24 octobre

Blood Red Shoes

Blood Red Shoes ? Une jolie paire !

Écrit par

Blood Red Shoes s'apprête à débarquer cette semaine à Anvers et à Lille pour défendre son nouvel opus... Binôme tout à fait original composé de Laura-Mary Carter (guitare) et de Steven Ansell à la batterie, le duo dispense, depuis vingt ans, une forme d’indie pop-rock alternative bien plus raffinée que celle de Royal Blood par exemple ou des White Stripes à l'époque. Leur nouveau long playing (Stay Lonely) vient de paraître, emboîtant le pas à l'effort solo de la guitariste qui a tourné auprès des Queens of the Stone Age : cette influence imprègne ce disque de dix titres, accrocheurs et joliment rugueux à la fois. Rencontre avec Blood Red Shoes, sans cirage de pompes !

« Grande valse », pourquoi ce titre en français ?
Steven Ansell : Nous ne connaissons rien à la musique classique, mais nous trouvions comique d'attribuer à cette chanson un nom tiré d'une musique sophistiquée, musicalement développée, pour l'associer à une composition qui nous paraissait un peu idiote. Néanmoins, ce morceau s'apparente tout de même à une valse…

Queens Of The Stone Age


« Grande Valse » évoque certains morceaux de Queens of the Stone Age. Le fait d'avoir partagé la scène avec eux vous aurait-il influencés ?
Laura-Mary Carter : J'adore leur musique, donc une influence existe certainement.

Le fait d'avoir enregistré un disque en solo entre-temps a-t-il modifié votre approche de la composition pour votre combo ?
L.M.C. : Il s'est révélé très intéressant de s'éloigner un temps pour ensuite retravailler ensemble, parce que collaborer exige de partager les mêmes élans. Quand il s'agit de paroles notamment, nous éprouvons le besoin que les mots fassent sens pour nous deux. J'avais oublié que je m'étais habituée à écrire toute seule, le retour s'est donc avéré captivant, mais je reste persuadée que cette escapade a produit un certain effet.
S.A. : Tu as exploré des facettes de ta voix qui habitent désormais cet album, des nuances que nous n'avions jamais vraiment découvertes auparavant. C'est comme si tu avais déniché des couleurs supplémentaires que nous avons intégrées. Tu n'aurais pu chanter ainsi si tu n'avais pas mené ton projet solo.

Ce qui s'avère marquant pour votre duo, c'est que par rapport aux White Stripes ou à Royal Blood par exemple, au niveau d'un binôme guitare-batterie, vous chantez tous les deux...
S.A. : C'est de loin la caractéristique la plus intéressante au sein de notre formation.
L.M.C. : J'imagine que j'apprécie les Pixies ou Blonde Redhead pour cette raison : la présence de deux voix, masculine et féminine. Mais il demeure également très rare de voir un combo de deux membres compter deux chanteurs. Et surtout un batteur et une guitariste.
S.A. : Oui, je ne suis pas certain qu'il existe d'autres bands qui proposent cette configuration...

Punk !


Le fait d'exercer un contrôle total sur la production confère-t-il à cet elpee un caractère particulier ?
S.A. : Oui. Nous avons toujours revendiqué beaucoup de contrôle sur nos créations, à cause de nos personnalités et parce que nous avons grandi sur la scène punk où prédominait l'autogestion. Désormais, nous disposons de notre propre studio et de notre propre label ; nous pouvons littéralement concevoir chaque pièce entièrement nous-mêmes. Cela signifie en quelque sorte que notre identité imprègne chaque élément de la fabrication. Tous les défauts, toutes les aspérités étranges et belles qu'il contient proviennent de notre démarche. Cette autonomie recèle quelque chose d'assez effrayant et de vraiment splendide...

Mais l'absence de producteur ne constitue-t-elle pas un inconvénient, dans la mesure où vous ne bénéficiez jamais d'un regard extérieur pour évaluer votre production ?
S.A. : Nous avons développé un langage secret entre nous. Il devient donc de plus en plus difficile pour une tierce personne de nous décoder. Sans le vouloir, nous pouvons paraître impénétrables et distants vis-à-vis des autres parce que nous partageons une histoire commune et nous comprenons d'un seul regard.

Quand on conçoit un disque sans producteur, cela implique-t-il de consacrer plus de temps à l'évaluation de son propre travail ?
S.A. : Sans aucun doute, le processus s'avère certainement plus difficile à certains égards. On éprouve un besoin de recul. Je ne sais pas, la création a-t-elle exigé plus de temps que le précédent ?
L.M.C. : Non, je ne pense pas que c’était si différent. Nous avons procédé un peu différemment : nous ne l'avons pas bouclé en un mois comme autrefois, quand nous options pour une immersion totale dans le studio durant l'enregistrement. Pour Stay Lonely, nous nous sommes accordé quelques pauses salutaires.
S.A. : Nous testions le résultat en voiture, une sorte d'acid test...

Et vous bénéficiez également du luxe de posséder votre propre studio, ce qui signifie que vous pouviez y laisser votre travail, vous accorder une promenade ou des vacances, puis y revenir pour façonner à nouveau les morceaux.
S.A. :
Oui, cette liberté aide vraiment, mais elle représente aussi une malédiction. Cela signifie que l'on peut retoucher l'œuvre à l'infini : on risque vraiment de gâcher des morceaux de cette manière. La seule limite résidait dans notre ressenti et notre imagination, et non dans une restriction physique ou financière.
L.M.C. : Nous avions l'habitude de céder à la colère parfois pour tenter de perfectionner les morceaux ; nous gérons bien mieux la situation aujourd'hui en acceptant que le résultat ne soit pas parfait.

Soulwax et Pixies


Votre musique dégage un côté rugueux, très organique, une sorte de pouls : « 2020 on television » évoque les débuts de Soulwax. Le premier opus de cette formation possédait une guitare puissante et brute, mais teintée d'une certaine efficacité pop…
S.A. : Oui, et ils sculptent les sons d'une manière vraiment stimulante. Ils emploient l'électronique pour façonner une texture intéressante, non pour lisser l'ensemble.

