Johnny Allen ‘Jimi’ Hendrix est né à Seattle, en novembre 1942. Il est décédé à Londres, en septembre 1970, moins de 28 ans plus tard. Et pourtant, 40 ans après sa disparition, son culte n’a jamais été aussi vivace. Cet opus réunit des enregistrements inédits. Vous me direz, encore un. Faut dire qu’on ne compte plus les albums non officiels ou piratés, parus depuis sa mort. La société Experience Hendrix est dirigée par Janie, la demi-sœur adoptive de Jimi. Elle est aujourd’hui âgée de 50 ans et détient tous les droits de succession de l’artiste. Et manifestement, elle compte bien profiter de cette situation. Tant mieux et tant pis à la fois.
La maison d’édition avait publié "First rays of the new rising son", en 1997 (NDR : un elpee réunissant des versions inédites, datant de 1968) et "South Saturn Delta", une compilation de fonds de tiroirs se focalisant sur les différentes incarnations du mythe : Experience, Gypsy Sun and Rainbows (époque Woodstock) et Band Gypsies. Enfin, l’année 2000 a livré un coffret intitulé "The Jimi Hendrix Experience", consacré à 4 heures de prises alternatives…
Et pourtant, la carrière du génial guitariste n’a duré que cinq ans. C’est l’ex-Animals, Chas Chandler qui le découvre à New York. Il l’invite à traverser l’Atlantique, et à rejoindre Londres. Et il lui déniche rapidement deux musiciens insulaires : le bassiste Noël Redding ainsi que le drummer Mitch Mitchell. The Experience vient de naître. Le combo accorde déjà quelques concerts en France (merci Johnny !) et même un en Belgique. Les hits vont alors se succéder. Dont l’éternel "Hey Joe". Puis "Purple Haze" et "The wind cries Mary". L’album "Are you experienced" est publié en avril 67. Il est suivi par "Axis bold as love" ; et enfin par son chef-d’œuvre, "Electric Ladyland". Fin juin 1969, c’est la fin du Jimi Hendrix Experience. Quelque temps plus tard, il lance un nouveau groupe : Gypsy Sun and Rainbows. Une aventure de brève durée, il faut le préciser. Avant de fonder Band of Gypsies, en compagnie de Billy Cox et Buddy Miles.
Cet opus constitue la suite d’"Electric Ladyland". Il puise donc au sein de bandes inédites concoctées par le Jimi Hendrix Experience. Les trois premières plages impliquent Billy Cox à la basse. A cette époque, les relations étaient tendues entre Jimi et Noël Redding. Ce dernier allait d’ailleurs bientôt quitter le trio pour rebondir chez Fat Matress. "Stone free" est une compo écrite en 1966. Cette nouvelle version a été adaptée en 69. Caractérisée par les répliques vocales de Roger Chapman (Family) et la participation d’Andy Fairweather-Low (Amen Corner) à la seconde gratte, elle est très différente de l’originale. Le morceau maître est ma foi, une compo fort singulière. Une ballade sont le climat atmosphérique et aventureux évoque "The wind cries Mary", mais imprimée sur un tempo plus enlevé. Le répertoire d’Hendrix incluait la cover du "Bleedin' heart" d'Elmore James. Cette adaptation est totalement différente de la version originale. Jimi est ici soutenu par Billy Cox, le drummer Rocky Isaac, Chris Grimes au tambourin et Al Marks aux maracas. Assurée par Al Kramer, la mise en forme est tout à fait contemporaine. "Hear my train a comin?" est une compo particulièrement impressionnante. Un ‘transe’ blues dont le climat torturé, psychédélique, est digne du célèbre "Voodoo chile". "Mr Bad luck" est le seul morceau antérieur à mai 1967. Chas Chandler en assume la production et les parties de basse ainsi que de batterie ont été réenregistrées, par les mêmes musiciens, en 1987. Lorsque Hendrix a débarqué en Angleterre, il a fait la connaissance d’Eric Clapton, alors impliqué dans l’aventure de The Cream. Et leurs contacts sont devenus fréquents. D’ailleurs, l’Experience avait adopté le même line up : celui du trio. Jimi rend un hommage ‘hendrixien’ au Cream, à travers une version instrumentale du fameux "Sunshine of your love". "Lover man" est le traitement réservé au célèbre "Rock me baby" de BB King. On décèle chez l’Américain, sa manière très particulière, unique en son genre même, d’appréhender le blues. "Ships passing through the night" a été mis en boîte le 14 avril 1969, c’est-à-dire lors de la toute dernière session accomplie par les trois membres originels de l'Experience. Hendrix y laisse libre cours à son inspiration. Son périple est déconcertant et périlleux, mais bigrement prodigieux. Sa six cordes passe un sale moment. La suite propose des morceaux plus connus de son répertoire. A l’instar de "Fire" et "Red House". Il ne s’agit cependant pas de prises alternatives réalisées en 1967, mais bien de nouvelles versions retravaillées en studio, en février 69. Evoluant sur un rythme allègre et parcouru par des accords de guitare débridés, "Fire" affronte les réponses vocales agressives de Redding. Quant à "Red house", il est la parfaite illustration de l’expérience ( ?!?!?) acquise par l’artiste, au cours des deux années précédentes. L’elpee s’achève par deux instrumentaux inédits : "Lullaby for the summer" et "Crying blue rain".