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Mass Hysteria

Plus que du metal…

Un proverbe raconte qu'il est souvent plus difficile pour un artiste de percer dans son propre pays qu'hors de ses frontières. Ce n'est pas le cas pour Mass Hysteria, un groupe français de métal qui est parvenu à tirer son épingle du jeu au sein de l’Hexagone. Lorsqu’il s’était produit dans le cadre du Main Square Festival, en 2016, il était en haut de l'affiche. Et il est parvenu à créer un immense moshpit jusqu'aux derniers rangs. Programmé sur de grandes arènes en France il est régulièrement invité au Hellfest. Dans un AB Club très bien rempli, la formation a démontré qu’elle était capable d’assurer parfaitement, tous genres confondus, et de satisfaire les jeunes et les moins jeunes.

En supporting act, First Arkangel va dispenser un set constitué d’un méli-mélo chaotique et assourdissant de styles divers. En effet, sa musique oscille constamment entre hardcore et métal. Le band joue très fort des morceaux rapides, mais aussi de manière plutôt monotone. Ce qui ne gêne pas les fans présents, car les bouffées d'adrénaline administrées provoquent un véritable tremblement de terre, entraînant quelques moshpits qui secouent l’AB. Mass Hysteria ne pouvait donc pas rêver d'un meilleur chauffeur de salle… (pour les photos, c’est ici)

Pourtant, à voir les nombreuses personnes présentes au bar lors de ce concert, on se rend compte que la grande majorité d'entre elles se sont uniquement déplacées pour la tête d'affiche de la soirée.

Mass Hysteria aime manifestement la grandiloquence et la théâtralité, si l'on en juge par la configuration de la scène. Tant l’aspect musical que vocal se révèle épique et est abordé de manière particulièrement sophistiquée et variée.

Le band démarre pied au plancher par « Mass veritas », une compo qui exprime la colère. Rien n'est laissé au hasard tout au long de la soirée, semble-t-il. Car le frontman court comme un dératé dans tous les coins du podium, à la recherche de son public. Ce qui donne lieu à de véritables mosh pits et autres circle pits, dont un très grand tout au fond pendant « Chiens de la Cass ». Il n'y a tout simplement pas moyen de s'en sortir, une fois que l'on est monté sur les montagnes russes françaises. Pas le moindre répit, sauf lorsque Mouss Kelai balance quelques boutades amusantes.

Lors du rappel, le combo place la barre encore plus haut. D’ailleurs la fête va s’achever par un feu d'artifice. Cependant, un beau moment va suivre « Furia ». De jeunes enfants sont invités à monter sur les planches, mais les oreilles protégées par des casques adaptés. Le plus jeune est à peine âgé de quatre ans ! Ils sautent et dansent avec le groupe, puis partent se mettre à l'abri, car tout au long du morceau de clôture, « Plus que du metal », le robinet coule à flots, une dernière fois ; ce qui provoque un dernier moshpit. 

Mass Hysteria est parvenu, et brillamment, à offrir une réponse française au metal américain, britannique et allemand. Car ce n'est pas une mais plusieurs fois que le toit s'est envolé lors de cette soirée festive. Les bombes énergétiques françaises ont bourdonné abondamment dans nos oreilles, pendant ces deux heures. Jusqu'à ce que l'on rentre chez soi en sueur et un peu sourd, mais avec un large sourire aux lèvres… (pour les photos, c’est )

Setlist :

Mass Veritas // Positif à bloc // Chiens de la casse // Vae soli ! // L'inversion des pôles // Notre complot // L'art des tranchées // Nerf de bœuf // Se brûler sûrement // L'émotif impérieux // Failles // Reprendre mes esprits // Arômes complexes // L'enfer des dieux // Encore sous pression // Tout est poison

Encore :

Tenace // Le triomphe du réel // Contraddiction // Furia // Plus que du métal

(Organisation : Ancienne Belgique)

Mass Hysteria

Le Trianon (cd + dvd)

Écrit par

Suivant la grande tradition ‘ironmaidienne’ (parmi d’autres), Mass Hysteria revient neuf mois après avoir publié « Matière Noire », pour en proposer une mouture live, captée au Trianon, à Paris, le 11 mars 2016. La formation française fait rarement les choses à moitié ; aussi elle nous réserve deux versions : une en compact disc, reproduisant l’intégralité des titres de son dernier album, mais en live, l’autre en dvd, réunissant non seulement les plages de la version du cd, mais également de la seconde partie du show, au cours duquel les artistes sont allés piocher au sein d’un répertoire de vingt-trois années de carrière. 

Afin d’obtenir un aperçu complet de la prestation, c’est la version dvd qui a été choisie. Nous sommes à Paris, 18ème arrondissement, au pied de Montmartre. Le décor du Trianon est digne d’un théâtre à l’italienne. Un épais rideau rouge s’ouvre et laisse apparaître une baignoire dans laquelle se tient droite, immobile, l’égérie dénudée de la cover du dernier album, entièrement recouverte de cette fameuse matière noire goudronneuse. Ne sachant dissimuler un léger tremblement, elle agite ses bras comme pour accomplir une danse aussi énigmatique qu’intrigante, nourrie par les acclamations de la foule. Les premiers riffs de « Chiens de la casse » retentissent, la tension atteint son climax, le point de rupture cède et la foule s’embrase. Rapha martèle ses fûts comme un sourd. Yann, casquette et capuche vissées sur la tête, tient à la main une guitare noire frappée d’un autocollant ‘Straight Edge’. Fred, l’autre gratteur, se distingue par ses dreadlocks voltigeant dans les airs. A deux, ils libèrent des salves de riffs ravageurs. Cette soirée est également l’occasion pour Thomas, leur nouveau bassiste, d’apparaître pour la première fois officiellement sur un live officiel du groupe. ‘Les furieux, les furieuses’, lance en guise d’accueil Mouss, à la voix malheureusement pas au top de sa forme en ce début de prestation.

