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Lisa Leblanc, on en parle beaucoup

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Suede 12-03-26

Ronquières Festival 2026 : dimanche 9 août

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En temps ordinaire, la situation paraîtrait banale. Pourtant, après des semaines de sécheresse, la fine pluie éparse conserve quelque chose d’irréel. Au lieu d’ouvrir leurs parapluies, les festivaliers tendent les bras pour accueillir ces quelques gouttes.

Comme les deux jours précédents, ce troisième volet réserve autant de place aux découvertes qu’aux artistes confirmés.

Première découverte sur le podium Bâbord : Billie. Si l’hérédité constituait un genre musical, elle pourrait s’y inscrire sans effort.

Fille de Matthieu Chedid, elle choisit pourtant une voie de traverse, loin de l’ombre paternelle, et façonne son propre territoire sonore : un rock au féminin, nourri de guitares saturées et d’une mélancolie franche. Elle grandit très tôt dans un milieu artistique. Dès l’âge de six ans, elle étudie le piano et intègre le chant à son quotidien.

Sur les planches, Billie rejoint une formation dont les musiciennes se consacrent à la basse et à la guitare ; seul le batteur est un homme. Son nom, décliné en plusieurs polices sur la toile de fond, constitue l’unique décor et traduit l’éclectisme revendiqué de sa musique.

Elle chante en français et inscrit ses textes dans une pop légère, adaptée à ce début d’après-midi. Son micro customisé attire l’attention et devient presque un personnage du set.

Guitare électrique en main, elle aborde des thèmes universels qui versent parfois dans la mièvrerie, de la meilleure amie à l’amour « avec un grand A », précise-t-elle. Son écriture cherche néanmoins à dépasser l’intime.

Billie se produit en concert depuis un an seulement, mais maîtrise déjà les codes du live et manifeste une affection particulière pour l’auditoire belge. Jeune et investie, elle accompagne ses chansons d’une gestuelle expressive. Son exigence se vérifie lorsqu’elle reprend un morceau depuis le début, insatisfaite de son exécution.

À l’affiche du Ronquières Festival parmi plusieurs pointures, Billie n’est pas encore une tête d’affiche, mais mérite l’attention. Son aisance, sa présence, son univers pop et son timbre éthéré devraient rapidement la distinguer.

Dix minutes plus tard, votre serviteur gagne le podium Tribord.

Si la Star Academy a rendu Marguerite Dedeyan familière du petit écran, l’épreuve du concert obéit à d’autres exigences.

Révélée lors de la douzième saison, en 2024, puis confirmée l’année suivante par l’EP « Grandir », la jeune Parisienne originaire de Neuilly-sur-Seine arrive à Ronquières sous une étiquette encombrante.

Le décor donne le ton : trois grandes marguerites disposées de part et d’autre se tournent vers le ciel, tandis que de grands yeux peints sur la toile de fond fixent l’horizon. La scénographie reste candide, à l’image du concert.

Le concert débute par « La Fée », puis enchaîne « Les Avions », « Frida », « La Boss », « Snipeuse » et « Crash Test ». Les chansons peinent toutefois à décoller. L’univers et les thèmes demeurent convenus et visent surtout un jeune auditoire.

Marguerite possède pourtant le sens du contact. Elle échange souvent auprès de la fosse, interpelle et sourit. Mais sa manière parfois enfantine de construire le spectacle finit par l’affaiblir : à trop chercher l’adhésion, elle perd en crédibilité auprès des spectateurs les plus aguerris.

Une séquence se distingue néanmoins : sa reprise d’« As It Was » de Harry Styles, convaincante, suggère des pistes artistiques qu’elle gagnerait à approfondir. Sur « Bellevie », « La Maison » puis « Première Dauphine », le ton demeure inchangé.

On retient toutefois un geste généreux : Marguerite interrompt le concert pour signer un autographe à une jeune admiratrice repérée dans la fosse. Cette proximité, elle, paraît sincère.

Le set se conclut sur « Les Filles, Les Meufs », morceau de résilience qui suscite une réponse enthousiaste de la foule.

Généreuse mais encore trop tendre, Marguerite devra affermir son propos pour s’imposer durablement.

Après une heure de concert, Marguerite peine encore à éclore.

Le dimanche du Ronquières Festival devait culminer par la prestation de la Montréalaise Charlotte Cardin, mais un imprévu bouleverse le programme. Atteinte d’une laryngite aiguë, l’interprète de « Feel Good » observe, sur recommandation médicale, un repos vocal strict et annule au dernier moment un concert très attendu en Belgique.

L’organisation dispose de quelques heures pour réagir. L’artiste belge Lost Frequencies, déjà passé par Ronquières en 2024, prend finalement le relais.

Derrière ce nom devenu une marque se cache Felix De Laet, Bruxellois né en 1993. En 2014, son remix d’« Are You With Me », titre du chanteur country Easton Corbin, atteint la tête des classements dans plusieurs pays européens.

Depuis, l’ancien étudiant en sciences économiques à la Solvay Brussels School compte parmi les artistes belges les plus écoutés dans le monde. Entre deep house et tropical house, il collabore notamment auprès d’Aloe Blacc, Calum Scott et James Blunt. Son arrivée transforme ainsi un contretemps en temps fort de la soirée.

La foule massée au pied du DJ indique que ce remplacement satisfait plusieurs milliers de spectateurs.

Les plus attentifs relèvent, pendant le set, un clin d’œil du DJ à l’artiste absente.

Pour votre serviteur, ce quatorzième Ronquières s’achève par le concert d’Iliona ; les artistes suivants, Disiz et Macklemore, évoluent dans un rap auquel il reste peu sensible.

Révélée par « Moins Joli » en 2021, après les EP « Tristesse » (2020) et « Tête Brûlée » (2022), puis par son premier disque « What If I Break Up With You ? » (2025), Iliona figure parmi les artistes à suivre de cette édition 2026.

Le forfait de Charlotte Cardin redistribue les horaires du dimanche. Iliona se produit finalement sur le podium Tribord à 19 h 50, un créneau qui exige une présence solide.

Vêtue d’un petit short, de grandes chaussettes blanches et d’un diadème, Iliona cultive une esthétique de femme-enfant qui constitue sa signature visuelle.

Deux objets occupent le fond du décor : une imposante chaussure rouge et ce qui ressemble à un lecteur MP3 géant, vert. Leur signification demeure difficile à saisir et leur cohérence échappe encore à votre serviteur.

Iliona n’est pas la seule femme sur les planches : des musiciennes assurent la basse et la batterie, ce qui prolonge son parti pris visuel.

La fosse s’est pourtant clairsemée : seule une poignée de spectateurs reste. Iliona ne fédère-t-elle pas encore assez, ou l’heure du repas détourne-t-elle la foule de ce créneau réaménagé ? Impossible de trancher.

La comparaison vient naturellement : Iliona rappelle Lio par sa posture, son jeu de séduction et jusque dans son grain de voix. La filiation esthétique paraît nette.

Sur le fond, malgré son investissement, l’artiste ne convainc pas pleinement. Son tour de chant en français manque d’élan ; des compositions comme « Le Lapin » ou « Club Penguin » accentuent cette impression. Sa proposition semble surtout destinée à de jeunes enfants et aux parents qui les accompagnent.

Le rendez-vous paraît donc manqué : les intentions esthétiques ne compensent pas une écriture encore trop légère pour ce créneau.

Cette édition s’achève néanmoins sur un bilan plutôt positif. Il faut saluer le choix de programmer de nombreux artistes belges plutôt que de poursuivre à tout prix une tête d’affiche internationale. L’invitation surprise de Will Smith lors de l’édition précédente avait pesé sur un budget déjà serré, sans convaincre pleinement sur le plan artistique.

Le pari se révèle payant : Oscar and the Wolf, Adèle Castillon, Suzane, Roméo Elvis et Hooverphonic rappellent que la Belgique dispose de suffisamment de talents pour nourrir plusieurs éditions centrées sur sa propre scène musicale.

Le choix des podiums et des espaces annexes mérite aussi une mention. Repensé, le site offre davantage de respiration et facilite nettement les déplacements, loin de la cohue reprochée à certaines éditions précédentes. Cet aménagement améliore concrètement l’expérience festivalière, au même titre que la programmation.

Certaines voix émergentes convainquent moins. L’ambition et la présence ne suffisent pas toujours à compenser des moyens vocaux limités. Cette tendance interroge la place accordée à la promesse plutôt qu’à la maîtrise. Malgré une organisation rigoureuse, Ronquières n’échappe pas entièrement à cette évolution, partagée par de nombreux festivals.

(Organisation : Ronquières Festival)

Lokerse Feesten 2026 : vendredi 7 août

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Lokeren bat son plein. Les passants se croisent sur les trottoirs pavés, tandis que les terrasses et la foire attirent une foule nombreuse. Une file d’une centaine de mètres se forme aussi devant l’entrée de l’autre festival, le gratuit Fonnefeesten. Bien que cette soirée des Lokerse Feesten n’affiche pas complet, il faut se frayer un passage dans les rues étroites qui longent le site avant d’y entrer.

Régionaux de l’étape et lauréats du concours de talents ‘De Nieuwe Lichting’ de Studio Brussel, Sons ouvrent la soirée et conquièrent rapidement l’auditoire. Les premiers pogos de la journée s’enclenchent — ce seront aussi les derniers, tant les premiers rangs se densifient ensuite. Leur garage rock décape toujours, quelque part entre Osees et Ty Segall. Comme d’habitude, le band rejoint la foule pour l’une de ses compositions.

L’ambiance retombe ensuite d’un cran lors de l’arrivée d’Anna Calvi. Après un long solo de guitare, la batterie lance « Rider to the Sea », qui ouvrait déjà son premier disque en 2011. Salué par la critique, celui-ci précède un opus plus discret en 2013, puis un troisième moins convaincant en 2018. Ce soir, sa chevelure blonde et le décor ocre, tirant parfois vers le rouge, s’accordent au coucher du soleil. L’interprète occupe le centre du podium, tandis que son batteur et sa claviériste restent en retrait, de part et d’autre des planches. L’auditoire réagit peu, faute d’échanges. Il faut attendre « Desire », à mi-parcours, pour voir l’atmosphère s’animer. Sur « Don’t Beat the Girl Out of My Boy », Anna libère toute sa puissance vocale, puis reprend « Strange Weather » qu’elle a écrit en compagnie de David Byrne. En final, « Wish » multiplie les riffs de guitare, joués à bout de bras ou à genoux au bord de l’estrade. Anna Calvi quitte ensuite les lieux sobrement. Si au fil du temps, le concert a gagné en intensité et séduit par sa voix haut perchée ainsi que ses compositions, un ou deux musiciens supplémentaires ou davantage d’échanges auraient mieux servi ce format de grand festival.

Direction le Club Studio Brussel, deuxième espace plus intimiste qui réserve chaque année de bonnes surprises. HIQPY le confirme ce soir. La formation multiplie les apparitions en festival, du Suikerrock à Pinkpop, en passant par Werchter. La foule remplit l’espace devant le podium et gagne même les escaliers et les estrades latérales. La chanteuse précise rapidement que le quatuor vient d’Amsterdam — l’accent néerlandais ne laisse guère de doute. Leurs compositions s’orientent pourtant vers le shoegaze, tandis que l’attitude du guitariste évoque un univers situé entre Hole, pour l’énergie rock de sa chanteuse blonde, et la dream pop de leurs voisins de Tramhaus. Des morceaux tantôt juvéniles et pop, tantôt plus nerveux et abrasifs s’enchaînent sans temps mort. Une formation à suivre, qui apporte un souffle neuf à cette petite salle principalement consacrée aux DJ sets ce soir.

