Les Têtes Raides sont sept. Un duo, c’est un groupe réunissant deux personnes. Un trio, trois. Un quatuor, quatre ; mais comment appelle-t-on un collectif impliquant sept membres ? Un septuor ? Si, si, ça existe !
Sept personnes constituent donc le line up de cette formation responsable de ce qui apparaît déjà comme leur onzième album studio. Vous avez certainement déjà entendu parler de ce combo. Mais êtes-vous capables de citer ne fût-ce qu’un seul titre de son répertoire ? Pourquoi donc ? Et bien parce qu’en fait, les Têtes Raides, ce ne sont pas que des disques. C’est surtout un concept né… il y a 26 ans. Ce fameux clan des sept dispense une musique qui se vit, se voit, se partage lors des sessions live plutôt que des albums qui s’écoutent gentiment au coin du feu. Il faut savoir que lors de leurs concerts, ils sont souvent bien plus que sept, car ils invitent en effet des amis musiciens, des danseurs et parfois même, c’est déjà arrivé, des trapézistes. C’est dire !
Après un détour chez Warner, le groupe retourne chez Tôt ou tard. Retour du fils prodigue émaillé par des arrivées (celle du bassiste Antoine Pozzo di Borgo et du batteur Eric Delbouys) et des départs : ceux d'Edith Bégout et de Caroline Geryl, celui enfin de Pascal Olivier, dit Cali, qui fonda la première mouture du groupe en compagnie de son frère Christian et du saxophoniste Grégoire Simon. C'était en 1984, Têtes Raides s'appelait alors Red Ted. Ce nouvel elpee, « L'An demain », est dédicacé à ces anciens compagnons de route. Une page se tourne, sans tristesse, ni nostalgie.
Tendons donc l’oreille vers les 13 compos qui peuplent ce nouvel opus. On constatera que la poésie habite chacun des titres chantés en français (un seul en ‘anglais approximatif’, « So Free »), de belles illustrations d’un style ‘chanson brute’, enrichies de cuivres ou guitares, influencée par le cabaret, le cirque, Brel ou les Clash. Des textes et des mots justes, une instrumentation subtile, joliment relevée par le violoncelle d’Anne-Gaëlle et le violon de Jeanne Robert. Autres invités de marque, Jeanne Moreau qui pose sa voix rocailleuse sur un tango délirant, « Emma ». Ou encore Jacques Martyn Richard des « Tiger Lillies » qui chante sur « So Free » et « Marteau Piqueur ». Enfin, comment passer sous silence cet anonyme qui a écrit les paroles de « Je voudrais » avant de les déposer sur le répondeur de Daniel Mermet, l'animateur de « Là-bas si j'y suis » (France Inter).
Il n'en faudrait (presque) pas plus pour nous convaincre que ce onzième album des Têtes Raides est un bon cru. Après vingt-cinq ans de musique, les Têtes ont gardé leur parfum de néo-guinguette alternative aux rythmes martelés, mais ont aussi su retrouver une fraîcheur poétique, et même une douceur qu'on ne leur connaissait guère.
Un album sincère et émouvant. A découvrir, à écouter et à digérer lentement pour en déguster toutes les saveurs.

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