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Carl Roosens

La Paroi de ton Ventre

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Mais que se cache-t-il au sein des étranges boîtes de Carl et de ses mystérieux acolytes masculins ? Un léger voile avait été levé lors de leur très belle prestation accordée lors des dernières Nuits Botanique. Mais ce nouvel elpee nous procure une réponse plus plausible à nos questions. 

En 2008, Carl Roosens avait publié « Où Poser des Yeux ? », une première collection d’histoires sombres relatant le destin de personnages détraqués voire inadaptés, contées avec un sens inné de la poésie du désespoir. Sur « La Paroi de ton Ventre », le jeune Belge poursuit son chemin en compagnie de ses vaillants Hommes-Boîtes. Un nom inspiré d’un héros mis en scène par l’auteur japonais Kôbô Abé qui, réfugié dans une boîte à carton, observe la société au sein de laquelle il est censé vivre. Une description qui sied à merveille aux textes subtils et éclairés de Carl. A l’aide de Noza et de son groupe, le Belge parvient à créer une atmosphère belle et dérangeante à la fois, entre beats neurasthéniques (« Perdre la Langue »), envolées légèrement noisy (« Noyau »), lyrisme d’un orchestre désespéré (« Autour du Lac ») et percussions arythmiques (« Caméra Froide »). Dans un registre vocal proche du Slam de Grand Corps Malade mais avec la radicalité des textes de Michel Cloup ou de Mendelson… Déprimant, ténébreux et mélancolique, son hip-hop nous plonge dans un univers décalé et unique, au sein duquel il est bon de se perdre, mais pas trop longtemps sous peine de ne pas en revenir…

Le 22 juin aux Fêtes de la Musique à Namur et Charleroi.

 

Carl Roosens

Un mix entre réalité, souvenirs et imaginaire…

Écrit par

Carl Roosens est un artiste multidisciplinaire. Il se consacre à l’illustration, la gravure, la vidéo, le dessin animé et la musique. Et parfois, ces différents projets sont liés. Il aime aussi raconter des histoires. Son dernier album, « La paroi de ton ventre », pourrait d’ailleurs servir de conte pour adulte. Ou plutôt de recueil de contes pour adulte. Il puise son inspiration dans son imagination, pour écrire ses lyrics. Mais comme quelqu’un qui se serait enfermé dans une boîte en carton, pour regarder le monde qui l’entoure, à travers une petite ouverture. Carl a donné un nom à son backing group : Les Hommes-Boîtes. Faut dire que l’intéressé aime s’entourer pour exercer son art. Et sait aussi choisir ses collaborateurs. A l’instar de Noémie Marsily en compagnie de laquelle il réalise des films d’animation. Ainsi « Caniche » a récolté toute une série de distinctions, et plus récemment le clip « Autour du lac » a été sélectionné au Festival International du film d’animation d’Annecy et a déjà enregistré plus de 25 000 vues sur le net (voir ici ). On se demande même si Carl a encore le temps de dormir. Il s’explique…

Oui, bien sûr. Et puis je ne suis pas seul. Mes collaborations sont multiples. Pour enregistrer l’album nous avons bossé à cinq-six ! Le clip « Autour du Lac » a été réalisé en compagnie de Noémie Marsily. J’aime beaucoup travailler en équipe. Cette méthode apporte de l’énergie. Et te pousse toujours dans différentes directions, car en solitaire, tu peux parfois tomber dans certains pièges, et notamment la répétition. Je pense que c’est ce qui me permet d’avancer et me donne l’envie de toucher à tout.

Quel est votre objectif ? Vous servir du dessin animé pour sonoriser votre musique ou utiliser votre musique pour illustrer vos dessins animés ?