Sollicitez-vous parfois un mellotron, notamment sur « 2020 on Television » ?
L.M.C. : Cet instrument a beaucoup nourri mon projet solo, mais ma mémoire flanche quant à son utilisation sur ce disque.
S.A. : Non, en revanche, nous avons dégradé et écrasé de vieilles sonorités usées. Réduire leur qualité permet de simuler le grain d'un mellotron.

Laura-Mary, vous évoquiez les Pixies... Constituent-ils une influence majeure ?
L.M.C. : Oui, sans l'ombre d'un doute. Ils ont toujours guidé nos pas. Nous avons d'ailleurs partagé une tournée d'environ un mois auprès d'eux. Durant notre jeunesse, certains bands nous marquaient profondément, et celui-ci en faisait partie. Leurs harmonies vocales et la singularité de leurs morceaux transparaissent chez nous.
S.A. : Cela reste de la musique pop, mais une pop mâtinée d'étrangeté, de laideur et de folie. Cette esthétique appartient à notre ADN (rires) !

Blood Red Shoes : Stay Lonely (Jazz Live/ V2)

En concert au Zappa d'Anvers le 21 octobre et le 22 à l’Aéronef de Lille, mais c’est complet.

SALVIA (Ukraine + Belgium)

Concours – 2 x 1 ticket à gagner pour le concert de SALVIA le jeudi 17 décembre 2026 au Botanique à Bruxelles (Rotonde)

Écrit par

Concours – 2 x 1 ticket à gagner pour le concert de SALVIA le jeudi 17 décembre 2026 au Botanique à Bruxelles (Rotonde).

Gagnez 2 x 1 tickets pour le concert de SALVIA le jeudi 17 décembre 2026 au Botanique à Bruxelles (Rotonde). SALVIA est le projet de Nicole Selivan, artiste ukrainienne installée à Bruxelles. Elle propose une musique sombre et hypnotique, à la croisée des chemins de la darkwave, du post-punk et de la dreampop, caractérisée par des lignes de basse profondes et des rythmiques électroniques. Elle relève de l'écurie Mayway Records, basée à Courtrai.

Plus d'infos sur https://botanique.be/fr/concert/salvia-2026

Comment gagner ces tickets (2 x 1 places) ?

Remplissez le formulaire en bas de la page, répondez à la question en soulignant la bonne réponse copiez et collez-le dans votre réponse et envoyez-le à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

(pas d’attachment, il ne sera pas ouvert)

et répondez à la question avant le 8 décembre 2026

1 seul envoi par participant.

 

Le gagnant sera informé personnellement et recevra son billet par e-mail.

 

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Question : de quel pays est originaire SALVIA ?

  1. Pologne
  2. Ukraine
     
  3. Roumanie

 

 

Prénom :

Nom :

E-mail :

 

Panchiko

Connaissez-vous l'incroyable histoire de Panchiko ?

Écrit par

En 1997, à Nottingham, Owain Davies, Andy Wright, Shaun Ferreday et un batteur prénommé John fondent Panchiko. En 2000, ils gravent un EP intitulé "Death Metal", mais cet enregistrement ne rencontre pas le succès espéré, ils décident de ne pas poursuivre l’aventure.

Mais le groupe attire l'attention du public en 2016, lorsqu'un utilisateur de 4chan découvre dans un magasin d'occasion de la cité qui a enfanté Robin des Bois, leur EP "D>E>A>T>H>M>E>T>A>L", et le partage en ligne. Le disque acquiert le statut de "Lostwave" et donne naissance à une communauté de fans qui s'est alors consacrée à la recherche des membres de la formation. Des investigations qui durent jusqu'en 2020, lorsque Davies est retrouvé et contacté par un fan via Facebook : Panchiko renaît de ses cendres et sort deux albums : "Failed at Math" en 2023 et "Ginkgo" en 2025.

Et il se produisaient ce samedi 10 octobre 2026, à l’Aéronef de Lille, précédés par deux supporting acts, Mirra Maze et Alison's Halo.

Mirra Maze constitue une excellente surprise. Leur répertoire navigue quelque part entre shoegaze, néo psych-pop, indie pop et rock alternatif. De quoi enflammer immédiatement un public qui n'attend que ça ! C.J. Mirra, Luci Mercer, Jack Benjamin et Tom enchaînent leurs deux singles sur la scène lilloise, "Red Violet Light" et surtout le magnifique "Self Medicate", avec énormément de talent. Leur mini gig de cinq titres constitue une vraie découverte (page ‘Artistes’ ici). 

Les Anglais avaient bien chauffé la salle ! Mais, hélas, les Américains d’Alison's Halo vont un peu refroidir l'atmosphère... Pourtant, Catherine et Adam Cooper, accompagnés de David Rogers ou Roger Brogan bourlinguent depuis 1994, à la recherche d'un véritable succès. Agréable, leur musique vogue à la croisée des chemins de la dream pop et du shoegaze, mais une balance mal réglée éclipse la voix cristalline de Catherine, que l'on entend à peine. Le volume sonore des guitares est trop élevé ! Ajoutons-y le faux départ d'un morceau et une présence, sur les planches, proche du néant, et vous obtenez une prestation quelque peu décevante).

Place enfin à Panchiko ! Dix petites minutes de retard à peine sur l'horaire initialement prévu. Pas mal après deux premières parties.

Le set s’ouvre par "Ginkgo" et "All they wanted". Et de suite on peut remarquer la bonhomie de ses membres. Andy Wright fait le pitre. Il n'arrête pas d'envoyer des "pouces" au public, alors que Shaun Ferreday le concurrence avec des "cœurs". Et les nouveaux membres, Rob Harris et John Schofield, ne sont pas en reste.

Mais comment se comporte Owen Davies, le chanteur-guitariste du band ?

Sans doute plus réservé, il se concentre essentiellement sur son chant : et quelle voix !!! De la puissance, un registre à plusieurs octaves. Et le tout est juste !

On ressent immédiatement que les membres du combo sont heureux de ce qu'ils vivent. Evidemment, durant leurs seize années loin de la scène rock, auraient-ils pu imaginer un jour se retrouver à Lille, face à un millier de fans conquis ? Et c'est ainsi depuis le début de leur tournée. Et parfois dans des salles bien plus grandes !