Les années semblent épargner Suede, tout comme son leader Brett Anderson, dandy svelte. Des cohortes de fans de longue date se pressent derrière les barrières de la grande scène. Certaines imaginent le chanteur les enlacer pendant « June Rain ». Le concert démarre en force par « Disintegrate », titre d’ouverture de leur dixième et dernier opus, « Antidepressants », paru fin 2025. Suivent les succès de leur période de gloire, « Trash » et « Animal Nitrate », puis « Personality Disorder », extrait du précédent long playing, « Autofiction », sorti en 2022. Brett Anderson s’y jette au sol et conserve cette position durant « The 2 of Us », longue ballade soutenue d’abord par la claviériste, puis par le guitariste. Le contraste apparaît alors entre les deux périodes de la formation : les tubes pop glamours du milieu des nineties et le post-punk plus marqué des deux derniers elpees. Le leader et ses musiciens, tous vêtus de noir, soulignent encore cette évolution. « She Still Leads Me On », guidé par la basse, rend hommage à la mère de Brett. Le chanteur invite la foule à applaudir les mamans, puis sollicite de nouveau ses mains lors du final « Beautiful Ones », dont les ‘la, la, la, la’ sont repris en chœur. Après un dernier bain de foule au contact des premiers rangs, il conclut : ‘Lokerse Feesten, you are beautiful’.

La popularité d’Editors, en Belgique, reste une énigme. Alors que la formation joue dans des salles intimistes comme le 106 à Rouen, le Palladium à Cologne ou le Razzmatazz à Barcelone, elle se produira au Sportpaleis d’Anvers début 2027. La foule se densifie encore et l’accès au podium devient difficile. Le concert débute vigoureusement par « The Racing Rats » et « Munich ». Comme chez Suede, la diversité des compositions parcourt les différentes périodes et les disques du band. Cette maîtrise, parfois trop poussée, rend toutefois l’ensemble prévisible et minuté. À l’inverse de Brett Anderson, Tom Smith limite ses interventions à quelques formules polies. « No Harm » et « An End Has a Start » rompent néanmoins cette monotonie, avant l’inévitable « Papillon » en clôture.

Il est déjà une heure du matin, mais une centaine d’amateurs d’électro rejoint encore le Club Studio Brussel pour (Miss) Kittin. La DJ française maintient éveillée une fosse clairsemée mais réceptive. Forte de vingt-sept ans de carrière et d’une notoriété acquise en France comme à l’étranger, notamment en Allemagne, Caroline Hervé maîtrise l’art d’enchaîner ses classiques techno et electroclash.

En quittant le site, un dernier regard vers la scène principale révèle le contraste que propose le DJ set de Stijn Van de Voorde et Otto-Jan Ham. Plus convenu, voire franchement brutal, il évoque le grand bal populaire d’un village de Flandre. Le signal est clair : après une journée bien remplie, il est temps de regagner ses pénates.

Les photos du festival sont

(Organisation Lokerse feesten)

SONS, ANNA CALVI, HIQPY, EDITORS, KITTIN, Stijn Van de Voorde, Otto-Jan Ham.

Ronquières Festival 2026 : samedi 8 août

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En ce samedi estival, quelques noms éveillent, sinon un intérêt particulier, du moins la curiosité. Comme la veille, les prestations oscillent entre l’excellent et le très médiocre sur les différents podiums du festival de Ronquières.

Il est un peu moins de 16 heures lorsque l’auditoire découvre une jeune femme frêle au pied du podium Tribord. C’est ISE.

Si un nom s'affichait, en cette seconde journée, en lettres jaune et orange sur l'écran géant du plan incliné, assez grandes pour qu'on ne puisse s'empêcher d'y lire une forme d'urgence, c'est bien celui d'ISE.

À vingt ans à peine, la jeune Limbourgeoise suit déjà un parcours rapide : victoire à ‘De Nieuwe Lichting’ de Studio Brussel en 2024, passages remarqués à Rock Werchter, Pukkelpop, Sziget et Best Kept Secret, premières parties de Hozier et Gavin DeGraw, puis sortie, en début d’année, de son premier elpee, « Suitcase Child ». Le disque-titre évoque une enfance partagée entre deux maisons, une petite valise à la main. Sur le podium, ce récit rejoint celui d’une artiste qui enchaîne les grandes affiches du royaume.

Entourée d’un quatuor, la jeune chanteuse ouvre son set sur « Powerless » et « Just A Lie ». Les nappes de synthé adoucissent une musique qui repose surtout sur la guitare et la rage.

Certains effets de guitare — réverbérations suspendues et delays qui prolongent la note — rappellent The Haunted Youth, autre habitué des podiums belges qui érige la pédale d’effets en instrument à part entière.

La voix frappe surtout, tout comme une présence scénique déjà mûre. Son grain rauque et sa façon de reculer avant d’attaquer un refrain évoquent Dolores O’Riordan. ISE associe fragilité apparente et force contenue. Son écriture rappelle aussi 10,000 Maniacs par cette manière très nineties d’unir mélodie limpide et texte sensible, sans éloigner la pop de la gravité.
« Goodbye Letter », titre de la percée et de la victoire à ‘De Nieuwe Lichting’, clôt le set sur une note mélancolique. Les nappes de synthé allègent l’ensemble sans diluer l’esprit rock. L’écriture conjugue ainsi énergie brute, mélodie et guitares aériennes.

L’attention résistera-t-elle à l’effet de nouveauté ? Au regard de la ferveur de la foule, qui danse et chante, ainsi que de la maturité de la jeune femme, ISE semble disposer des atouts nécessaires pour poursuivre sa route au-delà du pays.

Certains retours surprennent. Douze ans après « Zinzin » (2013) et une longue éclipse, Jeronimo retrouve un grand podium sous le ciel estival de Ronquières.

Ce retour relance une question : Jeronimo paraissait-il définitivement retiré ? Après plusieurs années de silence, ce nom lui rend une identité directe que ses autres projets — Raid Aérien, Everyone Is Guilty ou Thamel — n’offraient pas de la même manière.

Sa trajectoire alterne exposition et retrait : succès critique au début des années 2000, disparition volontaire, retour discret, puis nouveau silence. À 53 ans, le musicien revient sur les planches sans chercher à effacer ces intermittences.

Ses guitares chargées de réverbération et de vibrato rappellent la fin des années 1980. Ce son de jeunesse relève autant de la mémoire que d’un choix esthétique. Son parcours, né dans le vivier artistique liégeois de cette époque, conserve une urgence rugueuse et un goût pour les marges.

Pendant ces années d’éloignement, l’artiste continue pourtant de jouer et multiplie les projets collectifs : Saint André, The Engines of Love ou les Loved Drones, auprès de Miam Monster Miam. Ces formations lui permettent de rester musicien tout en partageant le poids d’une identité publique.

Sur le podium, Jeronimo s’appuie désormais sur une formation élargie : Guillaume Vierset, Gaëtan Streel, Laeticia Collet, Jérôme Danthinne et Charlotte Lamby. Ce nouveau line-up revisite des classiques réarrangés et renouvelle leur dynamique.

Ce retour s’appuie sur un nouvel opus, « La difficulté des rêves », paru en avril. Le disque naît de prises brutes enregistrées dans une pièce transformée en studio sous les toits d’une vieille ferme. Ce cadre marque autant le processus que les aspérités acoustiques du résultat.

L’objet paraît presque sans structure de soutien : aucune major et un pressage artisanal. Après l’expérience accumulée, publier un long playing de cette manière relève autant d’une liberté retrouvée que d’une nécessité. Le répertoire provient d’un ensemble abondant de morceaux, ensuite resserré jusqu’à n’en garder qu’une poignée.

Plus profondément, que signifie « La difficulté des rêves » au sens le plus littéral ? Quels sont les rêves que le Jeronimo d’hier n’a pu voir aboutir ?

Entre les ambitions de jeunesse et la réalité de l'industrie, le fossé s'est creusé avant d'être comblé par une acceptation apaisée.

Sur cet elpee, la musique précède les textes. Werner Moron, plasticien et non-musicien, intervient alors comme déclencheur. Son regard extérieur rompt les automatismes d’une écriture solitaire, où l’auteur maîtrise habituellement chaque étape.

Malgré la présence d’un auditoire nombreux, la fosse conserve de larges espaces. La proposition de Jeronimo peine manifestement à trouver sa place dans la programmation du festival.

Sur la pelouse de Ronquières, la setlist relie le passé au présent tandis que l’artiste revisite plusieurs étapes de sa vie.

De « Dans l’infini des premières fois » à « Un été inoubliable » et « A Monaco », le choix des morceaux convainc. Les guitares grondent tandis que les percussions impriment leur élan.

La setlist réserve toutefois une déception : « Irons nous voir Ostende ? » est écarté, au regret des fans de la première heure qui attendaient cet hymne en concert.

L’émotion emprunte ensuite un autre chemin. Jeronimo interprète « Un avion pour Londres », présenté comme un ‘invité spécial parmi nous’, en hommage à Marc Morgan. La reprise exprime une tendresse retenue et salue une figure fraternelle de la musique belge.

Car si le long playing doit beaucoup aux longues promenades méditatives avec sa fille Jeanne, une genèse intime maintes fois racontée, on se prend à songer aux secrets de fabrication. Y a-t-il une ligne précise de ce nouveau répertoire qu'il ne pourrait pas encore lui expliquer, un pan de vie trop abrupt pour des oreilles filiales ? Peut-être bien.

Lorsqu’il quitte l’estrade sous les acclamations, le chemin parcouru apparaît clairement. « La difficulté des rêves » témoigne d’une inspiration restée vive, désormais moins pressée et plus durable.

Après cette séquence, Fatal Bazooka prend possession de Tribord.

Projet musical humoristique incarné par le comédien français Michaël Youn, Fatal Bazooka se produit notamment en compagnie de Vincent Desagnat et Benjamin Morgaine.
Trouvant son origine en 2002 dans un sketch du Morning Live sur M6, le projet est notamment connu pour ses singles « Fous ta cagoule » (2006), « Mauvaise foi nocturne », « J'aime trop ton boule », « Trankillement » et « Parle à ma main » (2007).

La foule se presse en masse. Le succès populaire du projet confirme l’attrait d’un divertissement immédiat, même si sa valeur musicale reste discutable.

Lorsque votre serviteur s'extirpe du point presse, le concert de Pommelien Thijs a déjà débuté.

Le festival de Ronquières mêle les genres, bouscule les habitudes et alimente chaque année les discussions parmi les festivaliers.

Cette édition ne déroge pas à la règle : la venue de Pommelien Thijs divise. Certains festivaliers contestent sa place à l’affiche ; d’autres saluent l’accueil d’une figure majeure de la pop actuelle. Attendue ou critiquée, l’artiste de 24 ans suscite le débat.

Dès les premières notes d’« Ik Moet Gaan », l’artiste flamande investit le podium. Sa voix éraillée et incisive rappelle l’énergie frondeuse d’Avril Lavigne et donne à ses mélodies une tonalité adolescente.

La scénographie repose sur un grand escalier placé au centre de l’estrade. Pommelien Thijs le parcourt sans relâche pendant des titres pop-rock tels qu’« Entertainment » et « Erop of eronder ».

Cet élément structure l’espace et rythme chaque morceau, de la douceur de « Meisjes van honing » à la tension de « Tegenwoordige tijd ».

Entre deux titres, de « Het beste moet nog komen » à « Authentiek », elle s’adresse naturellement à la foule en français comme en néerlandais. Cette aisance linguistique renforce le lien entre les deux communautés.

Au fil d'une setlist menée tambour battant, traversant les éclats de « Zilver », le magnétisme de « Medeplichtig », les questionnements de « Cassandra » ou encore l'interpellation directe de « Ben je klaar ? », le public se prend au jeu.

Quand retentissent les dernières notes d’« Atlas », la conclusion s’impose : malgré les réserves, Pommelien Thijs défend une pop énergique qui trouve sa place sur les grands podiums d’été.

Rilès grimpe ensuite sur le podium de Tribord. Il se distingue de nombreux artistes français par un répertoire entièrement chanté en anglais, où le hip-hop croise la soul, le RnB et le gospel.

