Joe Cocker affiche aujourd'hui 66 balais. Ce citoyen de Sheffield doit certainement toujours se rappeler la bonne idée d’avoir enregistré, en 1968, le "With a little help from my friends" des Beatles, une chanson issue de leur album "Sgt Pepper" ; et puis ensuite de l’avoir interprétée lors du festival de Woodstock, en août 1969. Car cette cover va figurer dans le film consacré à cet événement et lui procurer une notoriété fulgurante. L'année suivante, Joe tourne inlassablement aux USA, et enregistre l'album culte "Mad dogs and Englishmen". Plus de quatre décennies plus tard, l’artiste anglais bénéficie toujours des retombées de ce succès précoce. Certes l'homme ne manque pas de talent. Vocal. Avant tout. Une voix typée, puissante, rocailleuse, toujours plus ravagée au fil de l'âge. Il est toujours parvenu à se magnifier en ‘live’. Se forgeant ainsi une réputation unique. Ce qui explique pourquoi il a tourné aux quatre coins du monde.
Joe compte près de trente albums à son actif. Et vient donc de publier "Hard knocks". Franchement, un disque un peu court pour un artiste de son statut. Dix plages qu’il interprète, car il n'est pas compositeur. Il est soutenu par son band : Ray Parker Jr à la guitare, Josh Freese aux drums, Chris Chaney à la basse, Jamie Muhoberac et Matt Serletic aux claviers, ce dernier se chargeant également de la programmation et de la production. Un produit étiqueté ‘Joe Cocker’ est destiné à la vente. Donc il a été concocté pour séduire le plus large public possible. La mise en forme est très soignée. Les chœurs, les cuivres et les arrangements de cordes synthétiques enrichissent régulièrement la solution sonore.
L'opus s’ouvre par le titre maître. Un compo qui ne manque pas de charme. Le rythme est bien balancé. La voix très caractéristique de Joe, bien posée à l'avant. Imprimé sur un tempo soutenu, "Get on" est sculpté dans le funk. Une invitation naturelle à la danse. Cependant, Cocker est au sommet de son art lors des ballades les plus lentes. A l’instar d’"Unforgiven", une compo fort bien ficelée qu’il chante en injectant toute sa passion. Autre funk, "The fall" manque de naturel. Pourtant l’intensité de la plage est suffisamment contenue ; mais les arrangements très (trop) travaillés sont envahissants. Douceur et mélancolie bercent "So it goes". Fort bonne composition, "Runaway train" est gâchée par la mise en forme. Trop léchée. Il y manque ce zeste de folie. Dommage ! Sous une forme plus dépouillée, le résultat aurait été superbe, car Cocker vit très intérieurement cette plage et laisse éclater toute sa passion, en fin de parcours. "Thankful" est une compo très radiophonique. Contagieuse aussi. Joe y est soutenu par un chœur gospel conséquent. Trop longtemps restée dans l'ombre, la guitare fait enfin son apparition. Elégante, mais dépouillée, "So" est une chanson qui s’adresse aux couples impatients de roucouler. Et les chœurs gospel font leur retour lors de la finale "I hope". Franchement on était en droit de s’attendre à autre chose du Cocker nouveau!

Nederlands
Français 
