Digne représentant de la scène glaswégienne, Camera Obscura voit le jour dans la capitale écossaise, en 1996. Le groupe présente nombre de points communs avec Belle and Sebastian, formation à laquelle la presse l’associe fréquemment en raison de leur identité géographique, temporelle et musicale. Tous deux formés à Glasgow en 1996, ils partagent le même référentiel musical. D’ailleurs, Stuart Murdoch soutiendra régulièrement ses compatriotes britanniques.
Camera Obscura nous livre ici son quatrième album. Il a été enregistré en Suède, sous la houlette du producteur Jari Haapalainen (Ed Harcourt, Peter, Bjorn & John, The Concretes, ...) Il s’agit de leur premier elpee signé pour 4AD. A l’instar de nombreux artistes, Tracyanne Campbell, leader du groupe, nous dépeint ce dernier opus comme le plus abouti du quintette écossais : ‘I truly believe it’s the best we’ve done so far’.
"My Maudlin Career" est pure poésie vêtue d’un souffle passionnel.
Grâce à cet album Tracyanne Campbell exorcise ses peurs et quitte les eaux troubles des amours marécageuses. Son univers tissé de sentiments ombragés, éphémères et destructeurs se dissout dans un océan plus limpide. Les replis de la nuit intérieure s’estompent. Le visage lumineux de Tracyanne quitte alors la chambre noire de son existence et se projette sur les onze microsillons en vinylite.
La jeune auteur/compositeur/interprète vainc sa fragile timidité et s’ouvre sur un monde innocent d’amour. Car vous vous en doutez, le quatrième opus de Camera Obscura est ‘purely about love’. Tracyanne Campbell est amoureuse et nous le murmure délicatement tout en manifestant beaucoup de pudeur. Ses fleurs-pop bluettes touchent au cœur sans tomber dans le piège de la mièvrerie. Seul l’amour rend la vue et elle voit sans nuages. Le romantique désabusé appréciera certainement la plume habile de la jeune Ecossaise.
Quelquefois, Camera Obscura garde cependant sa nature profonde et barbote encore dans les eaux noires de ses influences initiales : Nico et le Velvet Underground. « You Told A Lie » est d’ailleurs inspiré de Lou Reed. Simple hasard ou choix délibéré, le dernier album de la chanteuse Nico s’intitule tout naturellement « Camera Obscura ». Les stigmates demeurent et les cinq Ecossais voyagent encore entre optimisme et pessimisme, romantisme et drame.
Malgré « The Sweetest Things » et « Told you a lie » qui s’ouvrent à de nouvelles histoires d’amour aux mélodies heureuses et ensoleillées, les cicatrices du passé s’inscrivent naturellement sur des mélodies plus sombrement romantiques comme « Careless love » ou « Forest and sands ». Les deux premiers titres cités et « French Navy » rendent ouvertement hommage aux Ronettes (girl group américain des années 60) et, plus largement, au travail de Phil Spector. « Honey in The sun » résume relativement bien le ton général de l’album : des chansons radieuses sur des sujets doux-amers. Même lors de ses joies intenses, les démons de Tracyanne ne rôdent jamais très loin et chantent le reflet de son triste amour de la vie.
A travers ses histoires et confessions –exercice proche du journal intime–, la voix aux doux accents glaswégiens de Tracyanne Cambell nous invite vers son ailleurs désormais plus calme aux brillances acoustiques proche de l’univers de Kings of Convenience. Quelques élans d’optimisme qui s’effondrent soudainement. Puis, des instants de réflexion inquiète, des interstices imprégnés de doutes, de regrets, de solitude sur « Away with Murder ». Compréhension de la mélancolie proche de celle de Mazzy Star. En constante douleur existentielle du bonheur, la jeune Ecossaise souffle le chaud et le froid tout au long du « French Navy » voyage. La très belle ballade « James », morceau atypique, en est l’expression.
Maudlin Career aux mélodies sophistiquées, aux orchestrations discrètes présente une pop amoureuse aux ballades romantiques –proches de celles de Band of horses– qui déshabille subtilement la douce mélancolie de l’amour. Le poète-dramaturge Florian ne disait-il pas ‘Plaisir d’amour ne dure qu’un moment. Chagrin d’amour dure toute la vie’ ? Tracyanne Campbell illustre cette maxime avec talent.