Les morceaux s'enchaînent, toujours en alliant de beauté et originalité : "Until I know", "Cut", "Failed at Math", "Gwen Everest", "Florida", "Shelled and Cooked", ... jusqu'aux irrésistibles "Death Metal" et "La Puta".

La prestation est sans faille. Owen Davies est, entre-temps, sorti de sa réserve et s'est adressé, à plusieurs reprises, à la foule. Non sans une pointe d’humour, car ça rigolait bien plein centre, sur le devant du podium. Ces fans-là devaient venir de Nottingham ! Car il faut avouer qu’on avait bien du mal à les comprendre vu leur foutu accent à couper au couteau...

En tous cas, si vous ne savez pas quel groupe découvrir, foncez les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes sur Panchiko ! C'est du très haut niveau.

(Organisation : Aéronef)

Ultra Vomit

L’art d’appréhender le metal au second degré…

Écrit par

Il fallait oser : transformer le métal en une gigantesque cour de récréation, détourner les plus grands noms du genre et métamorphoser des histoires de canards, de chiens ou de pâtisseries en véritables hymnes. Depuis plus de vingt ans, Ultra Vomit cultive cet art du grand n'importe quoi grâce à un talent unique. Ce vendredi 9 octobre, les Nantais font escale à l'Ancienne Belgique de Bruxelles, tandis que Bob's Not Dead se charge d'ouvrir les hostilités. Cette affiche réjouit les amateurs de guitares saturées et d'humour sans frontières.

Véritable OVNI de la production française, ce combo s'avère capable de transmuer les riffs les plus assassins en une farce musicale. Inutile d’espérer décrocher une place à la dernière minute : le concert affiche complet. C'est une nouvelle démonstration de la popularité grandissante d’une formation qui impose sa marque de fabrique, à mi-chemin entre puissance, pastiche et humour potache.

Après avoir notamment rempli l'Olympia à Paris et l'OM à Liège, Ultra Vomit inscrit l'Ancienne Belgique à son tableau de chasse. Ce succès témoigne de l'évolution d'un auditoire manifestement prêt à célébrer un band qui revendique son goût du second degré. Le quatuor rappelle une évidence : on peut aimer les rythmiques dévastatrices tout en conservant un penchant pour l'absurde. C'est précisément cette liberté qui explique la longévité et la popularité de ce groupe. 

À 20 heures, Bob's Not Dead ouvre les hostilités dans un registre éloigné des déflagrations métalliques promises par la tête d'affiche. Immergé dans son univers punk acoustique, brandissant des textes mordants et un humour volontiers provocateur, le Français impose sa personnalité singulière. Derrière la gouaille et les formules assassines se dessine un artiste sensible, capable de déclencher le sourire autant que la réflexion. Malgré un contraste musical évident par rapport à Ultra Vomit, une même volonté de bousculer les conventions réunit les artistes.

Cette entrée en matière atypique remplit parfaitement son rôle de mise en jambes, l'artiste réussissant à embraser la fosse avant l'arrivée des Nantais. Ici ce sont les mots qui servent de trame. Des textes tantôt caustiques, tantôt tendres, mais toujours en préservant une authenticité imperméable aux modes. 

Pour Ultra Vomit, le ridicule s'avère une affaire de professionnels : la puissance du métal, le sérieux en moins. À 20 h 50, les Nantais ont la lourde mission de donner corps à la promesse d'une soirée aussi brutale que désopilante. Car derrière ce nom singulier se cache une véritable machine de guerre. Ce combo ne se résume pas à un band humoristique ; il réunit avant tout des musiciens aguerris, capables de jongler entre heavy metal traditionnel, thrash, death metal, metalcore et sonorités modernes.

Cocorico belge : la réalisation du décor scénique est signé Kaernunos, atelier de création d'Uccle, en région bruxelloise. Spécialisée dans la conception d'accessoires et d'univers fantastiques pour le cinéma ou le théâtre – illustrée notamment par la série « Vikings » –, cette structure artisanale signe l'écrin d'Ultra Vomit. Exit l'estrade réduite à quelques amplificateurs et à une batterie : le quatuor s'offre un espace théâtral démesuré. De grandes structures rouges, des plateformes à plusieurs niveaux, des escaliers lumineux et une imposante installation vidéo donnent à l'ensemble des allures de music-hall passé à la moulinette du gros son. Les inscriptions lumineuses aux couleurs flamboyantes renforcent cette esthétique excessive, entre émission de variétés déjantée et cabaret monumental.

La batterie, juchée en hauteur, domine l'ensemble tandis que les autres musiciens arpentent les différents niveaux du dispositif. Les projections vidéo et les jeux de lumière permettent de changer d'ambiance au gré des compositions et de leurs innombrables clins d'œil musicaux. Cette scénographie prolonge directement l'identité artistique de la formation. Tout semble exagéré, presque caricatural, mais derrière cette extravagance se devine un minutieux travail de fabrication. Habitués à donner vie à des mondes imaginaires, les artisans bruxellois apportent une dimension visuelle qui rapproche le spectacle d'une production théâtrale. Le contraste s'avère savoureux puisque cette débauche de moyens sert des morceaux dont les sujets oscillent entre canards, pâtisseries et considérations absurdes. Grâce à cette mise en scène grandiose, Ultra Vomit pousse son concept jusqu'au bout, et le résultat visuel est saisissant.

La spécialité de la formation consiste à s'approprier les codes des grands noms du genre pour mieux les détourner. Metallica, Rammstein, Gojira, Motörhead, ou encore toute une galerie de références parfois très éloignées du métal, constituent autant de terrains de jeu pour cette bande de joyeux artificiers. C'est précisément là que réside le génie d'Ultra Vomit : faire cohabiter une musique techniquement redoutable et des textes totalement absurdes, sans que l’un ne prenne jamais le pas sur l'autre.

Impossible d'évoquer le combo sans revenir sur les morceaux qui construisent sa réputation. « Je collectionne des canards (vivants) », « Boulangerie Pâtisserie », « Mechanical Chiwawa » ou encore « Évier Metal » illustrent à merveille cette capacité à métamorphoser les situations les plus improbables en compositions particulièrement efficaces. Le plus étonnant reste le soin apporté aux arrangements. Les parodies s'avèrent tellement bien réalisées qu'en occultant les paroles, l'auditeur croit écouter une authentique formation de metal extrême.

