The Ex est un groupe hollandais fondé en 1979. C’est-à-dire en pleine apogée du mouvement punk. Plus de trente ans plus tard, The Ex a toujours bon pied bon œil. Néanmoins, le line up a connu de nombreux changements. Y ont ainsi milité Han Buhrs et Luc Ex. Et ce sont ces deux musicos qu’on retrouve chez Rubatong. Han chante, suivant l'humeur du moment, tantôt en anglais, néerlandais, français voire en patois allemand. Luc se charge de la basse acoustique. René Van Barneveld (Urban Dance Squad) est préposé à la guitare. Un gratteur qui aime mêler funk, rock et rap. Enfin, Miss Tatiana Koleva, issue du monde de la musique contemporaine, se réserve le vibraphone et les percussions. Toute l’équipe est responsable de l’écriture des dix chansons de cet opus. La musique est totalement expérimentale, étrange, parfois proche du free jazz, même si on y décèle des traces de blues contemporaines.
Dès "In a haze" on est frappé par la voix peu conventionnelle, possédée, mais très claire de Han. Minimaliste, la section rythmique imprime un tempo hypnotique. Bien intégrée, la slide colle parfaitement aux basques de Mr Buhrs. Soudain, c’est le calme. Puis une impro. Une exploration sonore dirigée par la basse et le vibraphone de Tatiana. Un vibraphone qui balise "Future hung around". La ‘quatre cordes’ y rejoint la percussion lugubre. La voix de Han hante ce climat inquiétant, chargé de torpeur. Elle se mue en instrument pour dialoguer avec ses partenaires. Ces échanges étranges me rappellent ceux qu’entretenaient Damo Suzuki et les membres de Can, groupe phare du krautrock. C’était il y a bien longtemps… La folie instrumentale déborde sur "G-Spot democracy". Les cordes de Van Barneveld décapent et délirent, tel un Zappa se tortillant au cœur de ses ‘mères des inventions’. Débridé, décoiffant, "Protilanenmensch" est un blues de l'impossible. Telle une âme damnée, Buhrs évacue de son corps tous les maléfices qui l'avaient envahi, face aux cordes à l'agonie. Enfin, la douceur contenue de "Finger prints" apporte un peu de réconfort. La guitare de René découpe "Dirty lil' kiss". Les interventions de la slide sont lacérées au rasoir, comme un blues chirurgical qui aurait échappé aux canons du style! "F voor af" adopte un profil blues plus traditionnel. On imagine un John Lee Hooker désorienté revenu sur notre planète pour exprimer tous les mots débutant par la lettre F! Deux plages sont chantées en français. Tout arrive. D’abord, "Il-y-a des choses", un exercice de style ludique et rythmique, ciselé soigneusement par les percussions de Tatiana. Ensuite, "A ce moment", une autre piste empreinte de douceur et d’intimisme. Très particulière, cette œuvre est indéniablement originale. Elle se referme par "Riga", un bref accès de colère slave…