S'il aborde des thématiques variées (l'amour, sa santé mentale, sa volonté de réussir, son histoire personnelle), le rappeur entretient un rapport particulier au temps. Au cours de son œuvre, il a disséminé une énigme autour de cette notion dans plusieurs titres et clips, toujours non résolue à ce jour. Véritable autodidacte, il enregistre, produit et mixe tous ses projets depuis sa chambre rouennaise, accumulant plus de 300 millions de vues et de streams.

Cheveux hirsutes, précédé d’un chant guerrier, le trublion entame son tour de chant. Une horde de danseurs envahit rapidement l’estrade, court, virevolte et bondit.

Et à l'instar de la prestation remarquée de Suzane lors de cette édition, le concert de Rilès laisse un goût pour le moins mitigé, oscillant rapidement entre l'attente polie et l'ennui manifeste.

Le constat apparaît vite : les danseurs occupent l’espace et soutiennent le spectacle par une chorégraphie millimétrée, tandis que l’artiste peine à habiter l’immensité du décor. L’intérêt visuel du set repose donc surtout sur sa troupe.

La prestation aurait pu apporter une respiration durant cette après-midi moite. Elle s’étire pourtant et devient monotone. Une dynamique répétitive et le manque de relief musical en direct empêchent le concert de décoller.

Pour réveiller un parterre gagné par la torpeur, le show se termine sur une séquence déroutante. Rilès invite deux spectatrices à le rejoindre sur l’estrade, puis les laisse plusieurs minutes sans indication claire. Elles errent sous les regards amusés ou gênés de l’assistance.

Pour conclure, Rilès retire sa veste en cuir, reste torse nu et saisit une guitare électrique. Cette dernière pirouette rock’n’roll, surtout visuelle, n’efface pas l’impression d’un concert inégal et trop long.

Pour conclure la soirée, direction le frontstage afin d’assister au concert de Suede, nouveau contraste dans la programmation de Ronquières.

Lorsque Suede monte sur les planches, la faible affluence surprend au regard de la renommée internationale de la formation et de sa place dans l’histoire de la britpop.

Les premiers rangs sont remplis et l’ambiance répond présente, mais le band joue devant une foule clairsemée. Les Anglais n’en livrent pas moins une prestation solide.
Le spectacle sollicite autant les oreilles que les yeux. Un écran placé derrière les musiciens diffuse textes et images au rythme des chansons, renforçant la dimension théâtrale du concert.

Visuellement, la formation montre le passage des décennies : ses musiciens affichent l’expérience de vétérans des planches, à l’exception de la percussionniste, plus jeune que ses partenaires.

Dès l’ouverture, « Disintegrate » donne le ton, avant que « Trash » et « Animal Nitrate » n’accentuent la tension.

Après ces morceaux vigoureux, le concert change de registre sur « Personality Disorder ». Cette ballade piano-voix met en valeur Brett Anderson et les nuances sombres de son timbre, qui évoque Nick Cave. À l’écran, les poses monochromes d’une jeune femme prolongent l’atmosphère du titre.

Suede alterne ensuite les climats. « June Rain », interprétée délicatement, précède une descente de Brett Anderson dans la fosse, où il salue une spectatrice au premier rang.

Les moments plus légers rappellent l’énergie du leader. Pendant « Filmstar », Anderson fait tournoyer le câble de son micro comme un lasso.

Aux dernières notes de « Beautiful Ones », l’auditoire, peu nombreux mais conquis, mesure la qualité de la prestation. Suede n’occupe peut-être plus la même place médiatique qu’autrefois, mais ses compositions et l’engagement de Brett Anderson distinguent encore le band.

La nuit couvre désormais la plaine du Ronquières Festival. Une grande partie des festivaliers quitte les lieux. Bâbord ou Tribord : deux podiums, deux dernières options pour achever la soirée.

(Organisation : Ronquières Festival)

Ronquières Festival 2026 : vendredi 7 août

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Il y a quelques années, les problèmes de mobilité menaçaient la pérennité du Ronquières Festival. Cette année, les organisateurs privilégient la fluidité des déplacements sur le site.

La disposition du site a donc été revue dans son ensemble. Autrefois éloignées, les scènes « Babord » et « Tribord » se trouvent désormais côte à côte. Cette proximité facilite le passage de l’une à l’autre et limite les mouvements de foule. L’espace en pente, jadis occupé par une scène, accueille désormais des milliers de festivaliers sur l’herbe, le temps d’une pause ou d’un concert.

Les espaces dédiés aux boissons et à la nourriture ont eux aussi été repensés, désormais concentrés aux endroits les plus stratégiques.

Le principe du festival demeure inchangé : offrir convivialité et détente.

Lorsque votre serviteur rejoint le parterre, Léo Meynard, alias St Graal, s’apprête à terminer sa prestation.

Ce retour compte pour l’artiste : en 2023, une météo particulièrement capricieuse avait entraîné l’annulation de son concert. Il revient donc prendre sa revanche.

Révélé pendant le confinement grâce à des vidéos virales sur TikTok, puis distingué par le Prix du public aux Inouïs du Printemps de Bourges en 2022, il compose seul, sur ordinateur, une électro-pop romantique et dansante, représentative de la nouvelle chanson francophone. Après « Pulsions » et « Le Cœur qui cogne » (2022), il publie « Les Extraordinaires Histoires d’Amour de St Graal » (2024), puis « Les Dernières Histoires d’Amour de St Graal » (2026).

Durant quarante minutes, le jeune artiste, seul sur les planches, alterne synthé et guitare pour tenter de réveiller un auditoire encore apathique.

Ses compositions, marquées par une écriture pop contemporaine accessible, ne suffisent toutefois pas à sortir la foule de sa léthargie.

Est-ce l’horaire qui est en cause ? Le manque de consistance des compositions ? Dans tous les cas, le résultat global reste en deçà des attentes.

La seule véritable surprise survient en fin de prestation, lorsque le gaillard et son équipe — sa sœur comprise — brandissent une armada de pistolets à eau, pour le plaisir de ceux qui se massent aux premiers rangs.

Et si la musique n'était pas simplement destinée à être écoutée, mais plus largement à être partagée, dansée et… arrosée ?

Tribord toute ! Adèle Castillon baigne dans la musique depuis son plus jeune âge. Alors qu'elle n'a que 13 ans, elle compte déjà des millions de vues grâce à des vidéos qui font la part belle au second degré et à l'autodérision.

Forte de ce succès, elle publie dès 2018 « Amour plastique » aux côtés de Matthieu Reynaud, son compagnon dans la vie comme sur les planches. Un premier elpee, « Euphories », paraît ensuite sous le nom de Videoclub, avant leur séparation en 2021. Ne dit-on pas que les histoires d’amour finissent mal, en général ?

Elle est accompagnée de deux lascars : l'un se charge des fûts, tandis que l'autre se partage entre la six-cordes électrique et les nappes de synthé.

Pour seul décor trône, sur la grande toile posée en fond de scène, un ersatz de trousseau de clés géant dont on distingue notamment un cœur rouge et ce qui ressemble à un « I » de couleur bleue.

Adèle entend surprendre l’auditoire. Elle entame le premier morceau depuis les coulisses : « Amour plastique », évocation d’une histoire musicale passée — mais tout à fait révolue ?

Dans des élans mélancoliques et des textes intimistes, tels « Alabama » ou « Gabrielle », l’artiste exprime l’amour et la déception. Miss Castillon transforme ainsi son hypersensibilité en force.

L’artiste propose « Sensations », composition éponyme, pop, colorée et subtilement dansante. Le récit demeure pourtant tragique : elle y raconte son addiction aux opiacés, commencée fin 2019, puis la cure de désintoxication suivie au début de 2023. La chanson agit comme un pansement.

Adèle est une artiste fragile, espiègle et remplie d'amertume. Entre espoirs et amour déchu, elle s'épanche sous des allures positives, même lorsqu'elle reçoit ce « SMS », résumant trois ans d'amour et annonçant une rupture et, dans la foulée, la dernière chanson de la carrière de Videoclub. Une idylle qui prend fin, mais donnera naissance à une carrière tout aussi riche qu'intéressante.

La fan base est bien représentée : les jeunes reprennent aisément chaque refrain. La chanteuse enchaîne sur un titre inédit, « Été avec toi », où sa signature vocale sert un propos destiné aux plus romantiques.

Dans une ambiance euphorique, la demoiselle conclut sur « En boucle », titre paru en 2025 en featuring auprès de GP Explorer et Zamdane. La voix nouée, elle demande si l’être aimé pense encore à elle. Une question demeure : peut-on se remettre de son premier amour ?

Le bateau tangue : il faut virer de bord vers Babord !

Si Suzane a bâti sa notoriété sur un discours engagé et une gestuelle habitée, son passage au Ronquières Festival aura surtout confirmé un déséquilibre : impossible de nier la force visuelle du spectacle, tout aussi impossible d'ignorer sa fadeur musicale.

De son vrai nom Océane Colom, l’Avignonnaise se révèle dès 2019, avant même la sortie de son premier elpee. « Toï Toï » paraît l’année suivante et lui vaut la Victoire de la révélation scène. « Caméo » (2022) confirme ensuite une écriture consacrée aux violences sexistes et sexuelles, à l’homophobie ordinaire et aux assignations de genre. Comme Angèle ou Hoshi, elle appartient à une génération de chanteuses pop qui transforme les planches en espace de témoignage autant qu’en plateau de variétés. Sa récente collaboration auprès de Grand Corps Malade, où elle adopte le point de vue d’un homme le temps d’un slam à deux voix, élargit encore sa notoriété.

Le décor de Ronquières affiche pourtant de l’ambition : une estrade à deux niveaux facilite les déplacements de la chanteuse, sous des rampes LED.

Suzane se produit en compagnie d’une armada de danseuses, toutes coiffées d’une perruque rousse.

Des bandes assurent l’accompagnement musical et laissent la première place à la chorégraphie.

Et de chorégraphie, il en sera question tout au long du set. Sur « Mouvement », « Dégaine » ou « Virile », les corps oscillent entre brusquerie et retenue, comme pris dans des contraintes invisibles ; sur « Champagne », c'est une table installée au centre du podium que Suzane escalade, entourée de ses choristes, pour un moment de satire sociale mordante.

Difficile de contester que la mise en scène, sur le plan strictement visuel, tienne la route ; c'est même là que le spectacle trouve sa vraie cohérence.

Mais le presque sans-faute chorégraphique ne suffit pas à sauver la prestation musicale, restée en net retrait. Le set, sur « Marche ou rêve », « Un sens à tout ça » ou « Au grand jour », peine à convaincre au-delà de l'électro-pop de circonstance ; et si « Je t'accuse » - titre frontal sur les violences sexuelles - ou « T'as raté » cherchent à électrifier le propos, l'ensemble reste froid, sans relief, parfois même soporifique à s’en décrocher la mâchoire.

Alors que « Millénium » esquisse le portrait d'une génération fatiguée et lucide, « Humanoïde » s'en prend au monde algorithmique, « Lendemain de fête » referme le set sur un appel à vivre avant qu'il ne soit trop tard : les intentions sont là, l'exécution beaucoup moins.

Reste que Suzane s'adresse avant tout à sa base, un public acquis d'avance, davantage happé par le geste et le symbole que par l'exigence de l'écriture ou de l'interprétation ; un public qui, précisément, n'attend pas la même rigueur qu'ailleurs.

Gestuelle, générosité et geste politique : Suzane aura eu ce triptyque pour elle à Ronquières. La musique, en revanche, restera à quai.

Et oui, parfois, en festival, la forme l'emporte sur le fond !

Il est un peu moins de 20 heures lorsque Roméo Elvis, enfant prodige du rap belge, foule l’estrade, entre ferveur populaire et ambiguïtés persistantes.

