A peine un an après " Le Moujik et sa femme ", Jean-Louis Murat récidive avec un double album (23 chansons), enregistré en compagnie de ses deux comparses Fred Jimenez (ex-bassiste d'AS Dragon) et Stéphane Reynaud (suite au départ de Jean-Marc Butty chez Venus). En quatre jours ! C'est sous cette formule simple mais cohérente que Murat fait le plus d'étincelles. L'Auvergnat voudrait enregistrer deux disques par an, comme au temps des Beatles, tant ses tiroirs débordent de chansons et sa tête d'idées en tous genres. Pourtant, Murat parle toujours de la même chose : en gros d'amour, zébré d'éclairs (le morceau titre), et parfois illuminé d'une lumière inconnue. Si la plupart des titres (surtout ceux du deuxième disque) restent dépouillés et frappés d'une langueur redoutable, d'autres sont traversés de riffs rougeoyants ; et on pense à Neil Young, à Muddy Waters, à tous ces bluesmen qui enregistraient des disques intemporels en se limitant à une guitare et un vieux quatre-pistes. C'est un peu le rêve de Murat : ne plus devoir se coltiner les maisons de disques pour publier sa musique. Il n'empêche que le Français s'essaie aussi au tube FM (" Le cri du papillon " et ses charmants chœurs féminins) et convie David Boulter et Dickon Hinchcliffe des Tindersticks pour enrober sa musique ténébreuse de cordes batifolantes et d'orgues magiques. Mais Murat reste quand même Murat, c'est-à-dire qu'il ne laissera jamais personne lui dicter sa conduite. IL en résulte une œuvre à la noirceur inquiétante, malgré les fioritures et l'apparente délicatesse des mélodies. Bref, un grand album de Murat, double de surcroît, qui décidément se pose en France comme un des songwriters les plus talentueux et les plus atypiques de ces vingt dernières années.
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