Le « Return of The Wu and friends » constitue probablement une excellente nouvelle pour les fans du collectif new-yorkais. Enfin, en lisant le titre de l’elpee. Mais si vous vous attendiez à du neuf, de la part de cette bande de rappers, vous risquez fort d’être déçus. Pas question donc d’une nouvelle production de la part des adeptes de hip-hop version Shaolin ; car ce disque se résume à une compile de remixes et flip sides, mise en scène par le très doué DJ Mathematics. Method Man, RZA, GZA, Raekwon, U-God, Masta Killa et Inspecta Deck ne sont pas encore prêts à retourner en studio ensemble. Et de donner une suite au faible « 8 Diagrams », publié en 2007. L’aspect lucratif explique sans doute ce faux retour ; mais, surprise, cette peu glorieuse motivation n’enlève rien à la qualité du produit…
Dès les premiers vers prononcés, le flow des rappeurs yankees est toujours aussi cinglant. DJ Mathematics, producteur légendaire du mythique crew et auteur du non moins célèbre logo du groupe est aux commandes. En outre, les membres participent, chacun leur tour, à cette collection de titres composés entre 2000 et 2008 (NDR : un tracklisting épinglant de nouvelles versions d’anciens morceaux comme « Clap » ou « Respect », rebaptisés de manière très judicieuse « Clap 2010 » et « Respect 2010 »). Certains titres comme « It’s What It Is » de Masta Killa, « Treez » de Raekwon ou « Early Grave » de feu ODB & Bad Luck, vous plongent immédiatement 10 ans en arrière. A une époque où le hip-hop du Wu-Tang incarnait le mix parfait entre la rugosité du flow East-Coast et l’imagerie Kung-Fu chère à Bruce Lee ! Le flow énergique de Method Man est une fois encore inégalable sur « John 3 :16 » ; et, de façon surprenante, Masta Killa, le MC le moins médiatique du collectif, se taille ici la part du lion, en manifestant beaucoup de talent.
Ce come-back labélisé East-Coast ne s’adresse donc pas seulement aux nostalgiques. Et pour cause, il accouche d’un excellent elpee. Le mélomane a parfois l’impression de découvrir un mix-tape assez génial d’un obscur petit collectif produit par un DJ inconnu promis à un grand avenir. Les coffres du Wu-Tang regorgent probablement d’une multitude de trésors du même acabit, des pépites susceptibles de produire d’autres compilations du même genre, totalement inutiles, mais jubilatoires de bout en bout…