Paru en 2024, le dernier opus, « Le Pouvoir de la Puissance », enrichit encore cet arsenal. Des titres comme « Doigts de Metal », « Le Coq », « Takoyaki » ou « Ricard Peinard » prolongent cette tradition du grand écart stylistique, où la virtuosité instrumentale sert une imagination sans limites. Sur le podium, cette diversité constitue la grande force du groupe. Les changements de styles, les clins d'œil musicaux et les interventions humoristiques transforment le concert en un véritable spectacle, bien au-delà d'une simple succession de morceaux.

Ce qui distingue surtout Ultra Vomit de nombreuses autres formations, c'est cette faculté de tourner en dérision un univers souvent associé à une certaine gravité. Les Nantais connaissent les codes du métal sur le bout des doigts : guitares saturées, rythmiques explosives et attitudes martiales. Mais plutôt que de les reproduire au premier degré, ils préfèrent les pousser jusqu'à l'absurde. Cette autodérision n'empêche jamais le band de faire preuve d'une réelle crédibilité musicale. C'est même tout le paradoxe de cet elpee : plus les chansons s'avèrent ridicules, plus leur interprétation exige de la rigueur. Là où certains craignent une simple succession de plaisanteries, la formation propose une formule élaborée, nourrie par des années de pratique et une solide connaissance de l'histoire du rock. Cette approche explique pourquoi le quatuor parvient à séduire bien au-delà du cercle traditionnel des amateurs de musique extrême.

Cette escale bruxelloise à guichets fermés confirme le statut de phénomène incontournable du métal francophone acquis par Ultra Vomit. Le groupe développe une formule immédiatement identifiable, mélange de virtuosité, de parodie et d'énergie communicative. Cette recette continue de séduire la foule. Au fond, les Nantais réalisent un exploit remarquable : rendre hommage au métal tout en bousculant joyeusement ses conventions. Une chose est certaine : le combo n'a pas besoin de se prendre au sérieux pour être pris au sérieux. C'est l'art de prouver qu'entre deux riffs ravageurs, un bon éclat de rire est très susceptible de s'inviter parfaitement dans l’auditoire !

(Organisation : Intersection VZW)

Guy Verlinde & The Artisans of Solace

L’élégance du blues pour un dernier tour de piste en Wallonie.

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Un parfum particulier flotte dans l’air du Zik-Zak ce 2 octobre 2026. La salle d’Ittre lance un mois d’octobre placé sous le signe de son dixième anniversaire, mais l'événement réside surtout dans les adieux à la Wallonie de Guy Verlinde & The Artisans of Solace, venus donner leur ultime concert dans la région avant la dissolution de la formation. Cette réalité confère à la soirée une dimension supplémentaire, partagée entre célébration, émotion et sentiment de tourner une page. À 50 ans, Guy Verlinde bénéficie d'un contexte idéal pour revisiter une carrière qui le place depuis deux décennies parmi les figures incontournables du blues noir-jaune-rouge. Fort de 17 opus au compteur et de podiums partagés au fil des années en compagnie de légendes telles que B.B. King, Santana, John Fogerty, John Hiatt, Jeff Beck ou encore Canned Heat, le musicien jouit d'une réputation de performer solidement établie bien au-delà des frontières belges. Cette tournée anniversaire s'impose moins comme une rétrospective nostalgique que comme une mise en mouvement de tout ce parcours.

Dès son entrée sur les planches, Verlinde rappelle précisément pourquoi il a bâti sa renommée sur le live. Guitare en bandoulière, harmonica et micro américain à portée de main, la voix chargée de vécu, le Gantois ne cherche jamais à jouer au guitar hero. Chez lui, le blues demeure avant tout une affaire de narration, de transmission et de proximité. Il s'adresse à la foule, introduit les morceaux, laisse respirer les silences et transforme rapidement la salle en un lieu presque intime. Malgré une cinquantaine de préventes seulement, l'intensité s'avère parfaite et la complicité unit l'auditoire et les artistes à la manière d’un showcase cosy. Le Zik-Zak se prête idéalement à cet exercice. Sa configuration rapprochée et son acoustique permettent d'approcher directement les musiciens, une qualité que la salle revendique d'ailleurs comme l'un de ses principaux atouts.

Guy Verlinde ne joue évidemment pas seul ; The Artisans of Solace soutiennent magistralement le concert. À la guitare électrique, Stef Paglia, également connu pour son travail au sein de la formation The BluesBones, apporte cette touche nerveuse et contemporaine capable d'orienter le blues vers le rock sans jamais le dénaturer. Ses interventions visent la sobriété : quelques notes suffisent souvent pour densifier un morceau ou répondre à Verlinde par de savoureux dialogues de guitares. Derrière les claviers et le banjo, Tom Eylenbosch insuffle au contraire beaucoup de couleurs. Tantôt blues, tantôt folk ou Americana, son jeu élargit considérablement le spectre sonore du combo. La paire rythmique constituée de René Stock à la contrebasse et de Benoit Maddens à la batterie et aux percussions offre à l'ensemble cette respiration si particulière : un ancrage assez solide pour propulser les morceaux, mais toujours assez souple pour laisser circuler l'émotion.

C'est d'ailleurs là que réside la véritable réussite des Artisans of Solace. Ce quintette ne se contente pas d'escorter Guy Verlinde : il donne une seconde vie à ses compositions. Le blues traditionnel constitue toujours la colonne vertébrale du répertoire, mais celui-ci se nourrit largement de roots, de folk et d'Americana. Le programme officiel présentait justement cette musique comme un voyage traversé par des histoires d'amour, d'espoir et de résurrection. Sur l'estrade, ces mots prennent tout leur sens. Le concert progresse ainsi par vagues. Durant les moments électriques, Paglia et Verlinde intensifient progressivement la tension tandis que la section rythmique métamorphose le Zik-Zak en véritable club de blues. Viennent ensuite des passages nettement plus dépouillés, où une guitare acoustique, une ligne de contrebasse ou quelques accords de clavier suffisent pour modifier totalement l'atmosphère.

