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Gavin Friday

Les burnes ne comptent pas pour des prunes

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Lendemain de Saint-Valentin au goût  de sang séché. L’ex-Virgin Prunes enveloppait de son aura la scène du Muziekodroom pour une prestation théâtrale de haute volée ; et c’est toute l’assemblée qui va se prosterner devant ce monstre sacré.

Jamais avare dans ses représentations, l’Irlandais dont les veines regorgent de mille tourments bouillonnants, livrait ce mercredi un nouveau chapitre consacré à la comédie de la vie.

Flirtant comme d’accoutumée avec les codes du cabaret et découvrant les pans de sa théâtralité, le spectacle donne lieu à une représentation quasi picturale d’un univers léché, sombre et habité.

Il y a d’une part l’homme, dont l’imposante stature force le respect. Tenue de scène sévère et subtilement provocante. Une présence unique en son genre.

Et puis la musique. Contraste saisissant entre force et subtilité, dans un combat éternellement livré.

Il y a cette humanité qui se devine dans le regard, cette passion qui transpire par tous les pores de la peau, cette vérité qui s’inscrit en lettres écarlates dans le reflet de ce qu’il reste d’hier et se devine dans l’aube des jours à venir.

Puis un monde où la beauté se décline en une palette infinie de nuances enchanteresses.

Et au sein de ce monde, Gavin Friday nous compte des histoires qui suintent l’embrun, la bière, et le vin.

Brassant les vents mauvais et les mers belliqueuses de l’âme humaine avec la vision d’un artiste ivre de vie, ses chansons colorent l’espace et tintent aux oreilles du temps.

Entre réminiscences du passé (« Caucasian Walk » des Virgin Prunes) et étreinte douloureuse (« Apologia »), relecture du classique du grand Jacques « Au suivant » (« Next ») et ode à l’existence (« I want to live »), jamais la mièvrerie ne trouve place dans un set mené sur un rythme enlevé, ponctué de touches d’humour et de grands moments de générosité.

En rappel, le « Five years » de Bowie rappelle l’admiration que voue Friday à l’homme au regard vairon.

Par après, la  nuit pouvait bien se départir de son manteau sombre, tant la soirée avait été lumineuse.

(Organisation : Muziekodroom)

 

Gavin Friday

Shag Tobacco

Il est loin le temps des spectacles nihilistes, chaotiques, caricaturaux, irrévérencieux, dispensés sur fond de messes noires et des travestismes pour Fionan Hanvey. Depuis qu'il a quitté les Virgin Prunes, Gavin a adopté un profil plus intimiste, lié au café-théâtre. Celui de Kurt Weill, Berthold Brecht, Jacques Brel, Edith Piaf et Lisa Minelli. En compagnie de son inséparable pote, Maurice Seezer, il a même monté un cabaret à Dublin en 1988... Un style plus intimiste, mais également plus avant-gardiste dans le sens le plus pop du terme, plus glam dans l'esprit de Bowie, de Cockney Rebel et de Bolan. Un Bolan à qui il emprunte "The Slider" sur "Shag Tobacco", album à la sensibilité énigmatique, embué d'orchestrations mélodramatiques et sculpté dans un funk insidieux. Hormis le cartoonesque, standardisé "Le Roi d'amour" et le dispensable mais dansant "Angel", les dix autres fragments nous précipitent dans un univers mystérieux, envoûtant, hanté par les spectres de Marc Almond, de Japan, de Tuxedomoon et même du Floyd circa "Dark Side of the Moon"... Etonnant!