Les titres de « Matière Noire » s’enchaînent, entrecoupés des désormais devenus classiques coups de gueule du vocaliste, critiquant tantôt les responsables du concours des Victoires de la Musique (‘Ce ne sont pas des innocents’), tantôt la classe politique (‘Valls, Macron et leurs lois liberticides’) ou encore, à la fin du titre « Matière Noire », l’univers de la publicité ; et il en prend pour son grade (‘Merde, j’ai cité une marque, je vais devoir en citer trois autres… je m’en fous, qu’ils aillent tous se faire enculer !’). La capitale française est encore profondément marquée par les attentats meurtriers du 13 novembre 2015 ; aussi une émotion particulièrement palpable s’empare de la foule dès les premiers accords de « L’enfer des Dieux », précédé d’une minute de vacarme pour toutes les victimes de cette soirée sanglante. ‘Que ce bruit puisse résonner jusqu’à Daesh et ailleurs. Nous dédions ce morceau à Kevin, Math, Thomas, Lionel, à tous ceux qui ont vécu, à tous ceux qui sont restés’. Ce show, c’est également l’occasion d’inviter sur l’estrade le producteur hip-hop Marc Animalsons, pour le coup armé d’une guitare. ‘C’est lui qui a composé « Plus que du Metal » et qui a fait l’intro du concert, applaudissez-le !’ « Mère d’Iroise », chanson dédiée à toutes les mamans, dont celle de Mouss, disparue il y a peu, clôt cette première partie de prestation. En adoptant un virage plus sombre et plus hard depuis l’album « Failles », et en choisissant le décor de ce théâtre pour son architecture atypique, Mass Hysteria a réussi le pari de recouvrir « Matière Noire », grâce à son interprétation en live, d’une nouvelle couche dramatique et obscure. Une ambiance lourde, profonde et, de temps à autre, il faut le reconnaître, spirituelle.

Le quintet quitte la scène, la laissant baigner dans un flot de lumière rouge. Raphaël finit par revenir derrière son kit de batterie, entraînant avec lui les autres artistes, mais également les percussions rythmiques du morceau « Contraddiction ». La noirceur est laissée en backstage, place à présent à la fête entre amis. ‘T’es sûr ? On n’avait pas dit qu’on ne pourrait pas le faire ? Ok, comme tu veux, mais la sécurité va gueuler…’, lance Mouss à son guitariste, Yann. Ni une, ni deux, hormis Thomas et Raphaël, les musicos se jettent dans la fosse. Les mines des agents de sécurité s’allongent. Crispés, certains tentent de protéger les artistes pendant que ces derniers exécutent « P4 », entourés d’une horde de fans qui brûlent ce qu’il leur reste d’énergie dans un circle-pit endiablé.

Une fête avec leurs fans, mais également accompagnés des amis du groupe. C’est ainsi que Stéphane Buriez de Loudblast, les rejoint pour « World on Fire », insufflant à ce morceau, pour l’occasion, une dose de testostérone non négligeable. Ou encore Reuno de Lofofora  (‘Un grand Monsieur de la scène vénère française !’). Il vient pousser la chansonnette sur « Donnez-vous la peine ». Mais Mass Hysteria, c’est également une grande famille. Vêtu d’un pull Thrasher, Nicolas Sarrouy, guitariste de 2007 à 2014, grimpe sur l’estrade et interprète « l’Archipel des Pensées » ; ce qui lui vaut un tonnerre d’applaudissement d’une foule visiblement heureuse de revoir sur pied l’artiste, victime l’année passée d’un grave accident. Dans la série des retrouvailles, Vince Mercier, prédécesseur de Thomas à la basse, vient interpréter « Knowledge is Power » en compagnie des Furieux. ‘Allez, amenez-lui son micro qu’il puisse chanter avec nous’, lance Mouss à la régie. Quelques instants plus tard, c’est à la famille dans son sens le plus fondamental du terme que le groupe fait référence, en invitant les enfants et les proches des artistes à les rejoindre sur « Respect on the Dancefloor ». Yann finit par se planter au milieu du podium et demande à la fosse de se séparer en deux afin d’honorer comme il se doit leur classique morceau de clôture, « Furia ». La tension atteint son apogée et les confettis de couleur volent dans les airs ; ce qui clôt cet énorme concert sous un mix apocalyptique de grattes et de batterie.

Mass Hysteria est un groupe taillé pour la scène. Si vous n’avez jamais assisté à un set du combo français, ce dvd devrait vous persuader de vous y rendre à la prochaine occasion qui se présente. Toutes celles et ceux qui ont apprécié la version studio de « Matière Noire » ne pourront qu’apprécier l’énergie et la puissance dispensée en live. Un bémol cependant : la seconde partie du show aurait également pu figurer en version cd, histoire de pouvoir revivre ce moment festif ailleurs que devant son écran de télévision !

