Dick Heckstall Smith demeure un des piliers des scènes blues et jazz britanniques. Il a ainsi trempé, dès le départ, dans toutes les expériences blues, et sévi au sein de multiples formations légendaires. Et en particulier chez Alexis Korner Blues Incorporated, Graham Bond Organization et les Blues Breakers de John Mayall. Flanqué des Blues Breakers, qui avaient commis l'elpee "Barewires", il fonda Colosseum, une formation épatante responsable d'une musique, fruit d'un subtil cocktail de jazz, de blues et de rock. Lorsque Dick soufflait dans deux saxophones à la fois, l'alto et le ténor ou le soprano et l'alto, on assistait à un des grands moments de scène du Colosseum. Dick a joué en compagnie d'une multitude de musiciens. Et il jouit toujours d'un énorme capital sympathie. Il n'est donc guère surprenant de le voir aboutir à ce projet baptisé DHS and Friends.
Dick est épaulé par un quartet de base, au sein duquel figure notamment Eddie Martin à guitare steel. Mais au fil des plages, les invités de prestige se succèdent. Le répertoire est assez éclectique. Pourtant, en choisissant comme plage d'ouverture, "Rollin' and tumblin", Dick m'a fait un peu peur. Heureusement, Paul Jones (NDR : au chant et à l'harmonica) et John Hiseman (NDR : aux drums) sont de la partie. John était le leader de Colosseum. Tout au long de cette version, le sax, l'harmonica et la National guitare d'Eddie Martin font bon ménage. Dick a écrit "Millenium blues" en hommage à Muddy Waters et Ray Charles. Un blues à l'anglaise. Il n'y a pas photo ! La rythmique est implacable, assez lourde. Rab McCullough est au chant pendant que l'excellent Clem Clempson tire son épingle du jeu aux guitares, un peu comme à la grande époque du Colosseum. La pureté des saxophones de DHS est un véritable bonheur. Il ne résiste même pas au plaisir de souffler dans le ténor et l'alto. McCullough est irlandais. Ses vocaux sont impeccables sur le rythmé "Watching your every move". Il attaque son phrasé à la manière d'un Rory Gallagher. Surprenant! Ce fragment avait été écrit par Dick pour Colosseum. Autre guitariste, Rab s'acquitte fort bien de sa tâche. Il est assez agressif sur les cordes. Mais Dick prend le relais pour nous nous réserver un excellent moment. Peter Green chante, joue de la guitare et de l'harmo sur le blues lent saturé d'émotion, "Cruel contradictions". Peter me semble fort bien inspiré et c'est tant mieux! Abordée dans l'esprit de Colosseum, voire d'Alexis Corner, "Angie baby" est sculpté dans le son funky. Le sax de Dick délire un peu dans le free. Ex-Piblokto, ex Battered Ornaments, le poète/musicien Pete Brown assure la production de l'album. Il chante l'étrange "Grind, glitch and snit". Dick a sévi chez le Blues Incorporated. Un groupe qui possédait, à l'époque, deux leaders : Alexis Korner et le regretté Cyril Davies. En hommage à ce grand musicien, Dick reprend l'instrumental "Spooky but nice", les deux saxes à la bouche. Mick Taylor est à la slide. Le tempo reste lent et la voix de Jack Bruce envahit l'espace sonore. Jack a souvent été le compagnon musical de DHS. Il attaque "Hidden agenda", mais la plage est un peu trop longue à mon goût. Excellent chanteur anglais, Paul Williams a travaillé en compagnie de John Mayall. Très brièvement, il faut le reconnaître. Il a également sévi chez Juicy Lucy. De sa vois graveleuse, il assume les parties vocales de "Twilight shuffle". Clem Clempson sort de sa réserve en dispensant des notes de guitare très travaillée. Dick exécute un superbe travail au sax sur l'instrumental "Swamp". L'album s'achève par un autre instrumental. Un blues lent qu'on croirait issu de sessions d'enregistrement des Blues Breakers, commises à la fin des 60s. Et c'est bien John Mayall qui donne la réplique sur ce "If you know you don't love me why in the world don't you leave me be?".

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