La Norvège bien pensante semble être prête à pardonner au black métal ses dérives incendiaires et criminelles des années 90. Ce sont, en effet, plus de 250 000 Norvégiens qui, en janvier dernier, ont soutenu de leur vote, la candidature de Keep Of Kalessin au concours Eurovision de la Chanson. Bien sûr, ces suffrages n’ont pas été suffisants pour permettre au combo black métal de Trondheim de rendre malade Michel Drucker (NDR : Lordi, il y a quelques années, y était parvenu). Mais ce plébiscite en dit long sur l’ouverture d’esprit des pays scandinaves, vis-à-vis des musiques plus extrêmes.
Si l’on peut s’interroger sur les motivations réelles qui ont poussé Keep Of Kalessin à se présenter à un tel concours (Célébrité ? Argent ? Provocation ? Pied de nez aux conventions ?), on ne peut pas vraiment affirmer que le groupe ait vendu son âme au diable pour parvenir à ses fins. « The Dragontower », l’extrait du nouvel album choisi pour être interprété au célèbre concours, bien que plus ‘heavy mélodique’ que le reste du tracklisting, ne rentre quand même pas dans les standards de la pop européenne. Et pourquoi pas l’an prochain, afin de s’aligner sur les pays nordiques, ne pas envoyer Enthroned ou Ancient Rites représenter notre pays à l’Eurovision ? Juste pour savoir combien de voix, ils parviendraient à recueillir.
Keep Of Kalessin a été fondé en 1995 par le guitariste Obsidian C. (Satyricon, Headspin). Outre ce seul membre survivant de la formation originelle, le line up actuel est constitué de Thebon (Subliritum, Twinsoul) au chant, Wizziac (Eternal Silence, Headspin) à la basse et Vyl (Gorgoroth, Headspin) aux baguettes. « Reptilian », le sixième album du combo a la lourde tâche de succéder à « Kolossus » (2008) et « Armada » (2006), deux pièces maîtresses du black métal épique. Pas vraiment facile quand on sait que de nombreux fans ‘hardcore’ de la formation ont un peu de mal à lui pardonner son escapade ‘eurovisionnienne’. Pourtant, il faut bien admettre que la qualité est présente. Le son, tout d’abord, est assez massif. Signée par Daniel Bergstrand (Meshuggah, In Flames, Behemoth, Ram-Zet, Soilwork), la production ne pouvait qu’être excellente. Fidèle à son habitude, Keep Of Kalessin propose une série de titres assez longs et épiques, mélangeant le style de Satyricon à celui de Dimmu Borgir. « Reptilian » est un album black métal épique et symphonique aux parties rapides impressionnantes mais qui parfois, ne rechigne pas à s’aventurer sur le terrain du doom. Vyl semble être un adepte inconditionnel du blast-beat intensif. De quoi susciter parfois une certaine irritation. K.o.K. semble avoir travaillé et diversifié un peu son registre vocal. Pas de chant clair cependant, mais quelques vocaux plus graves (à la limite du drone) et quelques chœurs lyriques bien sentis. Le point culminant de l’opus est sans conteste le titre fleuve « Reptilian Majesty ». Quatorze minutes d’un black métal sombre et sinueux. Une composition à la fois violente, ambiante et héroïque, truffée de chœurs et d’arrangements qui s’inscrit parfaitement dans la lignée des deux efforts précédents du combo norvégien.
S’il n’atteint pas la qualité de composition d’« Armada », pour lequel le Keep Of Kalessin avait placé la barre très très haut, « Reptilian » est cependant un poil au dessus de « Kolossus » qui, personnellement m’avait un peu déçu. Norvège quatre points, Norway four points !

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