 

Mass Hysteria

Aujourd’hui, c’est sans concessions…

Écrit par

Le 23 octobre dernier, Mass Hysteria publiait « Matière Noire », son huitième album studio. L’occasion était donc belle de revenir sur cet opus, en compagnie de Yann Heurtaux et Mouss Kelai, respectivement guitariste et chanteur du groupe, tout en sondant l’intention d’une pause que le band aurait envisagée. Hasard impitoyable du calendrier : à l’heure où les Français entamaient le premier show de leur tournée, des dizaines d’innocentes et innocents ont été assassinés dans Paris. Des atrocités qui n’ont pas manqué de marquer les artistes. Coup de projecteur, empli d’émotions et de sincérité, sur une actualité brûlante.

Depuis maintenant la sortie de l’elpee « Failles », soit il y a six ans, vous avez opéré un virage plus sombre et plus mature dans votre musique. « Matière Noire » le confirme. Une explication ?

Yann : je vais te dire franchement, nos compositions viennent naturellement, rien n’est calculé. Mais je ne pense pas que nos morceaux soient plus matures et les textes moins positifs qu’auparavant. C’est vrai, par contre, que la musique est plus dure ; ce qui ne veut pas dire pour autant que notre message vire au négatif. Nos textes tirent souvent des bilans de la vie tout en s’adressant aux êtres humains. Si tel ou tel évènement ne te convient pas, bouge-toi le cul pour que ça aille mieux.
Mouss : si on pouvait ne chanter que des chansons optimistes, on s’en contenterait ! On incarnerait un groupe hyper hédoniste, épicurien. De vrais bouffeurs de vie ! Mais il faut regarder la réalité en face. On n’est pas dans un monde de poésie et de coquelicots. En prenant un peu de recul, il faut admettre que nous ne nous sommes pas construit une carapace ; mais c’est notre cadre d’existence qui s’est endurci. La santé économique, sociale, géopolitique est devenue très sombre. C’est la crise, les gens ont moins d’argent, il y a sans cesse une baisse du pouvoir d’achat, moins de boulot, etc. Réalistes, nos chansons se contentent de coller au temps présent.
Yann : cet aspect plus sombre est peut-être aussi lié aux pochettes de nos albums. L’image, c’est quelque chose à laquelle on est quand même fort attaché. Quand, par exemple, on nous a proposé le projet de l’Armée des Ombres (NDR : leur opus précédent), on a littéralement flashé dessus. On retrouve cette même énergie pour notre dernier disque. L’image correspond à la musique. On ne va quand même pas commencer à mettre des petites fleurs un peu partout. Quand on a eu le malheur, en 2007, de colorer de bleu ciel, la pochette d’« Une somme de détails », on s’en est pris plein la tronche…

Quel est le concept qui se cache derrière « Matière Noire » ?

Mouss : je lis toujours beaucoup sur l’astronomie, l’univers, le cosmos, la théorie des corps, etc. Ce sont des thématiques qui m’intéressent énormément et me dépassent. Je me suis  dernièrement intéressé à la matière noire. Des savants sont en effet parvenus à calculer la masse de l’univers… et il y a quelque chose qui ne colle pas. Il manque de la matière. C’est une matière qui est en fait invisible et pas présente partout. Ces chercheurs savent qu’elle existe, mais ils n’ont pas encore trouvé la preuve physique et mathématique de sa présence. C’est précisément ce qu’on appelle la ‘matière noire’. Je me suis donc amusé à créer un parallèle entre cette matière noire et la masse populaire, qui est elle aussi devenue invisible. On peut aussi faire une analogie avec le vote blanc, qui n’est pas pris en compte. Le vote blanc, c’est aussi un vote, mais il ne sert à rien (NDR : l’interview a été réalisée avant le premier tour des élections régionales en France…)

Pour « Matière Noire », Nicolas Sarrouy a été remplacé par Frédéric Duquesne à la guitare. Comment s’est déroulée cette transition ?

Yann : très simplement. Il n’a suffi que d’un coup de fil. Fred, c’est la personne qu’on avait déjà contactée à l’époque, avant Nico, afin de savoir s’il voulait rejoindre Mass Hysteria. C’était déjà notre pote et le mec qui nous enregistrait. Mais il bossait déjà sur plein de projets en cours, dont Empyr. Et lorsque l’occasion s’est représentée, il était sur le point de rejoindre Bukowski. Mais il a quand même décidé d’accepter, car il avait vraiment envie de participer à l’aventure.
Mouss : …et comme c’est lui qui a enregistré nos quatre derniers albums, il connaît au moins 80% de notre répertoire de base, ce qui facilite les choses !
Yann : et sans parler de nos personnalités ! Même quand Nico figurait encore dans le groupe, c’était en compagnie de Fred que j’allais promener mes gamins le dimanche. On est très proches. On n’habite pas loin de l’autre. Il y a peut-être quinze ans qu’on se connaît !

Chez Mass Hysteria les paroles sont engagées. C’est de notoriété publique. Un engagement qui se ressent d’autant plus en ‘live’, où Mouss exprime fréquemment ses positions politiques. Que ce soit contre Caroline Fourest, Bernard Henri-Levy, François Hollande ou encore Barack Obama, tout le monde en prend pour son grade. Ces prises de position sont-elles aussi partagées par les autres membres du groupe ? Ou n’engagent-t-elles que Mouss ?