Ce sont deux projets différents. Par exemple, en compagnie de Noémie Marsily, nous réalisons des courts-métrages. C’est un boulot à part entière qui n’a pas beaucoup de lien avec la musique, même si on peut utiliser ma musique pour le court métrage. C’est un travail que nous développons ensemble. Pour « Autour du Lac », nous avons clairement essayé d’illustrer cette chanson, parce que tout seul, je me serais cassé la figure. Déjà écrire la chanson, puis la mettre en image, c’est un peu difficile. Noémie m’a déclaré que si elle devait réaliser un clip, elle choisirait « Autour du Lac » ». En fait, c’est elle qui a été l’initiatrice du projet. Sinon, nous planchons sur un autre projet. Nous sommes occupés de l’élaborer. Il s’agira d’une série de court métrages qui mêleront musique et film d’animations. Il devrait s’intituler « Pauvre histoire pauvre ». Et il aura un lien direct avec l’album. Sur scène, nous le diffuserons sous forme de projection. Enfin, nous allons lui consacrer un site internet que nous allons bientôt mettre en ligne.

N’avez-vous pas l’intention de vous lancer dans le long métrage ?

Non, car le court métrage a une richesse énorme. Tout est permis. Alors que dans le long métrage, souvent les gens développent une idée qui pourrait tourner en une demi-heure. Je trouve que la forme plus petite, comprise entre une, cinq ou dix minutes, permet de réaliser plus de choses. Ce format m’excite pas mal en ce moment. Donc non, je n’ai aucune envie de m’attaquer à un long-métrage.

Quels sont vos principales influences musicales ? Le slam ? Veence Hanao ?

Je n’ai jamais voulu me lancer dans le slam, car c’est un mouvement musical que je connais assez peu. Mon but est, au départ, de raconter des histoires. Ce n’est pas nécessairement relié à un mouvement précis dans le slam. En ce qui concerne les références, tout dépend des films que je regarde, de la musique que j’écoute, des bouquins que je lis. C’est très varié. Très diversifié. Veence Hanao est un ami, donc c’est clairement quelqu’un dont j’apprécie le boulot…

Le roman de Kõbõ Abé vous a inspiré le nom de votre groupe. Il raconte l’histoire d’un homme qui a décidé de se retirer physiquement du monde dans lequel il vit, pour l’analyser, à travers une lucarne. Pour écrire votre album, avez-vous perçu notre société de cette manière ?

Il faut savoir que le concept du nom de Carl et les Hommes-Boîtes est venue postérieurement. L’album était terminé. Après avoir lu ce roman, l’idée m’a plu, même si l’histoire ne se déroule pas ainsi, au début du roman, lorsqu’il décrit ses personnages vivant dans les boîtes. La narration est tortueuse. Elle part dans tous les sens. J’aimais beaucoup cette perception : observer le monde par le prisme d’une ouverture dans une boîte, avoir un regard plus juste, en se retirant du monde. Maintenant l’album n’a pas de rapport direct avec le roman. C’est simplement l’idée qui me plait beaucoup. Et elle est devenue le titre.

A contrario, le fait de s’enfermer dans une boîte en carton pourrait également faire penser à la politique de l’autruche. Le message ne risque-t-il pas de porter à confusion ?

La politique de l’autruche, c’est plutôt mettre sa tête dans un trou et ne pas voir ce qui se passe dans ton entourage. Là, c’est le contraire. C’est vraiment regarder autour de soi ce qui se passe, sans interagir ; mais justement tu viens mettre ton grain de sel, alors que la politique de l’autruche, c’est vraiment se voiler les yeux. Il s’agit de deux attitudes opposées.

Analysez-vous tout ce qui se produit dans votre environnement, pour écrire vos histoires ?

Non. Je dirais qu’on a tous un certain vécu, une existence propre. Tout simplement, quand tu sors le matin de chez toi, tu croises un visage, tu rencontres une personne, tu reçois le coup de fil d’un ami, tu lis un bouquin. Chaque journée apporte son lot de découvertes. Je voulais raconter quelques impressions personnelles que j’ai ressenties.

Vos textes semblent issus de votre imaginaire. Mais de l’imagination à la réalité, il n’y a qu’un pas. Quelle est la part de réalité dans votre imagination ?

Comme je disais, quand je marche dans la rue, j’ai des idées, qui viennent naturellement, et elles s’entrechoquent. Dans l’écriture, c’est un peu la même chose. C'est-à-dire qu’il y a un mix entre réalité, souvenirs et imaginaire. On peut également y ajouter les fantasmes. Quand je commence à écrire, je peux partir d’un fait très concret, puis bifurquer dans l’étrange. J’aime bien quand tout se mélange.

