Les Mighty Mojo Prophets sont établis à Los Angeles. Leur line up réunit le chanteur Big Son, le guitariste Mitch Dow, l’harmoniciste Ronnie Johnson, le bassiste Scott Lambert et le drummer Smilin' Jack Debuan. Ils se produisent régulièrement sur la scène locale en compagnie de Junior Watson. Eponyme, leur premier opus est paru chez Rip Cat, un label indépendant qui se consacre aux artistes de blues et de rockabilly.
Le quintet pratique un blues brut, assez primaire et donc sans la moindre fioriture. "Evil sometime" ouvre la plaque. La progression s’opère dans le rythme. La guitare s'impose d’abord avant de céder le leadership à l'harmonica de Ronnie qui en profite pour s'évader. "Friday night phone call" s'inscrit plus naturellement dans le style du secteur : le west coast jump. Une compo vivifiante au cours de laquelle Mitch s’autorise une sortie réussie et énergique à la guitare. Les Mojo Prophets vouent une admiration sans borne à Muddy Waters ; et c’est manifeste dès les premiers accords de "Night train", un blues flemmard, dont les accents très métalliques sont libérés par la slide. Big Son chante parfaitement ce Chicago blues frémissant, très terre-à-terre. Plus proche de T-Bone Walker, "Life's a hurtin' thing" est bercé de swing. L’orgue est nappé d’accents jazzyfiants, dispensés dans l’esprit de Jimmy Smith. La sortie de cordes est bien inspirée. "Smile on my face" est imprimé sur un mid tempo. La voix est très proche et distincte. Les brèves mais intenses interventions à l’harmo soulignent ce chant. Plage instrumentale, "Da switch" laisse la part belle aux cordes. D’ailleurs trois guitares s’y conjuguent. "West coast blues" évolue sur un rythme alerte. Une compo dépouillée au cours de laquelle la ligne de basse est indistincte. A contrario de la six cordes et surtout de l'harmo chromatique de Ronnie Johnson, qui se réserve l'essentiel des solos. Ce dernier empoigne alors son mini-instrument diatonique et se met à souffler dans les aigus pour introduire le funky blues "Hoodoo lover". Nous ne sommes alors pas très loin du style de Junior Wells ; donc à nouveau dans le blues de la Cité des Vents. "My baby" n'est pas la célèbre plage signée Willie Dixon mais un blues lent, pour night-clubs. La guitare embrasse des tonalités très T-Bone Walker alors que les cuivres apportent leur touche jazz. Autre plage nerveuse, "Love me like you should" est dynamisé par l'harmonica offensif de Johnson, à la manière de Little Walter. De bonne facture, "Carmen G" puise plus que probablement son inspiration dans le "All your love" d'Otis Rush. On y retrouve même les accès de mambo et les changements de rythmes, comme sur le célèbre titre d'Otis. Big Son et Whiteboy James chantent en duo "Boogie woogie rhythm'", un morceau imprimé sur un tempo enlevé dont l’effervescence est alimentée par les riffs de guitare torrides, qui jumpent à souhait. Le long playing s’achève par un blues indolent, qui fleure bon le Delta. Tout au long de ce titre acoustique, la voix de Big est puissante et l'harmonica se régale…

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