Yann : c’est vrai qu’on n’est pas toujours d’accord sur tout. Et heureusement ! Mais bon, on connaît Mouss. Et quand on n’est pas d’accord, on lui signifie…
Mouss : quand je monte trop dans le rouge, on me le signale toujours. Je suis parfois engagé dans une dynamique qui peut s’étaler sur plusieurs concerts. Je n’y peux rien, je ressors tout ce qui me traverse. Je suis par exemple toujours choqué par certains choix de Barack Obama. Il entame son second mandat et n’a toujours pas fermé Guantanamo. Qu’on ne vienne donc pas me parler d’un pays qui respecte les droits de l’homme ! C’est une vraie mascarade ! Et j’ai pourtant été ému, comme tout le monde, lorsque les Américains ont décidé d’élire un Noir à la Maison-Blanche ! Mais bon, après le symbole, place à la réalité. Il n’est pas mieux ou pire que Bush.

Si je vous comprends bien, il n’existe donc selon vous en France plus aucun parti qui mériterait votre confiance ?

Mouss : c’est clair que non ! Ce sont tous des gens qui débarquent des mêmes milieux. Ils proviennent toutes et tous de l’ENA (NDR : l’École Nationale d’Administration). Ils ont accompli de grandes études, les ont terminées vers 28 ou 30 ans, et n’ont jamais été plongés dans la réalité de la vie ! Ils ne savent pas ce que c’est d’aller à l’usine, d’avoir dû faire un petit boulot en même temps que les études. Ils ont toujours eu une cuillère en argent dans la bouche. De prime à bord on s’en fout de leur condition, mais c’est nettement plus dérangeant quand ils commencent à exercer des responsabilités politiques, en abordant, par exemple, des situations qu’ils n’ont jamais vécues ! Comment veux-tu être sensible à ce que vit le prolétaire si tu n’en as jamais côtoyé ?
Yann : le seul homme politique que je respectais vraiment, c’était Patrick Roy. Il nous avait permis de visiter l’Assemblée nationale et nous avait présenté du monde… Mais il nous a aussi fait comprendre que c’était un univers bien pourri. Il nous avait par exemple montré un bar secret à l’Assemblée où Borloo aimait bien se rendre pendant les séances. Il nous a aussi appris que les députés en France touchaient des jetons de présence s’ils venaient à l’Assemblée. C’est pourtant la moindre des choses ! Sans compter qu’ils perçoivent un salaire à vie. Un petit plus quoi !

Après vingt-deux années de présence sur les planches, vous sentez-vous davantage libres aujourd’hui ?

Yann : clairement, je n’ai plus envie de faire de concessions aujourd’hui. Quand tu débutes, les maisons de disque te disent, à une occasion ou une autre, des trucs du genre : 'soyez attentifs aux radios, cherchez à glisser votre refrain au bout de 30 secondes, car ce morceau peut devenir un tube, etc.' Aujourd’hui, on s’en fout de ces conseils. Et la seule fois où on est passé en radio, c’était lors de la sortie de l’album noir (NDR : éponyme, il est paru en 2005), c’est à ce moment là qu’on a failli perdre notre public.
Mouss : c’est vrai, je me rappelle que pour ce disque, on bénéficiait soi-disant d’une grosse promo. La radio était derrière nous, etc. Et au final, on voyait bien que ce système ne nous correspondait pas ! Même l’album on n’arrivait pas à le défendre… c’était poussif ! Nos compositions étaient mièvres et tièdes. Elles sonnaient plus Pop-Rock, il n’y avait plus rien de Metal… même si on ne se revendique pas Metal (Yann sourit à ce moment-là). Enfin ouais, je veux dire qu’on ne cherche pas absolument à avoir un son Metal. Le principe a toujours été le même chez Mass Hysteria : on veut des gens d’horizons différents, mais réunis au sein d’un même projet.

Depuis les attentats perpétrés à Paris, le 13 novembre dernier, on se rend compte que la septième plage de l’album, intitulée « L’Enfer des Dieux », n’a malheureusement jamais pris autant de signification qu’aujourd’hui…

Mouss : c’est en effet le cas. Et c’est en même temps d’autant plus triste parce qu’il n’y a pas que ce morceau-là ! Quand tu écoutes « Tout doit disparaître » (NDR : compo qui figure sur « L’Armée des Ombres », un long playing paru en 2012), c’est un truc assez poétique à la base : ‘Nous ne sommes pas encore obligés de tuer, il ne nous est pas encore arrivé de mourir’. Y a rien à faire, aujourd’hui, cette phrase nous ramène aussi aux attentats. Tu n’es pas obligé de faire comme ces connards de terroristes, de tuer pour revendiquer une haine de ce que pense l’autre. On rencontre ainsi plusieurs textes de Mass Hysteria, que ce soit dans le dernier cd ou ceux qui le précèdent, qui prennent un tout autre sens aujourd’hui.
Yann : on ne peut pas le cacher : quand Mouss chante « L’enfer des Dieux » sur scène, c’est toujours un moment très fort.
Mouss : c’est notre septième date de la tournée ce soir… Hier, à Cergy Pontoise, le public a chanté tout le refrain. Mais vraiment tout. Les spectateurs le connaissaient déjà par cœur. Et puis tu sais, cette chanson, c’est vraiment un hasard du calendrier. Elle date en fait du début de l’année…
Yann : …et elle a bien failli ne pas voir le jour ! C’était le dernier morceau à enregistrer en studio. Mouss en avait un peu marre et nous avait dit qu’il n’avait que quelques bribes de paroles. Je les ai lues et je lui ai dit direct : celle-là, tu es obligé de la faire, démerde-toi !
Mouss : c’est vrai je n’avais qu’un refrain et un couplet. C’était un lundi, je me rappelle. On a essayé de mettre le tout en boite toute la journée en se disant que si ça marchait, tant mieux, sinon tant pis, mais que ce n’était pas grave…
Yann : …et puis quand je suis arrivé et que j’ai vu le produit fini, je me suis dit ‘putain, mais ça tue !’ Maintenant j’avoue que j’aurais vraiment préféré que ce morceau ne s’inscrive pas autant dans l’actualité… C’était une compo qui était déjà présente en notre for intérieur depuis longtemps. Entre nous, lors de nos discussions, on déduit fréquemment que la religion est quelque chose qui nous fait chier. Et quand j’ai vu la version finale de la chanson, je me suis rendu compte que c’était un bilan mortel de ce qu’on se racontait souvent.
Mouss : mais attention, je tiens à déclarer qu’on respecte évidemment la foi individuelle. On n’est pas des fascistes ! Mon père était musulman et ma mère était catholique, mais ils ne parlaient jamais de religion à la maison. Ces conflits, pour moi, relèvent du Moyen-âge ! Quand l’aventure de Mass Hysteria a commencé, je ne me serais jamais imaginé qu’on aurait composé un titre qui traite de la religion. Jamais ! Dans les années 80 ou 90, c’est vrai qu’il y avait déjà un peu de fanatisme, mais c’était uniquement dans les pays orientaux. Hormis quelques fanatiques catholiques, ce n’était pas chez nous ! On n’en était pas arrivé à égorger des gens dans la rue, parce qu’ils pensent différemment et n’ont pas le même dieu ! Ces gens sont débiles, ce sont des psychopathes et la religion n’est qu’un prétexte à leur maladie.

