De mère française et de père algérien, Sinik est âgé de 24 ans. Il en est à son premier album solo après diverses expériences avec ses potes dans des collectifs baptisés Amalgame ou Ul’Team Atom. On peut parler dans son chef de ‘rap réaliste’, comme on disait ‘chanson réaliste’ le siècle dernier, puisque son propos est essentiellement autobiographique, à l’image d’« Une époque formidable », le morceau d’ouverture qui fait la chronologie de sa ‘laïfe’, comme il dit. Le parcours de Sinik est traditionnel, c’est celui d’un gosse de la cité dont l’obsession est de sortir d’une condition minable. Il fait partie de ceux qui ne voient en gros que deux façons de sortir de sa condition: réussir dans le rap ou dans le foot (il cite Thierry Henry, Patrice Evra, Michael Owen et d’autres). Pour un maximum de crédibilité, il s’étend aussi sur ses erreurs, ses trafics et braquages (?), qui l’ont conduit à fêter son 18e anniversaire à Fleury Mérogis. Sinik a incontestablement des choses à dire. Son flow est impitoyable, d’une énergie soutenue, sans le moindre coup de mou. L’écriture est à l’avenant, couillue, pleine de rage, proposant une photographie du langage de la rue où on n’épargne surtout pas les putes, les pétasses, les garces, les keufs, les racistes... On oublie parfois de préciser que dans le ‘rap petite frappe’ (équivalent francophone du gangsta-rap), la langue, aussi, est très intéressante. Sur le message, on sera un peu plus circonspect. Le trip ‘truand d’honneur’, un chouia parano, est visiblement de rigueur. ‘Les lois sont détestables/ le procureur fait du spectacle/mais les valeurs que prônent la rue sont respectables’, écrit-il avant d’énumérer les 15 articles de ce qu’il faut bien appeler un code d’honneur du truand. Cela dit, Sinik sait aussi se remettre en question: « Le même sang » (un duo avec Diams) confronte le point de vue du petit caïd avec celui de sa famille, et les certitudes deviennent déjà moins monolithiques, mais c’est à peu près le seul moment: pour le reste, il est résolument sûr de lui, de ses convictions, de ses valeurs. Bien sûr, il ne saurait être question de balayer le hip-hop français d’un revers de main comme le fait par exemple Laurent Gerra, l’humoriste réac. Mais on se doit de garder un regard critique sur un genre qui ne pratique guère l’humour, où le second degré est absent, où le monde est manichéen, où les méchants sont les autres, et où si on est ostensiblement anti-George, on est aussi, ouvertement pro-Oussama...