Après avoir pris connaissance de quelques critiques émises par la presse insulaire, je m'attendais à devoir me farcir un album de piètre qualité. C'est vrai que depuis la sortie de " Black Market Music ", cette même presse semble avoir pris Molko en grippe. Faut pas exagérer. Ce " Sleeping with ghosts " n'est certes pas génial, mais il ne mérite pas une telle diatribe. En fait, c'est surtout l'emballage qui est de mauvaise facture. Etonnant, lorsqu'on sait que la mise ne forme a été opérée par Jim Abiss (The Music, Unkle et Dj Shadow). Un emballage qui a l'énorme défaut de recourir un peu trop systématiquement aux arrangements technologiques. Résultat des courses, de nombreuses compositions ressemblent à des remixes avant l'heure. A la limite, faudrait presque demander à un (ou plusieurs) Dj(s) de retravailler le tout. Pas pour en remettre une couche, mais plutôt pour en enlever une ou deux. Les meilleurs fragments sont d'ailleurs les moins surchargés ; ceux qui se rapprochent le plus des deux premiers elpees. A l'instar de l'instrumental vivifiant et âpre " Bulletproof cupid ", du très tempétueux, enlevé mais contagieux " This picture ". Ou encore du punkysant et amer " Second sight ", agité par des cordes de guitare bringuebalantes en fond sonore. J'ai également beaucoup apprécié le dramatique " Protect me from what I want ", une valse mid tempo écorchée par un harmonica distordu ; et puis le final " Centrerfolds ", dont l'univers sonore hanté par un piano spectral, passe progressivement du minimalisme aux orchestrations somptueuses. Mais c'est trop peu ! Plusieurs morceaux en reviennent à la forme gothique. Tantôt proche du précédent opus, " Black market music ", tantôt réminiscente du Cure sous sa forme la plus atmosphérique (NDR : lorsqu'ils ne s'abandonnent pas dans un spleen post Depeche Mode), tantôt sculptés dans la ballade austère, ombrageuse. Des exercices de style trop prévisibles qui cherchent le plus souvent le salut dans l'instrumentation synthétique ou la mélancolie extrême. Côté lyrics, Molko s'exprime à travers un langage autobiographique ambigu, ésotérique. Il est toujours traumatisé par les relations amoureuses qu'il a éprouvées dans le passé. Elles peuplent ses rêves. C'est d'ailleurs le titre maître du quatrième opus de Placebo. Mais plutôt que de dormir avec les fantômes, Molko aurait tout intérêt à revenir à des sentiments plus basiques. Ceux qui lui avaient permis de devenir le meilleur espoir du rock britannique. C'est vrai, c'était en 1997…
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