Vous avez peur aujourd’hui ?

Mouss : évidemment !
Yann : oui… Ils ont déclaré qu’ils allaient viser les écoles. On a tous des enfants…
Mouss : il faut prendre ces menaces au sérieux. Quelques mesures ont été prises. C’est d’un côté un peu rassurant, mais tout en étant terrorisant de se dire qu’il faille aller jusque là !

Vous veniez juste de commencer votre tournée le jour des attentats. Vous souvenez-vous de l’ambiance après le concert ?

Yann : j’ai eu les jambes coupées. À un moment, je me rappelle, un mec dans la foule nous a gueulé qu’il y avait des attentats à Paris. Et puis j’ai demandé à mon technicien, qui m’a répondu : ‘ouais ça craint ; y a 40 morts au Bataclan, mais finis ton concert !’
Mouss : au Bataclan quoi ! On connaît plein de gens là-bas ! On a fini le show, mais l’ambiance était glaciale, tout le monde était refroidi. On a pris congé du public et puis on a tous appelé nos familles. On ne parvenait pas à s’imaginer que des islamistes étaient venus foutre le bordel dans une salle où on a si souvent joué… 

Que ce soit lors de récentes déclarations ou même à la fin du livret de votre dernier opus, Mouss laisse entendre qu’il pourrait faire un break après cette tournée. « Matière Noire » pourrait donc être l’elpee ultime ?

Mouss : je ne sais pas encore ce que la tournée va donner. Mais en tout cas là, elle est bien partie. Et elle est prévue pour durer deux ou trois ans. Puis on sera bien fatigué. Je pense donc qu’ensuite, un break sera inévitable.
Yann : de toute façon, nous, on continuera à composer… Mais il faut savoir que nous, quand on ne tourne plus, ça ne nous fait pas bouffer ! On nous prend parfois pour des stars, ce que nous ne sommes pas ! Par exemple à côté de la musique, je suis coach sportif. Au moment où on doit composer, on doit aussi aller bosser pour nourrir nos enfants. Et on sait qu’on est toujours attendu au tournant… Cette pression, plus on vieillit, plus c’est épuisant ! Par contre effectivement, quand on sort le bébé et que tout se passe comme aujourd’hui, on n’a évidemment pas envie d’arrêter ! Et sincèrement, je n’en ai vraiment pas envie. Mais d’un autre côté, je comprends tout à fait que Mouss ait envie de se poser un moment.
Mouss : je t’avoue que je vais me réserver un peu de détente… J’ai 44 ans, bientôt 45, j’ai aussi envie de vivre un autre truc avec ma femme et mes enfants. Je ne sais pas encore quoi précisément, mais surtout je ne tiens pas à regretter de ne pas l’avoir tenté tant qu’il était encore temps. Ce ne sera qu’un break, ce n’est pas encore le terminus. Et puis il me permettra probablement aussi d’être plus détendu, plus relax, afin d’améliorer encore mon écriture. Mais enchaîner tout de suite après cette tournée qui s’annonce assez longue, non… pas possible pour moi.

 

 

Mass Hysteria

Une messe hérétique responsable d'une hystérie collective…

Écrit par

Bravant héroïquement le niveau trois d’alerte terroriste, le public belge s’est déchaîné corps et âme, suite à l’appel des furieux Mass Hysteria. Leur « Matière Noire » sous le bras (NDR : 8ème LP studio fraîchement sorti le 23 octobre dernier), les Français n’ont pas failli à leur réputation : ils ont mis le feu. Retour sur cette soirée liégeoise haute en sueur, décibels et autres moshpits.