Quand on lit pour la première fois le titre de votre album « La Paroi de ton Ventre », on pense d’abord à une femme qui attend un enfant. La confusion était-elle voulue ? Ou alors la signification est-elle valable, mais plus subtile qu’elle n’y paraît ?

Pour le titre, je ne réfléchis pas beaucoup à tous les sens qu’il pourrait avoir. Je m’intéresse beaucoup à ce que l’auditeur pense lorsqu’il découvre l’album. Pour les chansons, c’est la même chose. Il y a mon sentiment personnel, mais je ne vais jamais chercher à expliquer la signification d’une chanson. Je suis bien plus intéressé par l’interprétation qu’une personne fera de mon morceau. Comment il voit les choses, comment il ressent telle ou telle parole. Je laisse l’alternative au public de trouver sa propre explication. Idem pour les titres. J’y ai mis des choses, mais elles restent ouvertes.

« Plaine de Jeux » est une chanson qui parle de l’enfance. C’est la vôtre ? A-t-elle eu une influence primordiale sur l’écriture de vos textes ?

Non, il s’agit d’une observation. Enfin, je me contredis quand je dis ne pas aimer raconter mon histoire. La genèse de cet épisode vient de la construction d’une plaine de jeux devant laquelle je passais régulièrement. Elle était en chantier. Avant, c’était un terrain vague. Ensuite, petit à petit, des poteaux ont été plantés, puis des jeux installés. J’ai découvert au jour le jour, la transformation des lieux. Il était amusant de voir cette plaine se monter au quotidien. Et le regard des enfants chaque fois qu’un d’entre eux passait devant. Parce qu’il faut savoir que le terrain était grillagé. C’était bizarre. Les gosses n’y avaient pas accès mais ils voyaient des adultes travailler sur une surface qui allait devenir leur terrain de jeux. C’est donc parti d’une observation. Donc, ce texte n’a aucun rapport avec mon enfance.

Sur l’illustration de la pochette de l’album, on ressent comme une forme de détresse. On y distingue des arbres coupés ou sans feuilles, des personnages nus et visiblement tristes. Est-ce réellement ce que vous ressentez ou est-ce simplement le fruit de votre imagination ?

Je dirais qu’il s’agit d’un mélange de fantasme et de réalité. Je me laisse aller. Pour les dessins, je ne fais pas vraiment de croquis préparatoire. Je me lance dans l’improvisation puis ça sort comme ça. Quant à donner un sens particulier à ces dessins, une fois encore, chacun met le ressenti qu’il veut. Mais je n’ai pas vraiment voulu communiquer une impression de tristesse. Je pense qu’on y trouve plein de sentiments mélangés. On peut le percevoir de différentes manières.

Vous avez dit avoir vu ou imaginé, « L’objet qui n’a pas de nom », mais vous ne vous rappelez plus très bien. Pouvez-vous nous dire à quoi il ressemble réellement ?

Justement, si je le savais, je l’aurais écrit.

Sur votre album, on entend des sonorités plutôt originales. Vous utilisez des instruments insolites ? Vous les fabriquez vous-même ou vous les dénichez dans les brocantes ?

Nos instruments sont très classiques. Il y a une batterie, une trompette, un trombone. Des machines aussi. Le groupe compte de nombreux musiciens assez touche-à-tout. Des personnes qui apprécient expérimenter. Ils aiment bien bidouiller les synthétiseurs, les machines. Mais certains, il est vrai, font parfois les brocantes.

Comment parvenez-vous à accorder votre voix à ces sonorités inhabituelles ?

Au sein du groupe, on improvise. Puis quand on trouve une piste, je sors mes textes et je cherche à voir s’il y en a un qui pourrait coller. Généralement, je me consacre à l’écriture d’abord. C’est un travail que je fais seul. C’est notre méthode de composition.

Comment s’est faite la rencontre avec le label Humpty Dumpty ?

Notre rencontre remonte au premier album. J’avais envoyé de nombreuses démos à droite et à gauche. Et les responsables de Humpty Dumpty ont répondu à mon mail parce que j’avais remporté le Concours « Musique à la Française ». Ils m’ont donc recontacté et l’aventure a pu commencer à ce moment-là.

