Todd Sharpville est un musicien anglais qui jouit d’une solide réputation aux Iles Britanniques. Sur le Vieux Continent, c’est encore un illustre inconnu ; mais vu son talent, il devrait y forger une prochaine et rapide popularité. Et la sortie de ce double cd devrait lui servir de tremplin.
Todd est issu d’une famille d’aristocrates ancestraux, outre-Manche. Il y a déjà bien longtemps qu’il a chopé le virus du blues. Et pour cause, dès 1994, il publiait son premier opus "Touch of your love", sur le label Red Lightnin’. A l’époque, flanqué de son band, il accompagne d’authentiques stars du blues, en tournée européenne, comme Hubert Sumlin, Ike Turner ou Chuck Berry. Il faut attendre 2001 pour saluer son second chapitre musical, "The meaning of life", paru chez Cathouse, un disque pour lequel il reçoit le concours de Mick Taylor, Paul Lamb et Snowy White. Il collabore également à l’enregistrement de plusieurs elpees de la chanteuse Dana Gillespie. En 2010, il traverse l’Atlantique pour se rendre du côté de Boston, afin d’y enregistrer ce nouveau long playing. Une œuvre pour laquelle il a reçu le concours de Duke Robillard à la production et au mixing et de l’ingénieur du son John Paul Gauthier. Todd signe 14 des 15 plages de ce double cd qu'il dédicace à la mémoire de son père, l'honorable Viconte de St Davids, disparu en avril 2009 : ‘Allume la lumière du porche quand il est temps pour moi de rentrer… En attendant, tu me manques!’
Les musiciens du Duke Robillard Band ont participé activement aux sessions d’enregistrement ; soit Bruce Bears aux claviers, Jessie Williams à la basse et Mark Texeira à la batterie. Le renfort des cuivres est apporté par les meilleurs souffleurs de Boston : Doug James au sax baryton, Mike Tucker au sax ténor, Scott Aruda à la trompette et Carl Querfurth au trombone.
Todd possède un sens mélodique développé. C’est également un adepte de l’esthétisme sonore. Et il le démontre dès l’intro d’"If love is a crime". Sa voix est proche, précise, musicale, chargée de feeling. Et devinez qui souffle dans son harmonica, en toile de fond ? L’illustre Kim Wilson. Une ouverture de toute bonne facture (NDR : ça rime !), caractérisée par des accords de guitare particulièrement élégants. "Lousy husband (But a real good dad)" pénètre dans le véritable blues. Bears est passé au piano tandis que Duke a glissé comme partenaire à la six cordes. Les échanges sont de haut vol. Excellent ! Todd est très convaincant au chant, tout au long du blues lent "Used", et son solo est marqué par le style spécifiquement insulaire. Et il est superbe ! Autobiographique, "Why does I train?" est une compo qu’il avait écrite à l'époque de son divorce. Sa voix sanglote. Les cuivres font bloc à l'arrière. Le genre lorgne davantage vers les States. Une coloration qui envahit la plage jusqu’en fin de parcours. Bien exécuté, ce morceau est manifestement marqué de l’empreinte du Duke. Un solide coup de turbo amorce "Can't stand the crook". Les interventions de Kim Wilson à l’harmo sont nettement plus versatiles ; et quand il se déchaîne le Kim, plus moyen de l'arrêter! Il pousse même Sharpville dans ses derniers retranchements ; et enfin, le gamin se libère, émoustillé d'avoir pris la leçon. Séduit par les racines américaines, Todd met le cap sur la Nouvelle Orléans et nous confie qu’"Everything will be allright". Pour la circonstance, Bruce a enfilé les gants de Professor Longhair. La musique emprunte alors une configuration festive. Chaque cuivre s’accorde alors son billet de sortie, à l’instar d’un Street Band au cœur de Bourbon Street. La première plaque s’achève par "Old feeling", une ballade introspective.
Le second cd démarre fort par "When the world's not enough", un rock'n'roll balisé par le piano barrelhouse de Bears. L’intervention de Joe Louis Walker à la guitare est déterminante tout au long de "When the blues come calling", un slow blues que chante passionnément notre Todd. Sculpté dans les cordes acoustiques, "Legacy of greed" est encore souligné par la voix de Sharpville, à la fois belle et empreinte de désespoir. On est alors plongé au sein de la torpeur des bayous louisianais. Les cuivres refont surface lors du solide "Whole lotta lady". Pour la dernière fois sur cet elpee, Kim Wilson revient épauler Todd à l’occasion de son meilleur blues. Intitulé "Misery" il véhicule une immense tristesse. Nous ne sommes alors ici pas loin de ses compatriotes, Paul Lamb and the Kingsnakes. Très en verve, les saxophones s’imposent lors du blues rock très offensif "Busted in pieces". D’excellente facture, cette œuvre s’achève par le bouleversant "Porchlight", un cri d'amour du fils pour son père disparu.

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