Si la présence de Roméo Elvis sur l'affiche du Ronquières Festival avait de quoi réjouir ses inconditionnels, elle n'a pas manqué de raviver un malaise plus embarrassant. Six ans après avoir reconnu publiquement des attouchements sur une jeune femme dans une friperie bruxelloise - des faits qu'il avait lui-même qualifiés d'inappropriés avant de présenter ses excuses, le rappeur continue de fouler les plus grandes scènes du pays comme si de rien n'était. Un contraste frappant quand on sait qu'ailleurs, l'industrie musicale n'a pas toujours fait preuve de la même mansuétude. Cet été encore, Patrick Bruel a dû renoncer à l'ensemble de ses dates estivales - y compris en Belgique - sous la pression des organisateurs eux-mêmes, tandis que plusieurs DJ techno, dont le Belge Odymel, voyaient leur nom rayé des line-up après des accusations comparables. Deux poids, deux mesures, qui posent une question dérangeante : l'éthique a-t-elle encore voix au chapitre face à la garantie de faire vendre des tickets ?

Ronquières, en tout cas, a tranché : la tête d'affiche a été maintenue envers et contre tout.

Escorté d’un acolyte aux platines, préposé au scratching, Roméo Elvis investit le podium Tribord pour son unique date de l’été.

Dès les premières mesures, un étrange personnage vert, animé et projeté en fond de scène sur l'écran géant, souhaite la bienvenue aux festivaliers massés devant le Plan incliné ; une mise en scène espiègle qui plante d'emblée le décor d'un show pensé comme un spectacle total.

L'entrée est fracassante : « Drôle de question », à la sèche, claque comme une évidence, et confère instantanément à l'artiste une forme d'aura auprès d'un public déjà acquis à sa cause.

La suite parcourt un vaste répertoire. Angèle étant absente ce soir-là, Roméo Elvis confie à la fosse le soin de la remplacer le temps d’une reprise improvisée de « Tout oublier » (2018), extrait de « Brol », premier opus de la chanteuse, couronné notamment par une Victoire de la musique.

Et puisqu'on reste en famille, ou presque, le jeune homme enchaîne avec un « Ceiling » du feu de Dieu — une démarche qui n'a sans doute rien d'anodin, ce titre ayant fait l'objet d'un duo avec le projet pop Oscar and the Wolf, mené par Max Colombie, qui se produira justement plus tard dans la soirée. Sonorités lumineuses, refrain festif, alternance entre anglais et français : le morceau fait mouche.

À travers ce spectacle, les aficionados découvrent un Roméo Elvis entraînant, plein de ressources, et bénéficiant d'un capital de sympathie rarement observé sur les planches de Ronquières.

L'artiste sait aussi se faire touchant : l'hommage à son grand-père disparu, reflété par « 300 (Henri) », déjà interprété lors de sa session live pour Colors, cueille littéralement l'assistance. À la fin du morceau, Roméo Elvis modifie les paroles pour adresser ses adieux à son grand-père, prénommé Henri, alors en fin de vie, confiant au public avoir voulu, par ce geste, lui offrir la plus belle façon de dire au revoir. Le silence qui suit en dit long.

Jusque-là, seule la fan base massée devant le frontstage semble pleinement réceptive. L’artiste change alors de registre et invite un cercle plus large de festivaliers à participer à plusieurs pogos, à condition qu’ils se déroulent dans le respect et la bonne humeur.

Alors que les températures estivales commencent à s'estomper, Roméo Elvis, lui, proclame l'inverse par le biais de « Chaud », dont le refrain entêtant clame une envie de mettre le feu, à qui voudra bien s'y frotter. Le public, à son paroxysme, répond en chœur.

C'est alors que l'artiste choisit d'évoquer la douloureuse période des attentats avec « Morale » (2015), premier jalon d'une trilogie devenue culte aux côtés de « Chocolat » (2019) et « Tout Peut Arriver » (2022). Il y questionne l'état d'esprit, la santé mentale, les remises en question personnelles, les doutes de la jeunesse et la dualité entre choix de vie et conscience, le tout enrobé d'une bonne dose d'autodérision, à l'instar d'un Damso ou d'un Caballero dans leurs moments les plus introspectifs.

Le set s'achève en douceur. Ironie du sort, un Roméo Elvis pourtant au mieux de sa forme referme la boucle sur « Malade », extrait de Chocolat (2019), où il chante, non sans autodérision, le mal de tête que lui inflige cette histoire qui le rend malade. Sympa, en effet. 

Avant de quitter l’espace sous les applaudissements, le Bruxellois annonce à l’auditoire un nouvel opus pour 2027 et confie que Ronquières représente la date la plus importante de sa tournée.

Grâce à son flow hypnotique et ses textes caustiques, dispensés d'un baryton puissant sur un ton nonchalant, le Bruxellois de souche s'est amusé à dévoiler ici et là des pans de vie et des états d'âme que seuls les vrais fans apprécieront, mais qui lui permettent de revenir aux fondamentaux. D'autres y verront plutôt le reflet d'un ego surdimensionné et une forme de narcissisme qui semble bien lui coller à la peau.

Ferveur, énergie et ambiguïté : la Belgique aura, une fois de plus, tout pardonné à son enfant terrible.

Autre lieu, autre style. Hooverphonic au Ronquières Festival, aucun doute, c'est la grâce intacte d'une valeur sûre !

Si une formation résume trente ans d’évolution de la pop belge, c’est sans doute Hooverphonic. Né en 1995 à Saint-Nicolas, le trio d’Alex Callier et Raymond Geerts se forge un nom dès 1996 grâce à « 2 Wicky », titre retenu pour la bande originale de « Stealing Beauty » de Bernardo Bertolucci et présent sur son premier opus, « A New Stereophonic Sound Spectacular » (1996).

Depuis ce trip-hop originel, d’une froideur élégante, le trio évolue vers une pop orchestrale et cinématographique. Plusieurs disques jalonnent ce parcours : « Blue Wonder Power Milk » (1998), « Hooverphonic Presents Jackie Cane » (2002), « No More Sweet Music » (2005) et « Reflection » (2013). « Mad About You » (2000), extrait de « The Magnificent Tree », devient entre-temps un classique transmis d’une génération à l’autre.

Après son passage à l’Eurovision en 2021 pour « The Wrong Place », le combo renoue récemment avec ses racines électroniques grâce à « Fake Is The New Dope » (2024).

À Ronquières, Hooverphonic choisit le dépouillement : décor minimaliste, lumières sobres et peu d’artifices. Des instruments à cordes enrichissent toutefois l’ensemble et soulignent la dimension cinématographique des compositions.

Au centre de ce dispositif : Geike Arnaert, la voix historique du groupe, pour le plus grand bonheur des fans présents ce soir-là. Classieuse, toute de noir vêtue, elle impose d'emblée une présence scénique sobre et magnétique, à des lieues des artifices habituels des grandes scènes de festival.

L'entame, confiée à « 2 Wicky », plante immédiatement le décor feutré du concert. Se succèdent « The Wrong Place », « You Love Me to Death », « Hiding in a Song » et « Anger Never Dies », qui déroulent un fil conducteur tout en contrastes : tantôt lumineux, tantôt sombre, jamais prévisible. « Romantic » et l'incommensurable « Eden » viennent ensuite creuser ce sillon mélodique, avant un sommet suspendu dans le temps : « Vinegar & Salt ».

Le morceau cueille littéralement l'assistance, enrichi par une voix de Geike Arnaert d'une précision inouïe, frôlant par instants l'extinction. Un fragile équilibre, tenu de bout en bout, qui vaut à lui seul le déplacement.

« Jackie Cane » et « The Night Before » relancent la mécanique avant l'un des moments les plus attendus de la soirée : « Mad About You », repris en chœur par un public conquis d'avance. « Badaboum » et « Amalfi » poursuivent sur cette lancée.

« Sometimes » referme doucement la parenthèse avant que « The World Is Mine » ne vienne clôturer le concert sur la note la plus rythmée de la soirée, entraînant un public jusque-là recueilli dans un déhanché collectif et joyeux.

Un set efficace et d’une grande précision.

À l'heure du bilan, difficile de ne pas ranger cette prestation parmi les plus belles de la journée. Grandes envolées, riches contrastes, touches subtiles et mélodie envoûtante : Hooverphonic aura une fois de plus prouvé que la pop peut se faire cinéma sans jamais perdre en intensité.

Sobriété, précision et émotion : la formule, décidément, n'a pas pris une ride.

Last, but not least, Oscar and the Wolf se chargera de l'extinction des feux avant que la musique électronique ne prenne le relais aux quatre coins du site.

Si le loup hurle à la lune avant de chasser sa proie, celui qui gagne le podium de Ronquières semble surtout avoir convié l’orage. En fond de plateau, de gros nuages sombres restent suspendus, contrastant fortement avec la douceur de la soirée d’été.

Max Colombie, à la ville, chanteur de synthpop belge, a toujours eu le sens du contraste : après avoir gravé deux EP remarqués, il sortait en 2014 un premier long playing baptisé « Entity », d'abord au Benelux puis dans le reste de l'Europe. Suivront « Infinity » (2017), « The Shimmer » (2021), puis « Taste » (2024), qui consacrera définitivement l'artiste sur les plus grandes scènes du continent. Sans oublier son featuring avec Roméo Elvis, en huit titres, sur « Jardin », gravé en 2025.

L’introduction distille longuement sa tension avant l’éclatement de l’orage. La foule patiente sous des nappes électroniques croissantes, puis le loup surgit des coulisses et rejoint le devant du podium. Un vaste dispositif lumineux accompagne ensuite chaque silhouette tout au long du spectacle.

« Universe » ouvre les hostilités, suivi de « Dancing Machine » et « Breathing », qui donnent le ton d'un set aussi dansant qu'habité. Alors que « You're Mine » élargit le spectre sonore, « Forever Alone » et « Break Away (Spiral) » referment ce premier chapitre, plus introspectif, plus feutré.

Vient alors l’un des temps forts de la soirée. Max Colombie reprend « Losing My Religion » de R.E.M., pari délicat tant le titre demeure associé à Michael Stipe. Il se l’approprie pourtant par une interprétation intense, tandis que le parterre reprend le morceau en chœur.

La suite déroule « Joaquim », « Nostalgic Bitch » et « How You Disappear », avant un moment que le public espérait sans trop y croire.

À l’approche de la fin du concert, alors que la nuit recouvre le Plan incliné, Roméo Elvis rejoint l’estrade pour un duo sur « Lose My Baby ». Les deux artistes belges, en apparence opposés, trouvent rapidement un terrain commun.

Le set se referme sur une salve de tubes : « Angel Face », « Warrior » - hymne devenu chant de ralliement des Diables Rouges, « Princes », « Fever » et enfin « Strange Entity », qui vient boucler la boucle avec une énergie intacte.

Le loup quitte alors la scène sous une pluie de confettis, laissant derrière lui des nuages qui n'auront finalement jamais menacé que pour mieux électriser la soirée.

Entracte de choix dans la soirée belge de ce vendredi, Oscar and the Wolf aura, une fois de plus, prouvé qu'il n'a besoin ni de longs discours ni d'artifices superflus pour transformer un parterre de festivaliers en meute conquise.

Orage, lumière et confettis : la formule fait mouche, immanquablement.

Globalement, si quelques éléments sont venus entacher la qualité de cette première journée de festival, l'ensemble aura livré des prestations de bonne facture.

Que nous réserve la suite ?

Line up :

Tribord : Clarence Pinko – Adèle Castillon – Roméo Elvis – Oscar & The Wolf

Babord :  St Graal – Suzane – Hooverphonic – Trinix

(Organisation : Ronquières Festival)

Ora Cogan

Concours – 2 x 1 ticket à gagner pour le concert d'Ora Cogan du dimanche 13 septembre 2026 au Botanique à Bruxelles (Rotonde)

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Gagnez 2 x 1 tickets pour le concert d'Ora Cogan le dimanche 13 septembre au Botanique à Bruxelles (Rotonde). Cette chanteuse canadienne développe une musique à la frontière du goth country, du folk brumeux et d’un psychédélisme spectral, où s’entrelacent post-punk, groove et ballades traditionnelles. Les fans de Weyes Blood, Chelsea Wolfe et Emma Ruth Rundle vont adorer ! 