En concert

06.05 - Bruxelles – Nuits Botanique
15.05 - Louvain-la-Neuve – Ferme du Biéreau
25.05 - Braine l’Alleud – MJ Le Prisme
22.06 - Namur – Fête de la Musique
22.06 - Charleroi – Fête de la Musique

Photo : Caroline Lessire

 

Carl Roosens

Où poser des yeux ?

Écrit par

CARL, membre actif de la scène underground bruxelloise, est un artiste habité d'un univers bien à lui. Pour le dessin, il s'appelle Carl Roosens, c'est le coréalisateur du film d'animation “Caniche”, (produit par les ateliers Zorobabel), et l'auteur de livres illustrés édités par le collectif ‘Nos Restes’. Pour la musique, il a choisi le patronyme de C.A.R.L, un groupe composé de cinq musiciens, que l'on a pu voir, notamment sur la scène du cinéma Nova, et lors de la première partie de Brigitte Fontaine au Cirque Royal. Leur premier album “Où poser des yeux ?” est un disque éprouvant aux textes explosifs.

Les compositions de C.A.R.L gravitent entre rap, rock, jazz, chanson française et musiques électroniques. Mais il s'agit tout autant de poésie scandée, portée par une instrumentation sombre et très fouillée. Ses quatre compères –Noza, Emmanuel Coenen, Cédric Manche et Pascal Matthey– se chargent des parties de guitare, batterie, basse, trompette, euphonium, violon, carillon et machines.

Sur scène, ils prennent place au milieu d'une horde de personnages de carton dessinés par Carl, devant une projection de séquences de fil d'animation.

Les morceaux du disque « Où poser des yeux ? » visitent des styles musicaux variés, et explorent également un large panel d'états psychologiques.

« La maison me mangera », cauchemar éveillé sur fond de beat industriel, est l'un des plus violents. « Patiente pour défigurer », peut-être le plus beau, le plus dramatique. Elle raconte la solitude d'un cadavre à ciel ouvert avec ‘une balle dans le caillou’, la beauté du texte est à la hauteur de l'horreur de la scène. Baudelaire et sa charogne ne sont pas bien loin.

« J'enregistre le bruit de ta machine » commence par le son de frappe d'une machine à écrire. S'ajoute une frêle mélodie au mélodica reprise par un piano mélancolique. On pense alors à Pascal Comelade.

« Mes amis », un des titres les plus sombres du disque, dresse un constat hyper pessimiste sur les relations humaines.

« Où poser des yeux » est une crise de nerfs face à la mocheté du monde, la laideur du quotidien. Le conteur/chanteur, vraisemblablement dans le métro, liste d'une voix névrosée tout ce qui s'offre à son regard. Il panique devant ‘un visage qui nous rappelle de ne jamais croiser des skins, sur la couverture d'un livre pour juger la lecture d'une conne, sur des boucles d'oreille en forme de dauphin, sur des mains abîmées, dures comme du pain rassis, sur un tag plutôt moche d'un mec qui baise le monde que dans sa tête.’

Cyniques, les textes de Carl sont également drôles et mordants, car ils dessinent un monde que nous connaissons bien. Par exemple, « Le Chien » décrit le rapport intense entre le narrateur et ‘le chien du cadavre de la voisine’.

Si Carl est cynique, il n'ignore sûrement pas que l'adjectif vient d'un mot grec signifiant ‘chien’, à cause des clébards aboyant en dehors de la cité d'Athènes, figures de la mauvaise conscience de leur temps, auxquels s'était identifié Diogène, philosophe critique du pouvoir et de sa société. Sous ses airs de ‘racaille’ (mot qui a aussi des origines canines), C.A.R.L. pointe les travers de la société, celle qui nous rend fous et accros aux anxiolytiques, celle qui ignore l'humain.

Pourtant, Carl la canaille ne vit pas en dehors de la ville, mais bien dans la masse malade de la cité. Fou lui aussi, sa voix anxieuse ripe sur les mots et monte en tension jusqu'à le faire hurler. On peut bien l'accuser de la rage, on peut aussi l'écouter, encore et encore.