Verlinde excelle dans cette alternance. Il sait pousser l'auditoire à frapper du pied avant, quelques minutes plus tard, de guider la foule vers une écoute beaucoup plus intérieure. C'est précisément ce qui distingue Guy Verlinde de bon nombre de musiciens enfermés dans une conception orthodoxe du genre. Son univers ne repose pas sur une succession de démonstrations instrumentales. Même lorsque le combo prend son envol, la virtuosité demeure au service des chansons. Les solos racontent une histoire, les respirations comptent, tout comme les regards complices. On perçoit derrière ce band de nombreuses heures de route et de planches communes. Le Zik-Zak annonçait d'ailleurs les Artisans comme des partenaires en compagnie desquels Verlinde a déjà parcouru « beaucoup de kilomètres musicaux ». Ce vécu s'entend : les changements de dynamique s'opèrent naturellement et personne n'a besoin de surveiller son voisin pour deviner la direction du morceau.

Dans ce contexte particulier, certains titres revêtent une autre couleur. Face à cette ultime apparition wallonne, les thèmes de reconstruction, de passage du temps et de renaissance semblent commenter d'eux-mêmes la soirée. Verlinde conserve cette chaleur et cette générosité qui caractérisent depuis longtemps son identité artistique. Il échange volontiers par le dialogue et l'humour, ce qui lui permet de désamorcer les séquences chargées d'émotion. La fosse d'Ittre répond présent. L'auditoire écoute intensément, mais applaudit tout aussi généreusement les improvisations instrumentales.

Plus le concert progresse, plus la séparation entre l'estrade et la salle s'efface. C'est là que Verlinde donne le meilleur de lui-même : lorsqu'il ne semble plus interpréter un répertoire face à des spectateurs, mais plutôt bâtir la soirée en leur compagnie. Au moment où résonnent les dernières notes, une pointe de mélancolie surgit. Car au-delà du « 50th Anniversary Tour », cette date s'apparente à un au revoir. Pas nécessairement à Guy Verlinde, dont l'activité musicale se poursuit, mais à cette alchimie précise unissant cinq musiciens. Elle mérite amplement cette célébration.

Après deux décennies passées à défendre sa propre vision de cette musique, Guy Verlinde n'a plus grand-chose à prouver. Ce concert montre pourtant un artiste éloigné de tout pilote automatique. À 50 ans, il célèbre son parcours sans s'ériger en attraction patrimoniale, préférant rappeler que le blues reste vivant tant qu'on lui insuffle une part de soi. Aux côtés de Stef Paglia, Tom Eylenbosch, René Stock et Benoit Maddens, il a structuré une formation capable d'unir puissance électrique, finesse acoustique et profondeur émotionnelle. Pour le Zik-Zak, qui fête ses dix ans en ce mois d'octobre 2026, l'ouverture s'avère hautement symbolique : une salle créée par des passionnés accueille un musicien qui, après des milliers de kilomètres, continue à jouer comme si chaque concert était unique.

La soirée s'achève sur une note chaleureuse et authentique, où le blues retrouve ses fondements : des histoires, des musiciens et une communauté pour les partager.

Setlist : « Bon Ton Rouler », « Lovestrong », « Feel Alive », « Treat Me Right », « Soul Javin’ », « Me And My Blues », « Learnin’ How To Love You », « Lovelight Shine », « My Little Girl », « Better Days Ahead », « Ain’T No Sunshine », « Goin’ Down To Mississippi », « Gator Bop », « Winter Blues ».

Rappel : « Powered By The Blues ».

Organisation : Rock Nation et Zik-Zak.

 

Les Tit' Nassels

Les Autres

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Près de trente ans après leurs débuts, Les Tit’Nassels poursuivent leur route en façonnant la chanson française selon leur propre méthode : raconter de petites histoires pour aborder des sujets bien plus vastes. Sur cet elpee, Axl et Sophie semblent avoir déniché le titre idéal pour synthétiser leur univers. Car derrière les personnages, les anecdotes, l’humour et les mélodies immédiatement familières, leur œuvre traite depuis toujours des relations humaines.

Cette fois, ils l’annoncent clairement : « Les Autres » occupent le centre du tableau. Après « À double tour », dont les deux volumes ont marqué le début des années 2020, le binôme revient au travers d'un opus plus resserré de neuf morceaux. Pas question pour autant de révolutionner une formule éprouvée. Les Tit’Nassels restent attachés à une chanson française mélodique, accessible et profondément narrative, où le texte prime sur la démonstration. Leur force réside dans cette capacité à feindre le récit d'une aventure ordinaire avant que celle-ci ne finisse par nous renvoyer à nos propres contradictions.

Le morceau éponyme « Les Autres » donne naturellement le ton. Il y est question de ces individus que l’on croise, que l’on aime, que l’on juge parfois trop vite et dont les trajectoires s’entremêlent à la nôtre. À une époque où le repli sur soi devient parfois un réflexe, Axl et Sophie défendent au contraire une idée fondamentale : nous n’existons jamais tout à fait seuls. Derrière la simplicité du propos transparaît une vision profondément humaniste.

C’est probablement là que bat le cœur de ce disque. Le duo observe le quotidien sans chercher à transformer chaque titre en manifeste. Les inquiétudes personnelles côtoient les coups de cœur et les coups de gueule, nourris par cette tendresse légèrement désabusée qui caractérise leur signature. Mais cette douceur n'exclut pas le mordant.

Au travers du titre « Hashtag », dévoilé en 2026, la formation prouve qu’elle sait toujours sortir les griffes. Le morceau prend directement pour cible le discours masculiniste et délaisse par moments la délicatesse habituelle du combo pour adopter des mots beaucoup plus tranchants. L’engagement ne s’impose pourtant jamais de manière artificielle : il prolonge cette obsession pour les rapports interpersonnels, la perception de l’altérité et la manière dont certaines idéologies corrompent ces liens. Un constat similaire s'impose à l'écoute de « La Ballade Des Imbéciles Heureux », dont le titre arbore cette ironie typique de la formation. Derrière son apparente légèreté se cache une critique de la facilité intellectuelle, de cette tentation confortable qui pousse à ne plus rien questionner pour vivre plus tranquillement. Là encore, les musiciens préfèrent raconter et suggérer plutôt que donner des leçons.

