Tim Woods est un bluesman de couleur blanche. Chanteur, guitariste, compositeur, il n’est guère notoire ; mais à l’instar de nombreux modestes artisans, il est animé d’une passion constante. C'est ce qu'il a voulu prouver tout au long de ces "Blues sessions", en exploitant différentes formules. L'homme a pourtant déjà plus de 25 années de carrière. Ce qui lui a permis de côtoyer de nombreux musiciens qui partagent cet amour inconditionnel pour les douze mesures.
"The Blues sessions" constitue son tout premier opus ; et saluons son initiative d’avoir voulu la traduire en hommage au blues et aux musiciens légendaires qui ont forgé ce style. Tim est originaire de la Pennsylvanie ; il a passé l'essentiel de sa vie musicale en Georgie, surtout du côté de Macon! Il a donc dû prendre son bâton de pèlerin pour concocter cet elpee. Six mois ont donc été nécessaires pour boucler les différentes sessions studio (NDR : à Chicago, à Clarksdale dans le Mississippi et chez lui, à Atlanta, en Georgie). Des sessions auxquelles ont participé une bonne quinzaine de musiciens. Ce qui lui a permis d’aborder des styles très différents. Tant électriques qu’acoustiques. Du blues lent au rapide en passant par le boogie! Et c’est le patron du label Earwig (de Chicago), Mr Michael Franck, qui s’est chargé de la production, aux côtés de Woods.
Les sessions s’ouvrent par le traditionnel "Deep ellum blues". Le line up campe un trio. Woods est soutenu par le guitariste Eric Noden (NDR : un musicien le plus souvent associé à l'harmoniciste Joe Filisko) et le drummer Kenny Smith (NDR : le fils de Willie ‘Big Eyes’). La voix de Tim n’est ni passionnante et encore moins passionnée, mais elle est solide et passe bien la rampe. En outre, elle est bien mise en exergue par les deux grattes acoustiques. Tim voue une admiration sans borne au légendaire bassiste de Chicago, Willie Dixon ; sans doute le compositeur le plus prolifique de l’histoire du blues! Mais aussi à un autre pionnier, Howlin’ Wolf. Et il le démontre sur "Do the Do". Le tempo est allègre. Les sessions se sont déroulées à Chicago. Elles ont bénéficié de la collaboration d’acteurs locaux réputés, comme le guitariste John Primer, le pianiste Alan Batts et le bassiste Bob Stroger. Les échanges de cordes sont de haute facture. "Castle rock boogie" trempe évidemment dans le boogie. Une compo signée par un spécialiste du genre, le pianiste Roosevelt Sykes. Pour la circonstance, Batts se réserve les ivoires de main de maître. Tim a aussi invité un vieux bluesman de couleur noire, Honeyboy Edwards. Issu du Delta, il est aujourd'hui âgé de 95 ans. Il a participé aux sessions de trois plages. Et elles sont chargées d'une intense émotion. Les deux musicos se partagent chant et guitare sur "Bad whiskey & cocaine" et "Wind howlin' blues". Honeyboy chante seul "Drop down Mama". Les 3 titres sont issus de la plume d'Edwards. Caractérisé par ses cordes acoustiques, la lecture de "Spoonful" est très personnelle. Le rythme s’est accéléré. Noden, Smith et Tim reforment le trio. Pour la session de Clarksdale (NDR : c’est dans le Mississippi, au cœur du delta) il est épaulé par l’un des maîtres des lieux, Big Jack Johnson, ainsi que par le bassiste Terry ‘Big T’ Williams. Allen Batts siège derrière l’orgue tout au long de "Clarksdale boogie", un instrumental bien nerveux. Le traitement du "Built for comfort" de Dixon est très funky. La cover du "Who's been talkin'" de Howlin' Wolf, superbe. Pour votre info, sachez quand même que Batts a accompagné les plus grands. Que ce soit Freddie King, Jimmy Witherspoon, Eddy Clearwater ou Albert Collins. Et pour être complet, signalons la présence de deux plages assez longues, au cours desquelles participent des musiciens moins connus, mais dont le rendement est tout à fait honorable. En l’occurrence le violoniste Joe Craven, l’illustre Ike Stubblefield, plutôt balèze derrière son orgue Hammond, et enfin Bobby Lee Rodgers, dont l’habileté aux cordes, reflète des affinités évidentes pour le jazz. Cette équipe se fend alors d’une adaptation du "It don't make sense you can't make peace" de Dixon et d’un "World comes tumblin' down", traversé d’accents country.

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