Plus d'infos sur https://botanique.be/fr/concert/ora-cogan-elaine-malone-2026

Comment gagner ces tickets (2 x 1 places) ?

Remplissez le formulaire en bas de la page, répondez à la question en soulignant la bonne réponse copiez et collez-le dans votre réponse et envoyez-le à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

(pas d’attachment, il ne sera pas ouvert)

et répondez à la question avant le 9 septembre 2026

1 seul envoi par participant.

 

Le gagnant sera informé personnellement et recevra son billet par e-mail.

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Quel est le titre du nouvel album d’Ora Cogan ?

 

1 - Hard Headed Woman

2 - Formless

3- Oraculum

 

Prénom :

Nom :

E-mail :

 

 

Phil Campbell’s Bastard Sons

La flamme Campbell continue de brûler…

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Phil Campbell’s Bastard Sons et Rödder au Zik-Zak : la flamme continue de brûler. Cette soirée estivale s’annonce chargée d’émotion. Quelques mois après la disparition de Phil Campbell, guitariste historique de Motörhead, ses trois fils retrouvent les planches sous le nom de Phil Campbell’s Bastard Sons, aux côtés du chanteur Julian Jenkins. Cette tournée permet à la famille Campbell de poursuivre l’aventure et de perpétuer l’héritage rock’n’roll de leur père.

Depuis la disparition de Lemmy et la fin de Motörhead, Phil Campbell n’était pourtant pas resté inactif. Après avoir sillonné les routes sous le nom de Phil Campbell’s All-Stars et figuré à l’affiche de nombreux festivals, la formation était rapidement devenue Phil Campbell and the Bastard Sons. Elle réunissait ses fils Todd à la guitare, Dane à la batterie et Tyla à la basse, ainsi que Neil Starr, un ami de la famille, au chant. Le combo avait publié son premier opus, « The Age of Absurdity », en 2018, puis entrepris une tournée intensive. Campbell avait ensuite sorti le disque solo « Old Lions Still Roar » en 2019, entouré de nombreux invités. En 2020, pendant la pandémie, les Bastard Sons avaient proposé un deuxième long playing, « We’re The Bastards ».

Phil Campbell est décédé le 13 mars 2026, à l’âge de 64 ans, des suites de complications consécutives à une lourde opération.

Rödder chauffe rapidement la salle. À 20 heures, le combo ouvre la soirée par une prestation brève et efficace d’environ trente minutes. Il entre immédiatement dans le vif du sujet et livre un rock énergique, soutenu par des guitares incisives et une attitude en accord avec le programme.

Face à une foule principalement venue retrouver l’énergie brute associée à Motörhead et à la famille Campbell, Rödder remplit sa mission. La formation fait monter la température et prépare le terrain sans ralentir le rythme. Cette première partie directe, dépourvue de longue introduction ou d’artifices, plonge aussitôt la salle dans une atmosphère rock (page ‘Artistes’ ici). 

Vers 21 heures, Phil Campbell’s Bastard Sons investit les planches. Dès les premières mesures de « We’re the Bastards », le ton est donné : guitares puissantes, basse lourde et batterie d’une précision redoutable. Todd Campbell assure les parties de guitare, Tyla Campbell tient la basse et Dane Campbell propulse l’ensemble derrière ses fûts. Au chant, Julian Jenkins trouve naturellement sa place dans cette nouvelle configuration.

L’absence de Phil Campbell reste perceptible, mais le band ne transforme jamais la soirée en cérémonie funèbre. L’hommage s’exprime par la musique, le volume et la volonté de continuer. La manière la plus fidèle de célébrer un homme qui a consacré plus de trente ans à Motörhead consiste sans doute à jouer du rock’n’roll aussi fort que possible.

La setlist associe les compositions des Bastard Sons à plusieurs classiques liés à Phil Campbell. Des titres tels que « High Rule », « Spiders », « Dark Days », « Strike the Match » ou « Maniac » rappellent que la formation possède sa propre identité et ne se réduit pas à un tribute band.

Lorsque retentissent les premières notes de « Going to Brazil », « Rock Out » ou « R.A.M.O.N.E.S. », l’ombre de Motörhead plane sur le Zik-Zak. L’auditoire retrouve une formule éprouvée : riffs simples et ravageurs, rythmique lancée à pleine vitesse et refrains repris en chœur. « Ace of Spades », placé au milieu du concert plutôt qu’en conclusion, provoque l’un des temps forts de la soirée. Le quatuor ne cherche pas à reproduire Motörhead à l’identique ; il conserve l’urgence et l’agressivité qui ont élevé ce titre au rang de classique du rock.

La suite ne faiblit pas : « Born to Raise Hell » précède « Maniac », qui clôt la première partie. À ce stade, le combo concilie le respect de son héritage familial et l’affirmation d’une personnalité musicale plus actuelle.

Le rappel s’ouvre sur « Heroes » de David Bowie. Dans le contexte de cette tournée, le titre acquiert une résonance particulière. Après la déferlante de guitares et de décibels, cette parenthèse mélodique ménage un moment d’émotion et de respiration sans rompre l’intensité de la soirée.

La formation repart ensuite sur « Ringleader », puis assène un dernier coup par « Killed by Death ». La soirée s’achève sur « Motorhead », morceau initialement enregistré par Hawkwind et devenu l’acte fondateur du band de Lemmy. La conclusion ne pouvait guère être plus symbolique : les fils de Phil Campbell terminent leur concert à la source de l’histoire dont ils assurent désormais la continuité.

La relève est assurée. Dans le cadre intimiste du Zik-Zak, la proximité entre les musiciens et la fosse accentue la puissance de la prestation. Réputée pour son acoustique et la faible distance qui sépare les artistes des spectateurs, la salle d’Ittre convient parfaitement à ce rock direct et physique.

Phil Campbell’s Bastard Sons ne cherche ni à remplacer Phil Campbell ni à recréer artificiellement Motörhead. Le combo prolonge plutôt une histoire familiale tout en bâtissant son propre avenir. Todd, Tyla et Dane Campbell poursuivent leur route aux côtés de Julian Jenkins, animés par une détermination évidente.

Au terme de la soirée, une impression domine : la disparition de Phil Campbell laisse un vide immense, mais n’éteint pas la flamme. Ses fils montrent qu’elle brûle encore, nourrie par le respect de son héritage et par une solide dose de décibels.

Verdict : une soirée puissante et émouvante, où l’héritage de Motörhead rencontre l’avenir des Bastard Sons.

(Organisation : Zik-Zak) 

 

 

Dour festival 2026 : dimanche 19 juillet

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Bon nombre de festivaliers anticipent déjà le rush des départs prévu ce lundi. Sacs à la main, certains gagnent leur véhicule dans l’espoir de quitter le site plus calmement. Ils se souviennent sans doute de ces années où il fallait patienter des heures, sous un soleil de plomb, avant de retrouver le bitume.

Votre serviteur doit malheureusement écourter sa journée, pour raison familiale. Dommage, car ce clap de fin aligne encore de belles affiches, dont Ghinzu, The Experimental Tropic Blues Band ou Interpol. Sur le papier, il s’agit même sans doute de la journée la plus riche musicalement.

À la suite de la défection d’Odezene, Eosine se produit à 18 heures. Une bonne nouvelle : programmée en début d’après-midi, la formation aurait probablement attiré moins de monde.

En attendant, cap sur la Boombox pour découvrir Elea.

Jeune pousse de la pop francophone, Elea s’est fait remarquer par des compositions introspectives et une sensibilité artistique immédiate. Entre mélodies accrocheuses et confidences intimes, la chanteuse s’est frayé un chemin jusqu’aux grands festivals, séduisant un auditoire sensible à sa sincérité.

Sous ses airs parfois fragiles, Elea affirme une identité visuelle claire. Sur les planches, elle a enfilé un pantalon trop court, un bonnet qui lui donne un petit côté écolier et, détail plus inattendu, une cravate.

Au fond du podium, son nom s’affiche en grand, ponctué de clins d’œil pleins d’autodérision : un bonnet rose posé sur le ‘E’ et le ‘A’, une cravate sur le ‘L’. Ces signes distinctifs renforcent l’univers graphique de la tournée. La jeune artiste maîtrise déjà quelques recettes du marketing.

Côté line-up, elle est épaulée par un bassiste et un batteur, tandis qu’un DJ, installé au centre de l’estrade, soigne l’habillage sonore et les rythmiques du set.

Dès les premières notes de titres entraînants comme « Nouveau départ » ou « Tout recommencer », le ton est donné. Elea se livre au fil du concert, évoquant auprès de la foule son goût pour la musique classique et Eddy de Pretto. Pour lui rendre hommage, elle interprète une version très personnelle de « Random », exercice qu’elle aborde avec assurance.

C’est toutefois sa reprise de « Creep » de Radiohead qui surprend le plus. Elle y mêle français, anglais et incursions rap dans une version ample, efficace, qui réveille la fosse. La tension grimpe encore au son de « Briller » et de « Passionnée de toi ».

Pour remercier les aficionados venus nombreux, elle présente en exclusivité « Pour moi », un titre inédit annoncé pour le mois d’août. Plus ambiancé et rythmé que ses morceaux habituels, il laisse entendre une orientation plus marquée vers le rap.

Enfin, pour prendre congé de ses hôtes, elle propose une relecture d’un titre de Maître Gims, moins spectaculaire que les moments précédents, mais assez légère pour refermer la prestation sans lourdeur.

L’Atelier accueille ensuite Kaat Van Straelen.

Figure montante du paysage musical, Kaat Van Straelen séduit par un univers situé entre pop organique, mélodies soignées et textes intimistes. Grâce à des compositions ciselées et une présence lumineuse, l’artiste s’est peu à peu imposée sur des affiches plus exposées, affirmant une signature singulière.

Sur les planches, la formule reste épurée, efficace et résolument rock. Le combo réunit un bassiste, une chanteuse, un guitariste et un drummer. Le bassiste, chevelu comme un lion, imprime une présence visuelle sauvage qui contraste agréablement avec la finesse des mélodies.

Devant une salle pleine à craquer, l’échange fonctionne bien. Au fil du set, la formation alterne rythmes accrocheurs et chansons plus douces, mettant en valeur la voix poignante et cristalline de la chanteuse.

Si la connexion semble réelle entre Kaat Van Straelen et la fosse, votre serviteur, lui, n’accroche pas. Une proposition plus appétissante attend peut-être du côté de la Petite Maison dans la Prairie : High Vis s’y colle.

Originaire de Grande-Bretagne, High Vis s’est rapidement imposé parmi les formations marquantes du punk et du post-hardcore actuels. Entre urgence abrasive, mélodies directes et textes ancrés dans la réalité de la classe ouvrière, le band a gagné une solide réputation sur les circuits alternatifs internationaux.

Sur l’estrade, le line-up va droit au but : deux guitares, un préposé au chant et un batteur redoutablement nerveux.

Dès l’intro et le brûlot « Drop Me Out », l’énergie jaillit. Ça part dans tous les sens, et la foule réagit immédiatement. Le combo enchaîne les salves sonores, traversant des morceaux tendus comme « Walking Wires », « Altitude » et l’implacable « Out Cold ».

Le frontman se dépense sans compter, harangue l’auditoire et accentue la tension de chaque titre. À sa droite, le guitariste ne ménage pas non plus ses efforts : ses gestes amples martèlent les accords et donnent du relief à « Mob DLA », « 0151 » ou encore « Guided Tour ».

La tension ne retombe pas lorsque surgissent les riffs incisifs de « Choose to Lose » et la charge de « Mind’s a Lie ».

