Le jazzman anglais Kenny Graham, flanqué de ses 'satellites' enregistrait, en 1956, « Suncat Suites », un elpee partagé entre covers de Moondog et six compositions personnelles. Même si, comme la plupart des jazzmen de l'époque, Graham admirait Moondog et lui vouait une admiration certaine, le titre choisi pour son opus sous-entendait le désir de prendre les choses sous un autre angle. Moondog était un compositeur incroyable, une figure emblématique de l'underground new-yorkaise des années cinquante. Portant barbe et casque cornu, jouant chaque jour au même endroit, dans la rue, il était surnommé ‘Le Viking de la 6ème avenue’, avant d'être mondialement salué comme Moondog. Devenu aveugle suite à un accident survenu au cours de son adolescence, il composait en braille, s'inspirant de Bach, vivant une vie de nomade. Maître du contrepoint, du contretemps et des mesures aux rythmes inhabituels, marqué par les percussions amérindiennes au cours de son enfance, il composait scrupuleusement ses morceaux en n’intégrant presque jamais l’improvisation dans l’interprétation. De la musique novatrice, jouée comme de la musique classique, à l'époque du jazz.
Dans l'immensité des créations de Moondog, Kenny Graham a choisi des morceaux instrumentaux, essentiellement consacrés aux percussions et à la flûte.
Le disque s'ouvre par « One Four », fragment d'une trentaine de secondes. « Two Four », « Three Four », « Four Four » et « Five Four » constituent les autres exercices de style intercalés entre d'autres morceaux plus longs. Ces cinq compositions sont autant de variations sur les structures rythmiques qu'un tambour et une caisse claire peuvent transmettre. Ces sons répétitifs ont une allure guerrière. Les voix, présentes sur d'autres titres, et la flûte, confèrent un air presque pastoral à l’interprétation.
La deuxième partie, composée par Graham, est constituée de six titres. Il se référent tous au soleil, par jeu d'opposition à la lune. « Sunrise » reprend le même genre de vocalises que les morceaux de Moondog, sur des rythmes toutefois moins profonds, plus légers. « Sunbeam » est franchement plus jazzy, quant à « Topical Sun », entamé par un hautbois et une voix toute religieuse, il glisse ensuite vers des rythmes latinos, presque dansants, tandis que la flûte et le saxo s'excitent mutuellement. C'est différent de ce que l'on entendait chez Moondog, mais la parenté est palpable. « Sunstroke » est caractérisé par des rythmes répétitifs, décalés, rituels, sur lesquels viennent se poser des mélodies hachées ; une forme de jazz que l'on qualifierait aujourd'hui d'expérimental.
Ce disque, publié par Trunk Records, est donc une réédition. Ce n'est pas un opus à mettre en fond sonore pour une soirée, plutôt à écouter attentivement.
En tout cas, cet hommage au maître Moondog est une bonne occasion de se replonger dans sa musique, de chercher des informations (et elles ne manquent pas sur le net) sur sa vie et son œuvre hors du commun.

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