Issu de Los Angeles, John Keith est établi à Tulare County, dans le centre de la Californie, depuis plus de vingt ans. Un chanteur/guitariste réputé pour son fingerstyle traditionnel qu’il exerce dans l’esprit du delta et du Piedmont. Il se produit tantôt en solitaire ou au sein de différents groupes : Revolver (une formation très inspirée par les Beatles), Fat Tuesday (dans un registre proche du Mardi Gras) et surtout le Loose Gravel Blues Band. En 2001, il avait commis un album consacré à des compos personnelles : "Dirty lowdown blues". Et l’année suivante à des reprises (NDR : notamment de Robert Johnson, Charley Patton, Mississippi John Hur et Rev Gary Davis) : "Woke up this mornin", une œuvre immortalisée ‘live’ au Brewbakers Bar & Grill de Vesalia, en Californie... John milite donc également au sein du Loose Gravel, un combo drivé par le chanteur/guitariste Bob Dennison et l'harmoniciste Steve Gaut. Un ensemble responsable d’un elpee en 2000 : "Too Loose blues". Au cours des dernières années, John s’est essentiellement consacré à sa carrière solo, une aventure qu’il concentre la plupart du temps dans la Vallée de San Joaquin!
Pour concocter cette plaque, il a reçu le concours de quelques connaissances : son ami Don Boomer et Rocky Siegenthaler (du Loose Gravel) se partagent les drums, John Lauffenburger se réserve à la basse, Hunt Graves la guitare rythmique, Jeff Levine les claviers et John King le saxophone ténor. Un line up enrichi par la présence d’une section de cuivre (NDR : un trio !) : Grit-tones. Personnage plutôt modeste, John Keith chante et joue de la guitare ; mais aussi de la basse, du piano et du trombone. Il signe cependant onze des douze plages de cet album!
Il prend son départ au Sud des Etats-Unis en interprétant "Mexico", un titre roots pop aux forts effluves latinos. A cause des guitares. Mais aussi des drums soutenus par les percussions exotiques (congas, shakers et cowbells) et des chœurs féminins. John prend la direction du Delta du Mississippi flanqué de sa six cordes. Une Resonator dont les accents métalliques électrisent le titre maître. L'artiste aime changer d'atmosphère. Cuivré, "Won't you please come back to Memphis and share my bed" évolue au cœur d’un triangle formé entre Memphis, Kansas City et New Orleans. Le piano de Jeff Levine roule. Les Grit-tones assument, mais le sax ténor de Kevin Yee et l’alto de Tony Rohrkemper font la différence. Mr Keith attise l'ambiance en chantant le blues d’un timbre chaud et graveleux, dans un style sensiblement proche de Ray Charles, sur le bien nommé "Brother Ray". La superbe voix soul de Syl Grigsby le rejoint au sein d’un décor sonore tapissé par l'orgue Hammond, les chœurs puissants et le saxophone. Excellent ! Enfin, John décide de retourner auprès de ses racines. Les plus pures ! Il empoigne son bottleneck pour attaquer "The mockingbird", ne tolérant que le seul Boomer derrière lui! "Honey Do" emprunte une nouvelle direction. Un blues rock léger qui macère dans le Memphis sound, au sein duquel l'orgue de Levine se détache. John dispose d’une voix susceptible d’emprunter différents registres. Elle colle aussi bien à la roots, au folk pop ou encore à la world, à l’instar d’"I've got a life of my own". En tirant parti du rerecording, il cumule cordes électriques, acoustiques et banjo à 5 cordes. Armé de sa guitare slide, il reprend la direction de la Nouvelle Orléans pour chanter "Only old men sing the blues". Le ton est grave. Le piano est placé à l’avant plan. Plus discrets, les cuivres prennent un certain recul. Impeccable ! Il poursuit dans le même style pour concéder sa seule cover : le "Gimme that wine" de Jon Hendricks. Mais également, un autre fragment issu de sa plume et intitulé "The road". Blues très lent, "Alone in a crowd" observe une ligne mélodique très soignée. L'orgue Hammond de Jeff trace la ligne de conduite avant de laisser Howard "Lazy boy" Kent (NDR : un invité !) prendre son envol sur les cordes. Particulièrement soigné, cet opus s’achève par "Kaikamahine nan!", une plage bercée par la douceur de John à la guitare sèche et de Don Boomer au djembe.