Initialement programmé le samedi au Centre Culturel de Chênée, mais reporté le lendemain suite à des problèmes d’infrastructure, c’est finalement en plein cœur de Liège que s’est déroulé le show. Un changement de date qui a malheureusement évincé les Stoners de Deep Show, de l’affiche. Dommage ! C’est par ailleurs un choix cornélien qu’ont dû poser les Metalleux de Belgique en cette soirée pluvieuse : Sylosis/Children of Bodom à Courtrai ou Libertas Gentes/Mass Hysteria à Liège ? Quoi qu’il en soit, dans le Nord du pays, bon nombre d’aficionados ont visiblement bravé le crachin national afin de remplir comme il se doit la petite salle du Reflektor. En témoignent le niveau de chaleur et le taux d’humidité rapidement atteints entre ces quatre murs ; d’ailleurs on n’était pas très loin du sold out. Autre constat : en vingt-deux années d’existence, Mass Hysteria a pu toucher quelques générations, rameutant désormais autant de tempes grises que des plus jeunes en crise. Autant dire un public aux tranches d’âge variées, les old school de l’époque du « Bien-être et la Paix » rejoignant les nouvelles recrues fraîchement contaminées par la « Matière Noire ».

Tout brasier nécessitant toujours une étincelle, c’est aux Liégeois de Libertas Gentes qu’est confiée la lourde tâche de l’allumer. Un pari audacieux, vu le style proposé, soit un Hip-Hop doublé d’une carapace de Rock dur au sein duquel militent les musiciens. Outre quelques inconditionnels acquis à leur cause et donc réceptifs dès les premiers riffs, les spectateurs, d’abord perplexes et sur la défensive, vont se laisser progressivement emporter par le flow enivrant du quintet. Affichant un certain charisme, le duo vocal formé par Mangouste et Alihyene va même réussir à arracher à la fosse quelques pogos et levées de bras au rythme de leurs morceaux. Une bonne entrée en matière, pourtant pas gagnée d’avance.

A peine le temps d’aller se rafraîchir qu’un grand backdrop (de la largeur de la salle !) est déplié à l’arrière de la stage. Le logo de Mass Hysteria envahit désormais cet espace, seul et unique artifice visuel du groupe. Après quelques vérifications usuelles des instruments, les lumières s’éteignent enfin. L’auditoire commence à vociférer. Le thermomètre grimpe encore de quelques degrés. Sans doute stressé par le bruit d’un incessant tic-tac, l’assistance, impatiente, finit par applaudir. Baguettes en l’air, Raphaël Mercier, acclamé par la foule, prend place derrière son kit de batterie. Yann Heurtaux, guitariste des premiers jours, déboule à son tour sur l’estrade, son impressionnante carrure dominant le panorama, suivi de près par Vince Mercier à la basse et Frédéric Duquesne à la seconde gratte. L’occasion pour ce dernier de se présenter (NDR : il remplace Nicolas Sarrouy, qui a quitté le combo cet été). Une présentation cependant toute relative, car Frédéric est loin d’être un inconnu de la scène Rock/Metal, puisqu’il sévit encore chez Bukowski, après s’être forgé une belle expérience chez Watcha et Empyr.

Deuxième salve de clameurs lorsque déboule finalement Mouss Kelai, frontman charismatique du band, agrippant le pied de son micro et le brandissant vers la fosse, procurant aux badauds l’opportunité d’expulser vocalement la tension contenue jusqu’alors. ‘Bonsoir Liège ! Oufti !’ braille-t-il sous les hurlements et les premiers riffs de « Tout doit disparaître ». La course folle est lancée, il n’en faut pas moins pour faire jumper le peuple, déjà acquis à sa cause avant même qu’une note n’ait pu résonner.

On peut résumer la prestation de ce soir à une heure et demie de folie. Il faut dire aussi que la setlist était explosive : « World on Fire », « P4 », « Pulsion » ou encore « Une somme de détails », autant de titres qui ne peuvent que communiquer la fièvre au sein du public local. Confiant en coulisse qu’il se sentait un peu grippé, Mouss paraît néanmoins en belle forme ce dimanche, peut-être revigoré par ces quelques verres de vin chaud avalés juste avant sur la place de la Cité Ardente... Fidèle à lui-même –y compris quelques cafouillages concédés de temps à autre dans les paroles– le frontman est parvenu à maintenir cette tension frénétique tout au long des vingt titres du set. Le public, déchaîné, ne cesse de se lancer dans des pogos ou de monter sur le podium afin de se relancer aussitôt dans la foule. Problème : il n’y a qu’une cinquantaine de centimètres entre les barrières Nadar et la scène. Impossible de s’en rendre compte dans l’obscurité. Conclusion, les acrobaties provoquent rapidement de multiples éraflures et/ou chutes. Sans compter les quelques stage divings ratés, finissant dès lors tête la première sur un sol maculé de bière. ‘Oh mec, ça va ?’ lance Mouss à un fan fraîchement tombé. ‘Ah merde, tu saignes de la tête ! Y a des secours ici ?’, poursuit-il, précédé de Vince, le bassiste, ôtant son t-shirt afin d’en faire un bandage de premier secours. Mais plus de peur que de mal, et l’alcool aidant peut-être, l’éclopé semble plutôt bien s’en sortir. Ambiance, je vous le disais.

