Hermann Szobel est né à Vienne, en 1958. A 17 ans, ce jeune prodige enregistre un album de jazz fusion très en avance sur son temps : "Szobel". Ce pianiste/compositeur puise alors déjà ses influences chez Keith Jarrett, Weather Report et Frank Zappa. C'est cet opus qui vient d’être réédité en compact disc. L’artiste souhaitait créer une musique instrumentale élaborée. Un an plus tôt, il s’était envolé pour New York afin de concrétiser sa mission sacrée. Il recrute pour collaborateurs le bassiste Michael Visceglia, le drummer Bob Goldman, le vibraphoniste/percussionniste David Samuels ainsi que Vadim Vyadro aux cuivres et bois.
Détail qui a son importance, Hermann était le neveu de l'imprésario Bill Graham (NDR : le propriétaire des salles du Fillmore à New York et San Francisco). Ce qui allait lui ouvrir pas mal de portes ; et en particulier celle d’un label major : Arista! Malheureusement, un peu trop prétentieux, le gamin va s’égarer dans ses excentricités ; si bien que le Hermann Szobel Band ne se produira qu'à une douzaine de reprises. Et l’aventure de l’ensemble ne durera que huit mois. L'enregistrement d'un second elpee va avorter et Hermann repartira en Autriche où plus personne n'entendra parler de lui. Il est pourtant toujours bien en vie, mais semble sorti des circuits musicaux.
Trente-cinq ans plus tard, Lazers Edge vient donc d’exhumer ce disque. Seul au clavier, Hermann ouvre "Mr Softee", avant d'être rejoint par le bassiste, puis de Vyadra au saxophone. L’écriture des compos est complexe. Les changements de rythmes sont brutaux et improbables comme les affectionnait tant Zappa et ses Mothers of Invention. Créative, laissant libre cours à l’improvisation, l’expression sonore puise autant dans l’univers du jazz que du classique. L’artiste trace les lignes de base de ses morceaux, pour permettre aux autres instrumentistes de pointer le nez à la fenêtre. A l’instar de "The szuite", piste qui met en exergue la basse, les percussions et enfin le saxophone, de toute évidence un élément important dans la structure de son puzzle imaginaire. Szobel se divertit de ses divagations aux ivoires, tout au long de "Between 7 and 11" et "Transcendental floss". Délire cosmique, "New York City 6 am", est le fruit d’un dialogue visionnaire entre piano et section rythmique. C’est aussi le titre final.
Ce long playing était donc paru en 1975. Il y a déjà une dizaine d’années que Zappa explorait ce style. Et puis, il ne faut pas oublier qu’en Angleterre, fin des sixties, l’école de Canterbury a enfanté des groupes de jazz/rock expérimentaux comme Nucleus ou Soft Machine. Et qu’en Allemagne, le krautrock avait déjà livré toute sa quintessence. Dès lors, le terme avant-gardiste n’est sans doute pas trop approprié pour qualifier cet album. On lui préférera celui de cérébral.