Guidé par une voix âpre, le set s’achève sur « Trauma Bonds ». La foule ressort secouée, mais convaincue par une prestation viscérale et sans concession. De la rage, de la sueur et peu de place pour le compromis.

Il est 18 heures : Eosine peut entrer en piste.

Lorsque les musiciens d’Eosine grimpent sur l’estrade, on mesure à peine qu’un combo aussi jeune puisse déjà bénéficier d’une telle popularité. Emmenée par Elena Lacroix, à la guitare électrique et au chant, la formation compte quelques EP à son actif, dont « Obsidian » (2021) et « Carolline » (2023), mixés et masterisés par Mark Gardener himself, l’un des chanteurs-guitaristes du légendaire Ride.

Entre dreampop et shoegaze, Eosine esquisse un univers qui évoque Slowdive ou Cocteau Twins, tout en cherchant à s’en distinguer par une couleur sonore propre.

Toute l’équipe est vêtue de blanc. Serait-ce l’immaculée conception ? Elena Lacroix s’installe d’un pas sûr, entourée d’un batteur, d’un second guitariste et d’un bassiste chevronné. Au milieu de cette esthétique vaporeuse, un détail plus décalé attire l’œil : le second guitariste arbore une coupe mulet, touche amusante dans ce tableau soigneusement composé.

La voix peine à se dégager en début de set, mais la chanteuse corrige rapidement le tir et trouve sa place dans le mix.

Entre les morceaux, Elena s’adresse à l’auditoire en français, en néerlandais puis en anglais, chaque fois sans hésitation, ce qui crée une proximité immédiate.

Le combo dégage une belle énergie, taillée pour le live. Dès les premières notes de « Digitaline » ou de « A Scent », la voix laisse entendre des intonations qui rappellent Björk, tandis que les guitares oscillent entre reverb, chorus et delay.

Les compositions flirtent avec une abstraction sidérale et entraînent l’auditoire dans un climat presque cosmique. Le set gagne peu à peu en intensité avant de se refermer sur des vagues hypnotiques, marque de fabrique du combo.

Elena Lacroix manie sa guitare avec précision, tandis que la frappe du batteur alterne souplesse et rigueur.

Eosine signe ainsi un show carré et maîtrisé, confirmant son aisance sur les planches. Vaporeux, précis et cosmique : un triptyque idéal pour clore cette édition.

L’édition 2026 du festival de Dour s’achève ici. Entre le départ de son organisateur historique, Damien Dufrasne, lié au festival depuis 35 ans, un déficit structurel et les stratégies financières des actionnaires, l’édition 2027 pourrait réserver bien des surprises. Et pas forcément les meilleures.

(Organisation : Dour festival)

Dour festival 20026 : samedi 18 juillet

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Et de trois ! Une journée supplémentaire commence à peser dans les guiboles. Même si le site paraît moins étendu cette année, il faut encore avaler pas mal de kilomètres, les podiums restant bien éloignés les uns des autres.

Les températures, plus respirables que lors des deux jours précédents, offrent un vrai répit aux festivaliers.

La journée se place sous le signe de la détente et de la découverte. Votre serviteur file donc vers la Petite Maison dans la Prairie, l’un des hauts lieux du rock, pour y écouter une toute jeune demoiselle du nom de Théa.

Propulsée par une ascension rapide sur le circuit indépendant francophone, Théa s’impose comme une voix singulière, entre urgence punk, esthétique pop et production électronique acérée.

Elle passe sans peine des climats intimistes de « Echo » ou « PTSMR » aux décharges sonores de brûlots tels que « h4rdro0ck3r ». L’autrice-compositrice-interprète s’est taillé une solide réputation sur les planches. Habituée des clubs underground et des tremplins alternatifs qui l’ont aguerrie, elle promène aujourd’hui sa gouaille et sa rage sur les grands podiums de festivals, auprès d’une jeunesse en quête d’authenticité brute.

Sur les planches, le regard accroche d’abord une batterie rose installée au milieu des projecteurs, tandis que les amplis, placés à l’opposé, affichent le même coloris flashy. À les voir ainsi trôner, on croirait presque le matériel sponsorisé par la Commune de Boussu, voisine du festival, dont le rose passe pour la couleur préférée de la Bourgmestre, affectueusement surnommée Barbie dans l’intimité. C’est dire !

Théa ne s’embarrasse pas toujours de délicatesse, et c’est précisément ce qui nourrit sa force. Tandis que résonnent des titres percutants comme « Hannah Montana », « Allo ? C Moi » ou l’euphorique « Enfants D’la Rave », elle livre ce soir « Bby me laisse pas », composition faussement nostalgique traversée par des beats proches de l’électro-rock. Elle n’abandonne jamais son goût pour le récit cru, notamment sous « Anxiolytiques » et son refrain cathartique – On a baisé une dernière fois. C’est fin, c’est frais et ça se mange sans faim.

Entre deux décharges sonores comme « Guillotine » ou l’entêtant « Cavale ! Cavale ! », l’artiste dessine un versant plus nuancé et réellement intéressant.

Ses textes, chargés d’une rage manifeste, parlent à une foule jeune qui semble connaître l’artiste sur le bout des doigts. Elle scande d’un même élan des titres comme « Qui Fera Taire les Kidz Fucked Up ?? », plus portée à vibrer collectivement qu’à reprendre sagement des refrains balisés.

Au cœur de cette déferlante électrique, le set prend soudain une tournure plus intime grâce à « Juste ami ». En version piano-voix, le registre change, et son grain vocal particulier trouve pleinement sa place, laissant entrevoir une fragilité plus directe.

Fidèle à ses convictions et à l’esprit frondeur de ses prestations, l’artiste ponctue aussi son passage de prises de parole antifascistes et antiracistes, qui donnent une autre portée au concert.

Une chose est sûre : le passage de Théa à Dour ne laisse guère indifférent. C’est cru, brut et sincère.

À une encâblure de là, la curiosité de votre serviteur le pousse vers l’Atelier, non pas pour bricoler, mais pour y voir Lézar. Pas l’animal, mais la formation, pardi !

Né dans le bouillonnement du circuit alternatif, Lézar s’est peu à peu faufilé dans le paysage musical en cultivant une esthétique singulière, loin des sentiers battus.

Nourri d’influences éclectiques, le projet s’est structuré au fil des répétitions et des passages locaux, jusqu’à trouver sa place dans l’effervescence de grands rendez-vous comme Dour.

Sur l’estrade, le quatuor réunit guitare, basse, batterie et chant, ce dernier incarné par une chanteuse à la présence affirmée.

L’univers proposé se situe à mille lieues de l’ambiance nerveuse à laquelle votre serviteur venait de s’habituer. Il doit bien se rendre à l’évidence : préférant d’autres horizons, il décide sagement de changer de crèmerie.

Et la déception ne s’invite pas au programme. Bob Vylan constitue sans doute l’une des belles surprises de cette édition 2026.

L’hémicycle de la Petite Maison dans la Prairie affiche complet. Signe que le spectacle annoncé risque de secouer les lieux.

Originaire de Londres, Bob Vylan réunit Bobby au chant et Bobbie à la batterie. À la croisée du punk, du rap et du rock alternatif, le duo s’est rapidement taillé un nom sur le circuit international grâce à des prestations viscérales et à un engagement politique tranché, qui bousculent les codes des grands festivals européens.

Sur le podium, un grand écran occupe l’arrière-plan. S’y succèdent des images de nature et, surtout, des textes politiquement engagés. La configuration s’avère minimale : un chanteur, un batteur et une bande-son percutante, qui renforce les compositions du duo.

La musique de Bob Vylan secoue d’emblée : elle respire une énergie foutraque et nerveuse.

Dès les premières notes de titres comme « We Live Here », « Down » ou l’explosif « GYAG (Get Yourself a Gun) », le ton est donné.

Le frontman, engagé et tendu comme un ressort, ne tient pas en place. Il bouge, sautille sans discontinuer et galvanise la foule au rythme de morceaux incisifs tels que « Makes Me Violent », « Take That », « Northern Line » ou le cynique « Sick Sad World ». Qu’il enchaîne l’urgence de « Ring the Alarm », la lourdeur moite de « Wicked & Bad » ou l’ironie mordante de « Pretty Songs », il occupe l’espace scénique par une intensité constante.

Entre « I Heard You Want Your Country Back » et l’implacable « Hunger Games », on retient aussi l’hommage rendu à Stephen Lawrence.

Pour rappel, ce jeune étudiant noir britannique de 18 ans a été assassiné en 1993 à un arrêt de bus de Londres, lors d’une attaque raciste qui a profondément ébranlé le Royaume-Uni et mis en lumière les failles institutionnelles ainsi que le racisme systémique de la police britannique.

En invoquant sa mémoire, le duo ancre sa prestation dans une réalité historique et militante forte. Rage, mémoire et frontalité : voilà le triptyque Bob Vylan.

Pour terminer cette journée, place aux déjantés de TVOD. Derrière cet acronyme ne se cache pas une chaîne de télévision, mais une bande de joyeux lurons déchaînés dont l’objectif consiste à contenter une foule exigeante musicalement.

Dans la lignée des formations qui raniment l’urgence du rock indépendant, TVOD s’est forgé une solide réputation au fil de prestations intenses. Entre nostalgie vénéneuse, énergie post-punk et tension abrasive, le sextuor s’impose comme une valeur sûre à suivre sur les scènes alternatives européennes.

Sur les planches, le line-up est complet et généreux : une batterie, une basse, deux guitares, un clavier et un chant. Côté style, le frontman annonce la couleur grâce à un t-shirt jaune à manches longues flanqué du logo Martini, clin d’œil rétro assumé qui donne le ‘la’ de la performance.

La formation délivre une sonorité héritée des années 80-90. Dès que résonnent « Uniform », « Pool House » ou l’implacable « Car Wreck », les guitares suintent la distorsion et le batteur claque ses baguettes sur les fûts par une précision rageuse, rappelant la grande époque des vieux briscards du rock.

Mais les frasques survoltées du chanteur justifient à elles seules le détour et propulsent le show dans une zone délicieusement foutraque. Il court, hoche la tête frénétiquement et sautille sans répit sur des salves sonores telles que « Super Spy », « MUD », « Ex-Boyfriend Beat » ou le cinglant « Clorox ». Entre deux accélérations sauvages comme « Pilots », « Rerun » ou le percutant « PIT », il mène la danse de bout en bout, pour le plus grand bonheur des aficionados massés au pied du podium.

Alors que la tension grimpe au son de « Meetings », « Wet Brain », « Wells Fargo » et de l’hymne incandescent « Party Time », le set s’embrase pour de bon.

Sous les vagues sonores hypnotiques de « Alien » et de l’entêtant « Mantis », les musiciens finissent par emboîter le pas de leur gourou. Dans un élan collectif, la troupe entière s’abandonne à un final où elle s’écroule sur les planches, couchée au sol et happée par la transe.

Nostalgie, transe et sueur : TVOD vient à bout des derniers organismes encore debout.

Plus rien de vraiment apaisant n’apparaissant au menu, votre serviteur préfère tourner les talons et parcourir les quelques kilomètres qui le séparent de son cocon.

(Organisation : Dour festival)

Dour Festival 2026 : vendredi 17 juillet

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Hormis la tête d’affiche du jour, aucun nom de l’affiche ne parlait vraiment à votre serviteur. Tant mieux : c’est souvent dans ce genre de brouillard que son flair aime s’aventurer.

Direction la Petite Maison dans la Prairie, où le nez le mène tout droit vers Yoa.

En quelques années, Yoa s’est imposée parmi les nouveaux visages de la pop française. Après une poignée d’EP, la chanteuse franco-suisse a publié en janvier 2025 son premier long playing, « La Favorite », disque très personnel où elle aborde la santé mentale, les relations amoureuses, les violences sexuelles et l’identité. Cette progression rapide lui vaut, en 2025, la Victoire de la Musique de la Révélation Scène.

