Originaire de l’Alabama, Chuck Leavell est pianiste. Il est âgé de 60 balais. Il a milité chez l’Allman Brothers Band, au cours des fameuses années 70. Un bon bout de temps. Il a ensuite fondé Sea Level. Depuis plus de 30 ans, il tourne en compagnie des Rolling Stones. Il a également épaulé, entre autres, Eric Clapton, George Harrison et Govt Mule. Dans ses moments libres, Chuck se consacre à ses plantations d’arbres, près de Macon, en Géorgie. Dans ce domaine, il jouir d’ailleurs d’une fameuse réputation.
Il a publié cinq albums sous son nom. Le dernier en date, il l’a sous-titré "A tribute to the pionners of blues piano", en hommage à ces pionniers qui ont tant apporté au blues, dès les années 30, à l’instar de Leroy Carr, Roosevelt Sykes ou encore Little Brother Montgomery.
Et c’est par "No special rider", une compo signée LBM que démarre l’elpee. Les rythmes sont manifestement empruntés à la Nouvelle Orléans. Créatif mais bien maîtrisé, le piano s’illustre face à une solide section rythmique. Leavell est un disciple de Leroy Carr. Il reprend d’ailleurs cinq titres du Texan. Carr était un formidable pianiste. Il s’est le plus souvent produit en duo, en compagnie du guitariste Scrapper Blackwell. Et la paire a donc aussi beaucoup enregistré ensemble. Alcoolique notoire, il est décédé alors qu’il avait à peine trente ans. Ce qui ne l’a pas empêché de graver une trentaine d’elpees.
Chuck chante d’une voix pudique, "Evening train". Keith Richards est préposé à la sèche. Danny Barnes, un multi-instrumentiste texan, capable de s’illustrer tant dans le blues, le jazz, la country que bluegrass, chante et se réserve le banjo sur "Naptown blues". Et la guitare acoustique, tout au long de "Low down dirty". Toujours issue de la plume de Carr, "Mean mistreater" est une autre adaptation parfaitement réussie. Faut dire que les parties vocales sont assurées par Miss Candi Staton, notoire dans l’univers de la soul et du gospel ; et son timbre chargé de feeling fait vraiment la différence. Memphis Slim était un remarquable pianiste de blues et de boogie woogie. Il a vécu les dernières années de son existence, en France. Johan Mayer se charge de la six cordes, sur la version très agréable du "Wish me well" de John Len Chatman. Superbe blues lent, "Losing hand" figurait au répertoire de Ray Charles. Face aux saxophones, les interventions de Davis Causey (NDR : il a joué en compagnie de Leavell, chez Sea Level) à la guitare, sont bouleversantes. Le titre maître, "Back in the woods", a été écrit par Charlie Spand, au cours des années 20. Cette compo est encore considérée aujourd’hui comme une énigme du blues. Otis Spann était l'un des plus grands pianistes du blues. Il a sévi pendant les années 50 et 60, à Chicago. Il a aussi longtemps milité chez le Muddy Waters Band. Quel plaisir de retrouver son "Boots and shoes", façonné par les cordes électriques de Keith Richard et John Mayer! Une cover de Skip James, un artiste attachant issu de Bentonia, dans le Mississippi : "If you haven't any hay". La fête aux ivoires s’achève comme elle a commencé, c’est-à-dire par un titre de Little Brother Montgomery, son plus célèbre ; en l’occurrence "Vicksburg blues" que chante et joue respectueusement Mr Leavell… Passionnant !