T-Love n'est pas de ces ‘bitches’ qui roucoulent en remuant du popotin : poétesse activiste dans le milieu du hip hop, la jeune femme se pose en digne héritière de Nina Simone et de Billie Holiday, à qui elle dédie d'ailleurs son premier album. Comme son titre l'indique, " Long Way Back " rend hommage à ce ‘peuple du blues’ dont elle est la descendante, à tous ses ancêtres qui se sont battus au nom du respect et de la dignité. ‘Baby… When you're older/You will comprehend/the pain of black men’, rappe-t-elle en début d'album : chroniqueuse hors pair de la condition de ses pairs, T-Love prône avec sagesse et douceur le devoir de mémoire. L'exploit, c'est que la rappeuse ne s'arrête pas là : au lieu de nous contenter d'un album où la musique ne serait plus que le support pâlot d'un engagement textuel suffisamment riche, la Californienne nous offre aussi une leçon de soul, de jazz et de hip hop. Nina Simone décrivait son œuvre comme de la (musique classique noire’ : ici aussi, le rap se mélange à la chanson, le piano aux scratches, les cuivres aux samples, pour atteindre finalement l'universel. Produit par Jay Dee et The Herbaliser, " Long Way Back " marie ainsi tous les courants de la musique black, en nous épargnant ses clichés (écouter l'hilarant " Wanna-Beez ", avec Chali 2Na de Jurassic 5 en invité). T-Love est une femme intelligente et sensible, dont le talent d'écriture impressionne à chaque écoute : " Long Way Back " se termine ainsi par une longue comptine en quatre chapitres, à l'orchestration dynamique et raffinée. Reste à espérer, vu les greluches qui squattent le haut de la tribune, que son message reçoive l'accueil et l'attention qu'il mérite.

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