Cette soirée constitue également l’occasion de découvrir quelques nouvelles cartouches issues de « Matière Noire ». En veux-tu, en voilà : plus d’un tiers du show lui sera consacré. Et quel bonheur ! Ces dernières compositions, interprétées en live, dévoilent dès lors tout leur potentiel de puissance. « Chiens de la casse », morceau d’ouverture du dernier album, explose littéralement, stimulé par une batterie se muant pour l’occasion en un rouleau compresseur corrosif. Vous avez survécu ? Tant mieux, vous reprendrez donc bien une ou deux bonnes claques. Elles seront assénées par « Vae Soli » et « Vector Equilibrium » ! Une soirée forte en émotions, où l’exutoire et le déchaînement ont néanmoins fait place nette au recueillement après quelques morceaux. ‘Nous dédions ce morceau à toutes les victimes du vendredi 13. A Paris, à tous nos amis qui s’en sont sortis ainsi qu’aux autres…’, confie Mouss, la voix chargée d’émotion. Il repose son micro sur son pied et agrippe fermement ce dernier tout au long de « L’enfer des Dieux ». Yann semble vivre chaque note qu’il tire de ses cordes de guitare  Les visages des artistes sont durs, fermés et visiblement marqués par les évènements. C’est le point levé qu’ils achèvent le morceau, ponctué d’applaudissements retenus et empreints de respect.

Après deux décennies de carrière, le band hexagonal peut se targuer d’un répertoire plutôt large. C’est par l’option old school qu’il a ce soir décidé de finaliser sa prestation. ‘On va vous jouer un morceau du siècle dernier... retour en ’99 !’ clame le chanteur avant de balancer « Contraddiciton ». Un retour dans le passé qui parvient à faire monter la température d’un nouveau cran, tout au long de « Donnez-vous la peine » et « Respect to the Dancefloor », deux plages issues du premier LP, gravé en 97, un disque composé et enregistré à Liège. Le clin d’œil méritait donc d’être souligné… Après l’hymne consacré à l’honneur des mélodies au triton, « Plus que du Metal », c’est par le sacro-saint « Furia » que Mass Hysteria met fin à sa messe hérétique. Les derniers survivants finissent à genoux. Quelle que soit l’énergie initiale, tout le monde finit lessivé par la tornade française. On vous avait prévenu : les Furieux sont des bêtes de scène et ont la fâcheuse réputation de mettre un beau boxon. Ce soir, à Liège, ils en sont sortis vainqueurs. Une fois de plus.

Setlist : Tout doit disparaître - World on Fire - Chiens de la casse - Notre complot - Une somme de détails - Babylone - L'Enfer des Dieux - Vector equilibrium - P4 - Failles - L'Archipel des pensées - Vae Soli - Tout est poison - Pulsion - Positif à bloc // Rappel : Contraddiction - Donnez-vous la peine - Respect to the Dance Floor - Plus que du métal – Furia

(Organisation : Les Fruits de la Passion - Concert Promotion ASBL)

Mass Hysteria

Matière noire

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Il y a maintenant six ans, Mass Hysteria opérait un virage musical plus sombre et plus mature, en publiant l’album « Faille », virage confirmé en 2012 par un excellent « L’Armée des Ombres ». La barre était donc mise très haute, en attendant la sortie du troisième opus, mystérieusement intitulé « Matière Noire ». Pari relevé ?    

Avant toute écoute, penchons-nous sur l’artwork. Très épuré, il affiche un visage féminin quasi-intégralement recouvert d’une substance épaisse et sombre, une obscure et goudronneuse ‘matière noire’ (un détail exploité dans la version limitée de l’opus, car il est emballé dans un fourreau insérant une pochette translucide de liquide noir). Une ligne graphique qu’on retrouve tout au long du livret, réunissant les paroles des onze pistes. Inimaginable en effet que le groupe n’y insère pas ses lyrics tant Mass Hysteria symbolise autant une puissance musicale que lyrique. La verve engagée, révoltée et progressiste de Mouss, vocaliste de la formation, est en effet une des clés de la réussite du quintet français.

« Chiens de la casse », titre d’ouverture de ce huitième elpee, ouvre la brèche. Les premiers riffs, typiquement colorés Mass Hysteria, sont suivis d’une déferlante de batterie amplifiée par des effets sonores dramatiques. ‘Vous avez pris notre tolérance, pour une faiblesse ! Souffrez que votre impatience, vous blesse !’, clame vindicativement Mouss. Le doute n’a été que bref : les Français sont de retour, remontés à bloc. Une nouvelle cuvée marquée par un changement de line up à la guitare, Nicolas Sarrouy annonçant son départ l’été dernier pour vaguer vers d’autres cieux (NDR : un nouvel élan bien malheureusement terni par un grave accident, plongeant le musicien dans le coma ; oscillant entre la vie et la mort, la force de vivre a finalement pris le dessus et Nicolas est actuellement en centre de revalidation). C’est Frederic Duquesne, connu notamment pour avoir milité chez Watcha et Empyr, qui se consacre à présent à la seconde gratte. Un proche du combo, vu qu’il est également leur producteur depuis huit ans. On reste en famille.

Comme évoqué un peu plus haut, cet LP est la suite logique du précédent (et c’est tant mieux !) ; mais il recèle son lot de petites perles. En témoigne l’intervention totalement inattendue de sonorités d’harmonica sur « Vae Soli », conférant à la piste une profondeur mélancolique non négligeable. Ou encore « L’enfer des dieux », à l’architecture atypique et à l’ambiance lourde, autant musicalement parlant que par le message véhiculé, à l’éternelle relation ambivalente entre déité et humanité.

Redoutable parolier, Mouss offre une fois de plus son lot de ‘punchlines’ positives, où il tente, bien souvent avec succès, d’insuffler une énergie positive afin de sortir d’un merdier poisseux. S’extirper tant bien que mal d’une matière noire ? 