Cette démarche distingue Les Tit’Nassels de nombreux groupes dits « engagés ». Chez eux, le message ne supplante jamais les personnages. L’humain reste au premier plan. Musicalement, les premiers éléments disponibles ne laissent pas présager de rupture radicale. Et tant mieux. L’identité du band repose précisément sur des mélodies immédiatement identifiables, une écriture où la musique soutient le récit sans l’étouffer, et surtout sur la complémentarité d’Axl et Sophie. Après tant d’années, l'union de leurs deux voix demeure le véritable fil conducteur de l’aventure. Il s'avère d’ailleurs cohérent de voir Les Tit’Nassels dédier aujourd’hui un long playing aux « autres ». Depuis leurs premières compositions, ils bâtissent leur répertoire à partir de figures ordinaires, de rencontres, d’amours, de désillusions et de fragments de vie. En changeant constamment de visage, ils racontent finalement toujours un peu la même personne : nous.

Dans « Les Autres », le duo rappelle surtout une évidence que notre époque tend parfois à oublier : seul, on peut raconter son histoire, mais ce sont les autres qui lui donnent du relief.

Le spectacle s'annonce festif, déjanté, schizonévrose à souhait et délirant !

Jeronimo

Réaliser un rêve, c'est difficile, mais c'est peut-être encore plus difficile dès qu'on l'a réalisé…

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Douze ans après « Zinzin » et une longue éclipse, Jeronimo est remonté sur un grand podium, celui de Ronquières, pour y déployer « La difficulté des rêves », un elpee né dans l'intimité d'une ferme réaménagée en studio.

Entre-temps, l'homme n'a jamais cessé de jouer, à l'instar de Saint André, The Engines of Love ou les Loved Drones, mais c'est bien sous ce nom-là qu'il retrouve une identité directe, presque frontale. Sur scène, entouré d'une formation élargie, il revisite ses classiques tout en convoquant ses fantômes et ses proches.

Retour donc sur cette renaissance, entre acceptation apaisée, hommages fraternels et rêves enfin assumés.

Jérôme, tu as grandi au cœur la scène liégeoise des années 80. Aujourd’hui encore, cette région est un véritable terreau artistique. Qu'est-ce que cette ville t'a transmis que tu n'aurais trouvé nulle part ailleurs ?

Je ne sais pas si c'est lié à Liège en particulier. À des moments précis de mon adolescence, je suis tombé sur des personnes clés, je dirais qu'il s'agit avant tout d'une histoire de rencontres avec d'autres mélomanes.

À nos débuts, nous ne jouions pas d'instruments. Ado, j'ai rencontré des jeunes de mon âge qui écoutaient les mêmes choses ; ils m'ont filé pas mal de conseils, toujours dans le milieu alternatif. Évidemment, la gravitation vers le milieu musical en place a été rapide : on commence à monter les premiers groupes, et on se greffe naturellement à la vie musicale liégeoise.

J'ignore si cette ville possède quelque chose de particulier, cela aurait très bien pu se dérouler à Bruxelles ou à Rennes. Liège possédait peut-être une culture urbaine un peu plus affirmée que Namur, tout en cultivant ce terreau alternatif, sans doute moins présent à Namur, mais qu'on retrouvait aussi à Bruxelles, voire à Anvers. C'est peut-être ce terreau qui a permis à Liège de favoriser ce type de scène.

Je me souviens, par exemple du passage, à la Chapelle, à Liège, de groupes comme The Cure.

Après avoir mis Jeronimo en sommeil (dernier album « Zinzin », en 2013), tu as multiplié les projets plus ou moins confidentiels : » Raid Aérien » sous ton vrai nom, Everyone Is Guilty, « Thamel ». Que représente aujourd'hui le retour à une formation plus large sur scène ?

C'était une façon de renouer avec des chansons peut-être un peu plus légères, un univers musical un peu plus « ciel bleu ».

Les projets dans lesquels j'ai évolué étaient en effet plus exigeants, plus plombés : Thamel était instrumental, très lent, sous mon nom, « Raid Aérien » était très tendu. J'ai pas mal joué au sein de Everyone is Guilty, où l'on faisait de la musique roots américaine, très sombre.

Aujourd'hui, j'y vais un peu naturellement. Revenir vers des accords majeurs, des mélodies plus ouvertes, un peu plus « up », remettre un peu de ciel bleu là-dedans, tout simplement : je pense que ce retour y trouve son origine.

Peut-être que la naissance de ma fille m'a poussé à envisager l'avenir et les choses au quotidien de manière plus ouverte et plus optimiste. Je crois que c'est un peu un mélange de tout ça.

On pourrait dire que ta carrière est faite d'un aller-retour permanent entre la lumière et la fuite de la lumière : un succès, puis une disparition, un retour, puis un nouveau silence. Est-ce un rythme que tu choisis, ou un rythme qui te choisit ?

C'est une bonne question ! En fait, c'est le genre de choses que je faisais déjà à l'époque. J'ai joué avec d'autres artistes comme Mark Gardener de Ride ou Saint André, avec Hugo Chastanet, Marc Morgan, Colline Hill ou encore Olivier Juprelle.

Entre deux albums, une période s'écoulait et j'en profitais pour jouer ailleurs, apprendre d'autres trucs, d'autres chansons, parfois d'autres styles. J'ai l'impression que c'est une espèce de démarche naturelle pour moi.

Actuellement, je joue encore dans un groupe de musique instrumentale, qui n'a donc absolument rien à voir avec le style de Jeronimo. C'est une démarche que j'ai toujours entreprise pour me nourrir et m'oxygéner. Faire du Jeronimo tout le temps serait pour moi barbant !

Tu reviens sous le patronyme Jeronimo après douze ans de silence. Qu'est-ce que ce nom porte, ou autorise, aujourd'hui, que les autres alias ne permettaient pas ?

Là maintenant, avec Jeronimo, je peux faire un peu ce que je veux, vu qu'il n'y a plus vraiment d'enjeux. Je vois mal comment le projet pourrait aller commercialement plus haut que ce qu'il a été. Franchement, ce n'est absolument pas mon but.