C’est autour de cet opus qu’elle pose pour la première fois le pied à Dour. Elle aborde l’exercice dans une décontraction communicative, à l’aise devant une foule qu’elle doit pourtant encore convaincre en partie.

Avant le concert, elle fixe une règle simple : le respect demeure la base de toute prestation. On aime ou on n’aime pas ; si la proposition ne convient pas, il suffit de partir.

La remarque prend tout son sens dans un festival comme Dour, dont la diversité de programmation permet à chacun de trouver chaussure à son pied parmi les podiums et les univers les plus variés.

Dès les premières minutes, la chanteuse impose une présence singulière, soutenue par une voix profonde qui tranche avec l’image fragile et aérienne que son univers pop électronique pourrait laisser supposer.

Sur les planches, Yoa est rejointe par deux danseuses. Le trio compose rapidement un ensemble cohérent, les trois artistes évoluant en réelle harmonie. La synchronisation réussie des danseuses prolonge les morceaux plutôt qu’elle ne les illustre platement. Le mouvement devient une composante du spectacle et lui apporte une dimension visuelle inattendue.

C’est ce caractère surprenant qui frappe surtout. Yoa ne se limite pas à aligner ses titres. Le set joue sur les contrastes, entre chansons douces, presque intimistes, et morceaux plus dansants, nourris d’électronique. Cette alternance évite au concert de s’installer dans une seule ambiance et révèle plusieurs facettes de son univers.

Parmi les titres interprétés, « 2013 » s’inscrit pleinement dans cette proposition à la fois personnelle et contemporaine. Yoa chante exclusivement en français, plaçant ses textes au cœur d’un spectacle où musique, voix et chorégraphie dialoguent en permanence.

La prestation aurait toutefois gagné en crédibilité par une prise de risque vocale plus marquée. Yoa chante sur bande-son, choix qui laisse une légère frustration au regard de la qualité de sa voix et de la maîtrise de son univers scénique. Cette voix profonde mériterait un dispositif live plus affirmé. Le contraste entre cette présence vocale singulière et l’usage d’une bande enregistrée donne parfois l’impression que le spectacle aurait pu franchir un cap.

Reste une première apparition à Dour convaincante. À l’aise devant l’auditoire, soutenue par deux danseuses parfaitement calées et capable de passer naturellement de la douceur à des rythmiques plus dansantes, Yoa propose un spectacle équilibré. Il confirme surtout que son univers ne se limite pas à une pop électronique introspective : sur podium, l’artiste entend aussi mettre les corps en mouvement, sans renoncer à la sensibilité qui constitue l’une de ses forces.

Toujours à la Petite Maison dans la Prairie, changement radical d’ambiance pour le show de Peaches.

La Canadienne, figure incontournable de l’electroclash et de l’electropunk depuis le début des années 2000, s’est bâti une réputation internationale grâce à une musique provocante, décomplexée, et à des performances qui brouillent les frontières entre concert, geste artistique et cabaret. Par son nouvel opus, « No Lube So Rude », elle prolonge son travail autour du corps, de l’identité et des normes sociales.

Autant le préciser d’emblée : Peaches n’a pas choisi la demi-mesure.

Dès son entrée sur les planches, le ton est donné. La chanteuse transforme presque chaque chanson en nouveau tableau. Pratiquement chaque titre s’accompagne d’une tenue différente, faisant basculer le concert vers un défilé surréaliste. Cette succession de costumes participe à la volonté de surprendre, de provoquer et de jouer sur les codes.

À ses côtés, deux danseuses aux allures volontairement ambiguës complètent le dispositif. Corps, costumes et accessoires brouillent les repères et rendent difficile la distinction entre les identités et les genres représentés. Peaches entretient elle-même ce flou, laissant planer le doute sur ce qu’elle souhaite donner à voir. La surprise, elle, tient bon jusqu’au bout.

Les deux comparses se livrent à des chorégraphies physiques, laissant les corps s’exprimer hors des conventions. La synchronisation entre les trois artistes fonctionne particulièrement bien et donne au spectacle une cohérence visuelle nette. Peaches et ses deux partenaires forment un véritable trio, où la danse pèse autant que la musique.

C’est là que réside la force de cette prestation. Une fois encore, le recours à une bande-son trouble pourtant légèrement l’ensemble. Comme pour Yoa, le spectacle aurait sans doute gagné en impact par une interprétation live. La présence scénique de Peaches, son expérience et sa capacité à capter l’attention auraient pu soutenir un dispositif musical plus organique.

Le volet visuel prend toutefois vite le relais. Impossible de décrocher les yeux de l’estrade. Chaque morceau apporte son lot de surprises, de changements d’apparence et de situations décalées. On ne sait jamais vraiment ce qui va arriver ensuite, et c’est précisément ce qui tient la foule en haleine.

Le set cherche clairement à provoquer le rire ou le choc. Peaches travaille cette frontière sans choisir totalement son camp. Elle provoque, amuse, interpelle et pousse l’auditoire à s’interroger sur ce qu’il regarde. Le corps devient outil artistique, terrain de jeu et parfois arme de provocation.

Musicalement, le personnage central évoque un improbable croisement entre Nina Hagen et Anne Clark. De la première, elle retient cette capacité à repousser les limites de la performance et à transformer l’extravagance en langage artistique. De la seconde, elle conserve cette froideur électronique et cette manière d’utiliser le corps comme instrument au service d’une musique qui ne cherche pas forcément à séduire.

Le résultat tient autant de la performance artistique que du spectacle musical. Peaches ne vise pas la prestation conventionnelle : elle impose son univers, ses codes et ses ambiguïtés. Si l’absence de véritable interprétation live laisse un léger goût d’inachevé, la richesse du dispositif visuel et la complémentarité entre la chanteuse et ses deux danseuses maintiennent l’attention.

Dans l’enceinte de la Petite Maison dans la Prairie, Peaches livre finalement un show à son image : provocateur, déroutant, drôle, parfois déstabilisant, impossible à enfermer dans une case. Un spectacle où l’on hésite entre rire, surprise et simple abandon au mouvement.

Votre serviteur se poste ensuite face à la Main Stage, coincé parmi une brochette de jeunes gaillards qui ne doivent pas dépasser la vingtaine, pour y (re)voir Orelsan.

Le rappeur caennais n’est plus vraiment à présenter. Depuis ses débuts à la fin des années 2000, Orelsan s’est imposé comme l’une des figures majeures du rap français. De « Perdu d’avance » à « Civilisation », en passant par « Le Chant des sirènes » et « La fête est finie », il a bâti une carrière jalonnée de succès populaires, de textes générationnels et d’une capacité rare à faire évoluer son personnage sans perdre son identité. Ses disques l’ont porté bien au-delà du seul cercle rap, jusqu’à en faire l’un des artistes francophones les plus populaires de sa génération.

Le frontman débarque soutenu par une machine scénique parfaitement huilée. Le concert se construit comme une succession de chapitres, autant de séquences qui structurent la progression du spectacle et de la narration. Cette architecture permet à Orelsan de naviguer entre différentes ambiances et plusieurs périodes de sa carrière, tout en conservant un fil conducteur.

Les chorégraphies témoignent d’un vrai travail de mise en scène. Les mouvements s’enchaînent précisément, tandis que l’écran géant installé en fond de plateau diffuse des visuels qui renforcent l’atmosphère de chaque morceau. L’ensemble apparaît spectaculaire, millimétré et pensé dans le détail.

Le concert démarre par « Yoroï », avant « Basique », qui plonge immédiatement la fosse dans l’univers du rappeur. « La Quête », « Le Pacte », « Plus rien », « Ailleurs » et « Boss » installent ensuite progressivement la dynamique du set.

Orelsan alterne les titres issus de ses différentes périodes, faisant voyager l’auditoire dans une discographie désormais particulièrement riche. Le medley « Pour le pire / Jimmy Punchline / Le Chant des sirènes / À l’heure où j’me couche / La pluie / Rêves bizarres » revisite plusieurs morceaux emblématiques, avant « Encore une fois » et « Défaite de famille ».

Le spectacle ne manque pas de moments forts. « Oulalalala », « L’odeur de l’essence », « Tellement d’amis », « Du propre » et « SAMA » maintiennent la pression, tandis que « Soleil levant », « Les Monstres » et « Athéna » apportent d’autres nuances à un set qui joue constamment sur les contrastes.

La foule connaît les paroles et ne se prive pas de le signaler. Orelsan peut compter sur une armée de fans qui reprend les morceaux à ses côtés et transforme la Main Stage en gigantesque karaoké. Le rappeur, lui, se dépense sans compter : il court, saute, harangue l’auditoire et multiplie les déplacements, comme s’il cherchait à repousser ses propres limites.

La dernière partie du concert s’articule autour de « Jour meilleur », « Épiphanie » et « La Terre est ronde », offrant une conclusion plus apaisée après un spectacle mené tambour battant.

Et pourtant, malgré cette énergie, quelque chose semble manquer. Orelsan se dépense sans compter, mais le spectacle paraît par moments si calibré, si maîtrisé, qu’il perd un peu de spontanéité. Tout est là : chorégraphies, écrans, effets visuels, scénographie et artiste infatigable. Derrière cette impression de perfection, il manque peut-être un supplément d’âme. Et la vieille bagnole posée sur les planches, depuis laquelle il se poste parfois pour chanter, ne change pas vraiment l’affaire.

Le contraste frappe d’autant plus que la discographie d’Orelsan repose largement sur une écriture personnelle, parfois intime, souvent introspective. Sur podium, cette dimension semble par moments reléguée derrière une production spectaculaire qui privilégie l’efficacité.

Le pari reste largement réussi sur le plan du divertissement. Le spectacle est solide, professionnel et visuellement impressionnant. Orelsan maîtrise les codes de la grande scène et sait comment entraîner une foule venue avant tout pour lui.

Cette foule, justement, était particulièrement dense. Le parterre, pris d’assaut par les fans du rappeur, chantait chaque refrain, reprenait chaque punchline et célébrait son idole.

Orelsan aura donc livré un spectacle sans faute technique majeure, soutenu par une scénographie ambitieuse et une énergie communicative. Un show efficace, même si, derrière cette machine parfaitement réglée, on aurait aimé retrouver davantage de cette part intime qui nourrit la richesse de l’artiste.

Avant de filer vers ses pénates, votre serviteur s’offre un dernier détour dans l’hémicycle de la Petite Maison dans la Prairie, pour y attraper le spectacle d’Oklou, alias Marylou Mayniel, productrice, chanteuse et compositrice française peu à peu imposée comme l’une des figures singulières de la nouvelle pop électronique.

Après plusieurs projets, dont la mixtape « Galore » en 2020, elle franchit une nouvelle étape par « choke enough », son premier véritable disque studio, sorti en février 2025. L’opus confirme son goût pour les atmosphères éthérées et les expérimentations électroniques, quelque part entre ambient, pop rêveuse et pulsations club.

À Dour, Oklou vient précisément défendre cet univers particulier, difficile à enfermer dans une catégorie. La Petite Maison dans la Prairie se transforme alors en bulle hors du temps, loin de l’agitation des autres podiums. La prestation cherche davantage à installer une atmosphère qu’à provoquer une déferlante d’énergie.

Oklou impose rapidement une présence retenue. Sa voix fragile et délicate se pose sur des nappes électroniques qui confèrent au set une dimension presque irréelle. Ici, pas question de chercher l’efficacité immédiate ni de multiplier les effets spectaculaires : tout se joue dans les textures, les nuances et les silences.

La musique flotte entre deux mondes. D’un côté, des compositions intimes et cotonneuses qui invitent à l’introspection ; de l’autre, des rythmiques plus électroniques rappelant les origines club de l’artiste. Ce contraste constitue l’une des forces de son univers et évite au concert de sombrer dans la monotonie.