‘Je suis donc je pense. J’ai choisi la joie comme vengeance, vae soli’ ou encore ‘Soit tu votes blanc, soit tu restes à la maison, matière noire, masse manquante dans le débat, je ne vois aucun nouveau Jaurès à l’horizon, où sont les vrais hommes venus d’en bas ?’ Deux flèches décochées parmi d’autres, terminant généralement leur course au cœur de la cible.

En vingt-deux années d’existence, Mass Hysteria a pris plaisir en goûtant à différents styles. Mais le message semble à présent clair : les Français comptent plus que jamais jouer la carte du Metal. Preuve en est lors de l’hymne « Plus que du Metal ! », véritable plaidoyer pour les amateurs de la note du diable. Nul doute que ce morceau a été taillé pour être joué en live et provoquer, comme est scandé ‘L’unité dans l’ivresse…’ Car même si ce long playing constitue certainement une des plus grosses sorties cette année dans l’univers du Metal français, il sert surtout de tremplin à Mass Hysteria pour décupler en live la puissance de ses compositions. Ce n’est plus un secret pour personne : les musicos sont devenus, au fil des années, d’incontournables bêtes de scène.

Un petit bémol pour la forme ? On regrette parfois l’une ou l’autre instru un peu trop ‘foraine’, comme par exemple ce bruit de flipper sur « Vae Soli » ou cette sirène qu’on pourrait retrouver en boîte, tout au long de « L’espérance et le refus ». Mais c’est bien là un des seuls points faibles de « Matière Noire ». Une étoile de plus sur leur maillot, qui ne fait que confirmer leur aura, travaillée au corps depuis plus de deux décennies. Car outre sa capacité à envoyer généreusement des giclées d’adrénaline salvatrices, Mass Hysteria suscite la réflexion et la remise en question, tout en poussant à l’émancipation. Compte tenu du contexte sociétal actuel, cette impulsion positive est tout, sauf dérisoire.

 

Mass Hysteria

Live (Dvd)

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Mass Hysteria, où comment vivre un concert de ‘furieux’ comme Mouss, le leader du groupe, les aime…

Mass Hysteria est né en 1993 et se distingue des nombreuses autres formations hexagonales, à cause d’un style très caractéristique, généreusement électrique, très rythmique, dynamique, qui est devenu sa marque de fabrique. Un style qui agrège étroitement métal, rock, et electro…

Mais c’est surtout en ‘live’ que le combo prend toute sa dimension. Sa puissance. Lors de concerts de folie à l’ambiance conviviale, que les fans ne rateraient pour rien au monde.

Ce dvd live a été enregistré au Bikini, à Toulouse. Il ne révèle pas vraiment les moments de complicité qui existent entre les fans et le groupe, mais montre à quel point l’ambiance est enivrante. Et dès les premiers instants du set.

Les prises de vue ont bénéficié de quelques retouches graphiques afin de communiquer davantage de caractère aux séquences filmées.

Au sein du tracklisting, figurent des titres incontournables comme « Babylone », « Aimable à souhait », « Contraddiction » ou encore « Donnez vous la peine », l’une des premières chansons du groupe.

Ce sera sans doute la dernière fois qu’on verra Stephane Jaquet, le bassiste, à l’ouvrage, au sein du line up, car il a récemment décidé de quitter le navire. Apparemment en bons termes ; c’est en tout cas ce qu’a déclaré le porte-parole du band. Ce qui ne devrait pas non plus empêcher l’aventure Mass Hysteria de se poursuivre, puisque le combo a déjà trouvé un remplaçant.

Un Dvd à conseiller vivement aux aficionados de Mass Hysteria. Et aux autres qui souhaiteraient intégrer le fan club des furieux et furieuses…

Mass Hysteria

Mass Hysteria

Écrit par
Quatre longues années d'attente pour les uns, quatre belles années de détente pour les autres: l'heure du nouvel album de Mass Hysteria a sonné. Véritable pilier du métal hexagonal, le quintette est rapidement devenu une référence pour de nombreux ados. Principale raison de cet engouement tricolore: une puissance de scène rageuse et maîtrisée. Le quatrième album de Mass Hysteria souffre indéniablement du même mal que ses prédécesseurs: l'intrépide énergie de leurs concerts s'est encore perdue en studio. Pire, le groupe semble faible, en bout de course. Même la voix de Mouss commence à tourner en rond. Pourtant, Mass Hysteria a cherché à innover. Notamment en invitant Miossec (certainement un illustre inconnu pour la fourmilière néo-métal) à l'écriture de cinq titres ou en lissant sensiblement la totalité de la production. Mais rien n'y fait: Mouss et les siens ont débrayé, ralenti la cadence et passé un cap de l'existence. Oui, Mass Hysteria a vieilli. Et malgré quelques bonnes échappées ("La Permanence", "Laissez penser"), ce disque flétrit dans une sorte d'adolescence artificielle, un plan business où les grands jouent les enfants pour plaire aux parents. Rien ne va plus. ‘Salut les furieux, salut les furieuses’: rentrez chez vous !

Mass Hysteria

Contradiction

Avec un nom pareil, vous vous doutez certainement que nous sommes en présence d’un groupe de hardcore. Issu d’outre-Quiévrain, pour ne rien vous cacher. Tout comme No One Is Innocent, Mass Hysteria s’exprime dans la langue de Molière, question de bien faire passer des textes plutôt philosophico-poétiques que politiques. Seule différence, une trame de fond électro-atmosphérique qui cherche, à l’instar de Nine Inch Nails, à alléger la forme métallique des compositions. Quant à imaginer qu’elle y parvienne, c’est une autre histoire…