J'aime bien que Jeronimo puisse livrer des produits de 3 minutes 30 bien fichus, ça s'appelle un single. À ce titre, je trouve que « Comme un Fakir » est un chouette morceau.

Mais bon, il faut savoir raison garder : il faut pouvoir se dire qu'à ce moment-ci de mon parcours, ce n'est pas la priorité. Si quelques singles peuvent m'aider à venir jouer ici, c'est super. Mais le plaisir avant toute chose.

Y a-t-il un moment précis où tu as cru que Jeronimo ne reviendrait jamais ?

Oui, évidemment ! Par moments, j'en avais même un peu marre, soit par fatigue, soit par impuissance.

Juste après le troisième album, « Mélodies démolies », je me suis vraiment senti impuissant. La roue a tourné et des plus jeunes ont fait leur entrée. Je pense notamment à Saint André, qui avait le vent en poupe avec des mélodies plus légères, plus consensuelles, ou encore à Suarez. J'étais traversé par des sentiments désagréables.

Et puis, par moments, le caractère répétitif m'ennuyait également, et je voulais passer à autre chose. Tu sais, quand tu fais la même chose pendant 10-12 ans, non-stop, ça finit par se ressembler d'une année à l'autre. La Wallonie n'est pas un territoire sans fin, alors on voyage et on se pose la question d'un projet aux Pays-Bas ou en Angleterre.

Maintenant, tout ça, c'est derrière. La notion de plaisir est au centre des débats.

Tu as également enchaîné les projets collectifs : Saint André, The Engines of Love, les Loved Drones de Miam Monster Miam. Est-ce une manière de rester musicien sans avoir à porter, seul, le poids d'un nom et d'une identité publique ?

C'est tout à fait ça : remettre au centre sa vocation de musicien, pas de leader de groupe, pas d'image.

Me trouver aux côtés du chanteur est un vrai bonheur : je n'ai pas le poids du projet à porter, je suis là pour jouer de la guitare. C'est ma formation première !

Je crois aussi que c'est pour cette raison que je vais m'oxygéner entre deux albums. Quand on est en train de composer et d'enregistrer l'album, on sait qu'on a toute l'élaboration sur ses seules épaules, et ensuite, il faut le porter sur scène. On sait que ça va durer un an, parfois davantage.

Pour ce nouvel opus, « La Difficulté des Rêves », tu es parti d'une abondance de morceaux pour n'en garder qu'une poignée. Y a-t-il un titre resté sur le carreau que tu regrettes particulièrement d'avoir laissé de côté, et pourquoi ?

Le choix s'opère rapidement, on le sait dès le départ. Sur les 30-40 chansons, on repère vite les 4 ou 5 qui vont apparaître sur la face A.

Le choix de la face B est plus complexe : comment poursuit-on ? Y a-t-il des cartouches à garder pour sortir un EP six mois plus tard, dont un nouveau single inédit pour relancer ? Ce sont des questions à se poser.

J'ai déjà une série de titres qui ne figurent pas sur le disque, mais qui ont du potentiel et qui verront le jour début d'année prochaine, dans un format plus court. Le temps qui passe, c'est un bon directeur artistique.

Que signifie pour toi la difficulté des rêves, au sens le plus littéral du terme ? Quels sont les rêves que le Jeronimo d’hier n’a pu voir aboutir ?

Le choix des titres des disques est en général instinctif et un peu irréfléchi. J'aime bien quand je le dis ou quand je l'écris, je ne réfléchis pas vraiment au sens à donner.

On m'a d'ailleurs souvent posé la question pour « 12h33 » : qu'est-ce que ça veut bien pouvoir dire ? Franchement, j'ai inventé des trucs.

Ici, je dirais que c'est un peu la même chose : c'est un titre compliqué, je dois essayer de rassembler des morceaux pour donner une explication.

Réaliser un rêve, c'est difficile, mais c'est peut-être encore plus difficile dès qu'on l'a réalisé. C'est également difficile de le maintenir, de continuer à l'alimenter et à le faire vivre. Mais faire une bonne pizza, c'est difficile aussi !

Cet opus a été façonné dans l'instinct, en se servant de prises brutes, dans une pièce convertie en studio de fortune sous les toits d'une vieille ferme. Ce cadre presque improbable a-t-il influencé le son du disque dans sa globalité, ou seulement son processus ?

Je dirais que l'endroit, les circonstances, le décor et le très peu de matériel utilisé ont conditionné le résultat. J'ai commencé à enregistrer des démos et le produit fini me plaisait, j'ai construit le disque sur cette base, sans devoir partir d'une page blanche.

Il n'y a pas beaucoup de pistes sur cet opus, peut-être 24, ce qui est minimaliste. Il n'y a pas beaucoup de touches, c'est très peu arrangé, principalement des parties de guitare. Il y a de temps en temps quelque chose d'un peu plus raffiné, mais rien de comparable à ce que j'ai pu réaliser précédemment.

Il fallait que le produit fini tienne la route avec le moins de choses possible. Donc oui, ça n'a pas été un album très compliqué à enregistrer ou à mixer, comparativement à « Raid Aérien » par exemple, qui, lui, était nettement plus complexe à entrevoir.

La structure musicale s'est imposée plus vite que les textes. Werner Moron, plasticien et non musicien, a été un déclencheur. Le fait qu'il ne soit pas musicien a-t-il constitué une plus-value par rapport à une écriture en solo, où tu maîtrises tout du début à la fin ?

Nous avions déjà réalisé des performances dans le milieu de l'art contemporain. C'est un personnage captivant, extrêmement exigeant également.

Sans rien lui dire, j'ai commencé à lui piquer des phrases parce qu'elles constituent de belles paroles de chanson. Werner baigne plutôt dans le format long ; ses textes peuvent durer six heures. Et moi, je voulais garder celui du trois minutes. J'ai décidé de lui envoyer le résultat, afin de voir comment il allait réagir.

Par exemple, la chanson « Comme Un Fakir » a été construite sur cette base. Lorsque je cite « Assis sur le présent », ce n'est pas moi, c'est bien lui qui l'a écrit. Il était quasiment en larmes. Il m'a dit : « C'est génial parce que j'entends quelque part une partie de mon travail qui est compactée en trois minutes », ce que je ne suis jamais parvenu à réaliser.

