Bizarrement, les Pet Shop Boys ont toujours été sous-estimés : leur pop eighties teintée d'électronique n'a pratiquement jamais été honorée à sa juste valeur - une valeur sûre pour qui écoute aujourd'hui Tiga ou Zoot Woman. Si personne ne remet en cause l'apport musical de New Order, de Human League, de Depeche Mode et de Cabaret Voltaire sur la génération techno… Tout le monde oublie par contre le rôle prépondérant que Neil Tennant et Chris Lowe ont joué dans l'édification d'un courant désormais majeur. Peut-être est-ce dû à leur imagerie parfois ringarde (les chapeaux pointus de l'époque " Very "), à certains de leurs tubes limite FM (" New York City Boy ", rebaptisé ici " Paris City Boy "), à d'autres fautes de goût tendance " Bilingual " (leur pire album, de l'" eurodancepudding ")…
A l'heure où sort ce double best of, il est temps pour beaucoup de virer leur cuti et de reconsidérer le cas Pet Shop Boys : des titres comme " Domino Dancing ", " West and Girls ", " It's a Sin ", It's Alright " n'ont-ils pas droit aux mêmes lauriers que ceux dressés aux autres kadors de l'électro-new wave des années 80 ? Insidieusement, les Pet Shop Boys ont inoculé leur virus mélodique à toute la musique électronique des années 90. Les fans de rock, eux non plus, n'ont pas le droit de bouder leur plaisir. En 1990, le duo anglais changeait de style et signait un des premiers disques importants de la décennie " Behaviour ". Une œuvre qui recèle de grandes chansons que restent " So Hard ", " Jealousy " et surtout " Being Boring ". Après s'être spécialisés dans la dance de qualité, les Pet Shop Boys amorcèrent donc, à l'orée du grunge et de l'alternatif, un virage pop-rock de belle envergure. Puis c'est " Very " (1993) et ses hymnes techno-pop (gay) au visuel Pop Art de McDonald (" Can You Forgive Her ? ", " Go West "). Arrive alors l'impasse créative illustrée par " Sé A Vida E " et " Bilingual " (1996), deux échecs critiques et commerciaux qui leur valurent sans doute cette réputation de grand groupe mineur, mais à l'influence autrement moins cruciale que celle de ses pairs… En 1999, Pet Shop Boys revient avec un très bon album, " Nightlife ", sur lequel Neil Tennant chante davantage les déboires du cœur, et se confesse sans pudeur (les émouvants " I don't know what you want but I can't give it any more " et " You only tell me you love me when you're drunk "). C'est un nouveau départ pour le duo, qui choisit cette fois les larmes aux perles de sueur, l'introspection à l'excentrique. Une option reconduite sur leur dernier album en date, " Release " (2002), dont on retrouve ici " I Get Along " et " Home and Dry ", d'une tonalité plus rock que d'habitude. A l'écoute de ce best of (deux cds + des remixes), difficile en tout cas de prédire l'avenir musical du duo, tant Neil Tennant et Chris Lowe ont su embrasser tous les styles sans jamais (ou presque) se fourvoyer. Une belle leçon d'histoire, qui remet bien des pendules à l'heure.

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