Il faut pourtant accepter de se laisser porter. Oklou ne livre pas un spectacle construit autour d’une succession de tubes destinés à faire chanter la foule d’un festival. Son approche est plus sensorielle. Elle demande au spectateur de prendre le temps d’entrer dans son univers, de se laisser absorber par ces sonorités parfois étranges, parfois mélancoliques, mais toujours travaillées.

Cette proposition peut dérouter dans le contexte de Dour. Là où certains podiums cherchent à faire exploser les corps, Oklou semble plutôt vouloir les suspendre. Son concert fonctionne comme une parenthèse, une respiration au milieu du tumulte.

L’auditoire de la Petite Maison dans la Prairie semble progressivement se laisser gagner par cette atmosphère. Les compositions prennent une dimension immersive et esquissent un langage sonore propre à l’artiste.

C’est peut-être là que réside la singularité d’Oklou. Là où la pop électronique contemporaine cherche souvent à impressionner par la démesure, elle choisit la suggestion, voire l’intuition. Ses morceaux progressent par petites touches, construisant des paysages sonores dans lesquels la voix se fond plutôt qu’elle ne s’impose.

La prestation ne cherche donc pas à conquérir Dour par la force, mais plutôt à l’apprivoiser. Oklou propose une expérience musicale délicate, expérimentale et profondément personnelle, qui confirme la place particulière qu’elle occupe aujourd’hui dans le paysage électronique français.

À la Petite Maison dans la Prairie, la Française aura finalement offert un moment suspendu, quelque part entre rêve éveillé et réalité numérique. Le concert ne se donne pas immédiatement, mais gagne à être appréhendé comme une immersion. Dans le tumulte d’un festival comme Dour, cette capacité à créer une véritable bulle sonore constitue déjà une forme de réussite.

Un moment dense, traversé d’une intensité discrète. Une seconde journée qui s’achève dans l’amour. C’est aussi ça, Dour !

(Organisation : Dour Festival)

Dour festival 2026 : jeudi 16 juillet

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Pour sa 36e édition, le Dour Festival n’a pas seulement revu sa programmation : il a aussi repensé une partie de son architecture. Six espaces thématiques — Last Arena, De Balzaal, Boombox, PMP, Dub Corner et L’Atelier — ont redessiné la circulation sur le site, tandis qu’une journée d’ouverture inédite, « The Opening », lançait les festivités dès le mercredi, quatre podiums déjà en activité. Une entrée en matière destinée aux habitués, le temps de prendre ses repères.

Côté logistique, l’organisation a revu le dispositif de parkings et de navettes : quatre zones de stationnement, reliées notamment depuis Anderlecht, Berchem, Hal, Vilvorde, Malines, Nivelles et la gare de Quiévrain. Depuis le 1er mars, la TVA sur les nuitées est passée de 6 à 12 % en Belgique, une décision gouvernementale susceptible de peser sur la formule camping, pilier économique du festival. Le secteur événementiel doit désormais composer avec des marges toujours plus étroites.

Le sold-out n’a pas été atteint cette année, sans doute en raison de coûts élevés et d’une affiche moins riche que lors des éditions précédentes. Mais au-delà des chiffres et des plans de site, la même faune continue de donner à Dour sa texture singulière. Ici, la mode n’obéit à aucune règle : déguisements improbables, tenues bricolées la veille au fond d’une tente, looks proches du dénuement complet, le tout dans une indifférence générale. N’y mettez pas bobonne, elle y perdrait son dentier !

Le site semble ainsi échapper aux codes vestimentaires habituels, comme si la plaine douroise devenait, pendant cinq jours, un territoire soustrait au regard extérieur. À intervalles réguliers, où que l’on se trouve, jaillit le cri de ralliement devenu totem sonore : un ‘Dourrreeeehhhh’ » lancé à pleins poumons, repris d’un espace à l’autre, rappelant que malgré les nouveaux podiums et les parkings réorganisés, l’essentiel demeure : cette communion chaotique propre au festival.

Après environ quarante-cinq minutes de marche sur les terres douroises, votre serviteur atteint enfin le site sous un soleil de plomb. Direction la Last Arena, espace principal planté face au VIP. À cette heure de l’après-midi, la foule reste clairsemée. C’est YĪN YĪN qui ouvre le bal.

Les membres de YĪN YĪN sont d’abord des gens de la nuit. Leur amitié s’est construite sur le terrain, au fil de soirées DIY qu’ils organisaient avant même d’envisager de monter une formation. Le déclic survient lorsque Yves Lennertz et Kees Berkers enregistrent une cassette inspirée des musiques du sud et du sud-est asiatique. Le duo s’installe, entouré d’une montagne d’instruments, dans un local de répétition loué près de Maastricht, puis y grave plusieurs morceaux en trois jours.

Pour donner vie à ces titres sur les planches, les deux musiciens sollicitent des amis le temps d’un concert. Ce soir-là, le duo devient quatuor, rejoint par Remy Scheren à la basse et Robbert Verwijlen aux claviers. Cette spontanéité, née de l’urgence et de l’amitié plutôt que d’un calcul de carrière, restera la marque de fabrique du combo en studio comme en répétition. YĪN YĪN puise aussi son énergie dans les concerts : le contact direct auprès de l’auditoire nourrit un son pensé pour mettre les corps en mouvement.

Au fil du temps, la formation a enrichi sa palette, intégrant davantage de samples, de boîtes à rythmes et de synthétiseurs. Le line-up a évolué : Yves Lennertz a cédé la guitare à Erik Bandt en 2023, avant que Jérôme Scheren ne succède à Robbert Verwijlen aux claviers début 2025. C’est donc l’équipe actuelle — Kees Berkers, Remy Scheren, Erik Bandt et Jérôme Scheren — qui s’est produite à Dour, fidèle à l’esprit fondateur tout en affirmant une identité sonore renouvelée.

Sur le papier, YĪN YĪN tient du pari improbable : un quatuor néerlandais de Maastricht nourri au psych-rock thaïlandais des années 60-70, relevé de funk, de disco et d’expérimentations électroniques. Sur le podium, ce grand écart trouve d’abord sa logique. Le band montre pourtant vite ses limites. Privé de chant, le set repose entièrement sur l’échange instrumental entre section rythmique, riffs de guitare précis et nappes de synthés. Le groove ne relâche jamais la pression et installe une atmosphère hypnotique, mais son caractère répétitif finit par désarçonner.

En fond de plateau, un écran géant diffuse des images dominées par un rouge omniprésent, sans véritable fil conducteur. Surtout, aucune interaction ne vient rompre la distance : pas un mot, aucun regard appuyé vers l’auditoire, comme si la formation jouait pour elle-même. Le résultat laisse une impression paradoxale : une musique fascinante dans l’idée, maîtrisée techniquement, mais plus adaptée à une écoute solitaire, , verre de whisky dans une main et joint dans l’autre qu’à l’électrisation d’un champ de festival un jeudi soir.

Puisque Dour reste le terrain de la découverte, cap sur la Petite Maison dans la Prairie pour écouter Quentin Lepoutre, alias Myd, musicien, producteur et ingénieur du son français. S’agissant d’un set purement électronique, votre serviteur n’y restera guère plus de dix minutes avant de chercher une matière plus organique à la Boombox, où se produisent Scylla & Furax.

Derrière Scylla se cache Gilles Alpen, rappeur, slameur et poète belge dont la voix rauque et l’écriture affûtée ont marqué le rap francophone. Originaire de Drogenbos puis installé à Forest, il découvre l’écriture à l’adolescence, refuge qui deviendra sa voie. En 2002, il fonde le collectif OPAK auprès de Karib, L’AB7, Masta Pi et DJ Alien. Deux disques collectifs posent les bases : « L’Arme à l’œil » (2004) et « Dénominateur commun » (2006). Sa carrière solo démarre en 2009 par l’EP « Immersion », puis s’affirme avec « Abysses » en 2013, opus salué par la critique et classé 7e de l’Ultratop belge.

Sa collaboration auprès du pianiste Sofiane Pamart donne naissance à « Pleine Lune » et « Pleine Lune 2 », où rap et musique classique cherchent un équilibre entre puissance brute et contemplation. En 2025, il s’associe à Furax Barbarossa pour « Portes du désert », prélude à une tournée commune. Le duo opte ici pour un dispositif minimaliste : l’un au chant, l’autre au son, une configuration qui laisse toute la place à l’écriture et au dialogue des deux voix. Cette sobriété convient à un rap français qui n’a pas besoin d’artifices pour exister.

C’est pourtant là que le bât blesse. Entre Scylla, Bruxellois à la voix grave, et Furax Barbarossa, Toulousain au flow tranchant, les codes du genre s’enchaînent sans grande surprise. Dans les textes comme dans la gestuelle, les poncifs reviennent : mains levées pour faire répondre l’auditoire en chœur, punchlines calibrées pour déclencher l’ovation, postures de défi face à la fosse et vocabulaire scénique déjà connu des amateurs. La recette fonctionne malgré tout. Le public, nombreux devant la Boombox, suit le duo, reprend les refrains et scande les couplets les plus connus.

Scylla et Furax Barbarossa parviennent ainsi à fédérer une foule conquise d’avance, la gardant dans leur poche du premier au dernier titre. La preuve qu’une écriture solide et une complicité de plateau bien rodée suffisent parfois à emporter l’adhésion, même lorsque la surprise manque.

La Main Stage entre ensuite en effervescence : Zwangere Guy s’apprête à livrer un set appelé à marquer cette journée et probablement déjà le festival. Né à Anvers, l’artiste s’est imposé au fil des années comme l’une des figures les plus singulières du rap flamand, grâce à une plume affûtée et un franc-parler sans filtre. De ses débuts sur les planches anversoises à des collaborations qui ont dépassé les frontières linguistiques du pays, il a bâti une trajectoire qui l’amène aujourd’hui bien au-delà du seul auditoire néerlandophone.

Sur scène, l’homme attire l’attention, vêtu d’une étonnante tenue verte qui tranche sur le reste de l’affiche. Il est épaulé par deux comparses affairés aux machines, façonnant en direct la matière sonore du set. Ce qui frappe surtout, c’est sa gymnastique linguistique : Zwangere Guy passe du flamand au français, qu’il maîtrise impeccablement, puis à l’anglais, changeant de langue au gré des morceaux afin que le plus grand nombre puisse le suivre.

Certaines compositions mêlent d’ailleurs langue de Molière et de Vondel, matérialisant sur disque cette porosité linguistique qu’il pratique déjà sur les planches. Un compromis à la belge, en somme. Le public flamand s’est déplacé en nombre pour soutenir son artiste. Et pour cause : il rappelle lui-même qu’il s’agit de la première invitation d’un artiste flamand sur l’affiche de Dour. La démarche vise clairement à rallier la foule à sa cause. C’est aussi sa septième apparition sur le site, mais la toute première sur la Main Stage, progression qu’il dit vivre avec fierté.

Il confie vouloir écrire davantage en français, tout en évoquant certaines craintes face à une concurrence déjà bien installée, de Damso à Orelsan en passant par d’autres poids lourds du genre. Cette réserve paraît pourtant peu fondée : la langue de Molière lui convient et pourrait lui ouvrir les marchés francophones, donnant à sa musique une résonance plus large.

Il faudra attendre la fin du set pour entendre une bonne vieille guitare électrique s’inviter dans le mix, preuve qu’instruments organiques et rap peuvent encore cohabiter. Le concert se révèle solide, stimulé par des morceaux énergiques et une fosse très réceptive : une belle surprise de cette édition 2026. Même lorsque l’idiome empêchait de saisir tout le propos, on percevait un artiste enragé face à certaines idéologies politiques, exprimant plus clairement, à d’autres moments, son aversion pour la droite et les fascistes.

Cette première journée s’achève donc en demi-teinte, oscillant du médiocre au très bon. Un peu comme le climat belge, capable de traverser plusieurs saisons en une seule journée.

(Organisation : Dour festival)

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