Mais, tu sais, on ne s'est jamais assis au coin d'une table comme nous le faisons toi et moi aujourd'hui. Et comme l'exercice avait plu, je lui ai demandé si je pouvais continuer en ce sens. Il m'a dit : « Vas-y, vas-y. Détourne, vole. »

Cela a donc été un véritable travail de collage, mettre ici et là nos idées respectives en commun.

Un avion pour Londres, sur scène, tu l'as présenté comme un « invité spécial parmi nous » en hommage à Marc Morgan. Qu'est-ce que cette reprise te permet de dire que tu n'aurais pas pu écrire toi-même ?

J'ai bossé avec lui, passé beaucoup de temps avec lui également. C'était un orfèvre, tant dans son écriture que dans sa façon de composer.

Je suis incapable d'écrire avec cette finesse qui le caractérisait, et je m'en suis encore rendu compte lorsque j'ai fait cette reprise.

Marc m'a beaucoup appris et m'a fait voyager. Il m'a emmené aux États-Unis, au Canada, et m'a aussi fait enregistrer à Berlin. J'aurais pu faire un album entier de reprises à sa mémoire.

Les longues promenades avec ta fille Jeanne ont participé à la résurrection de Jeronimo — c'est une image que tu as beaucoup racontée déjà. Y a-t-il une ligne précise du disque que tu ne pourrais pas encore lui expliquer ?

Elle me demande souvent dans la voiture d'écouter l'album. Tu sais, quand j'imaginais les titres, je l'avais parfois sur les genoux. À la maison, il y a des instruments partout. Sa maman est la percussionniste du groupe, elle baigne depuis sa naissance dans ce milieu.

Si je devais lui dire quelque chose, ce serait dans la première chanson : « Qu'il ne doit rien. Il ne faut rien. Rien ne t'oblige. » Je lui dirais donc qu'elle n'est contrainte à rien, fais ton truc, en avant, quoi ! C'est de cette manière que j'essaie de l'accompagner, modestement.

Elle fait de très beaux dessins et, par moments, elle me demande : « Et là, regarde, c'est pas grave si le ciel est rose ? » Je l'encourage, parce que le soir, le ciel est rose. Il faut encourager les enfants au lâcher-prise.

Je suis parfois surpris de la grande sagesse qui les habite dès l'âge de 4-5 ans. Je me sens tellement vieux…

Le disque renoue avec les vibrations indie des débuts, réverb et vibrato fin des années 80. À 53 ans, revenir consciemment à un son de jeunesse, c'est de la nostalgie assumée ou une manière de boucler une boucle ?

Je n'entretiens pas de nostalgie particulière par rapport à cette année-là. Je ne vais pas voir The Cure en concert par exemple, ça ne m'intéresse pas, je les ai vus à l'époque. Je ne vais pas voir les groupes que j'allais voir il y a 20 ans, je les ai vus. En revanche, je suis allé en revoir quelques-uns et c'était une catastrophe.

J'aime bien les sons de cette époque, ceux des claviers ou des guitares qui ne vieillissent pas. Ils ne sont pas passés de mode, ils ne se rattachent pas à une époque particulière. Le son de guitare de Peter Buck (REM, ndlr) était très beau, et il l'est toujours !

Ce sont des gens qui ont apporté une esthétique un peu différente de ce qu'il y avait dans les années 70, et qui est toujours d'actualité aujourd'hui. J'aime ces sons et me sens à l'aise avec eux. Je sais les manier plus facilement que d'autres.

Il n'y a presque aucune structure derrière ce disque — pas de major, un pressage artisanal. À cet âge et avec l’expérience que tu possèdes, sortir un album sans filet, est-ce une liberté reconquise ou une nécessité qui s'est imposée à toi ?

J'ai un peu du mal à te répondre parce que je crois que je ne vais pas aussi loin dans la réflexion. Je suis quelqu'un d'assez terre à terre. C'est pareil avec les paroles, je m'arrête au son, à ce qu'il me procure. Suis-je prêt à incarner cette chanson ou cet album sur scène ?

Je ne me suis jamais senti enfermé dans un domaine où il fallait absolument que je me libère, je n'ai jamais ressenti ça. Je n'ai pas l'impression que le son de l'album s'impose. C'est assez intéressant parce que je ne raisonne pas vraiment comme ça.

En général, on a un meilleur éclairage sur un album quand on achève celui d'après. Je comprends mieux aujourd'hui certaines choses sur « Raid Aérien ». Il faut du recul, je crois. C'est une question à laquelle je pourrais te répondre d'ici deux ans.

On se donne donc rendez-vous dans deux ans ?

D'accord ! Avec plaisir !

Tu t'entoures aujourd'hui d'un line-up neuf sur scène — Guillaume Vierset, Gaëtan Streel, Leticia Collet, Jérôme Danthinne, Charlotte Lamby — pour revisiter d'anciens morceaux entièrement repensés. Cette formation découle-t-elle d'une nécessité artistique pour faire vitre ou revivre ces morceaux ?

Je connaissais certains des musiciens, comme Gaétan à la basse et Jérôme à la batterie. Les trois autres ont un très bon niveau.

À vrai dire, on s'est rencontrés dans un festival, il y a deux ans. On était tous là, perdus dans la montagne, plusieurs jours à jouer tous les soirs. On se connaissait déjà, mais là, on a vraiment fait connaissance, c'est là que l'idée a germé. Je me suis dit que je nous verrais bien tous les six à jouer mes morceaux.

Guillaume Bierset à la guitare, Charlotte aux percussions et Laetitia au clavier venaient déjà me voir en concert lorsqu'ils avaient 14-15 ans. Je trouvais amusant d'intégrer une nouvelle génération dans le groupe pour amener de la fraîcheur et du talent.

Si le Jérôme de 2002, encensé par la critique et programmé partout, pouvait entendre « La difficulté des rêves », qu'est-ce qui le surprendrait le plus ?

Je ne sais pas, c'est bien difficile à dire. À vrai dire, je ne sais pas répondre à cette question.

Ne pas y répondre, c’est déjà y répondre …

Oui, tu as raison !

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