Christopher Rea a soufflé, en avril dernier, les soixante bougies de son gâteau d'anniversaire. Le compositeur anglais avait pourtant annoncé sa retraite. Mais, il a apparemment changé d’avis. Et c’est un réel bonheur de retrouver ce compositeur au timbre de voix rauque et chaleureux chez ce gratteur qui privilégie, une nouvelle fois, sa guitare slide. Chris ne fait jamais les choses à moitié. Souvenez-vous, il avait publié une série de onze albums, sous un même coffret, baptisé "Blue guitars", fin 2005. Cette nouvelle œuvre est parue sous la forme d’un cd, mais également sous des formats différents. Dont un coffret en édition spéciale réunissant 3 cd et 2 dvd. La booklet est malheureusement avare en infos sur les participants aux sessions d’enregistrement. Une chose est sûre, cet opus est découpé en treize nouvelles compos et Rea est responsable de la peinture qui illustre la pochette.
L’elpee s’ouvre par "Dancing my blues away", un blues rock rythmé, entraînant, qui incite à danser. La voix de Chris est immédiatement identifiable. "Rock and roll tonight" embraie dans le même registre, mais cette piste met en exergue la slide. Une slide sauvage et torturée. Manifestement l'artiste privilégie un même profil rythmique ; à l’instar de "Never tie me down", imprimé sur un tempo bien carré. Revers de la médaille, la compo manque de relief. En effet, la section rythmique (basse/batterie) semble souffrir d’anémie. Elle manque même de groove, de punch quoi ; et je soupçonne fort Chris de s’être réservé la plupart des prises instrumentales. La voix est bien mieux mise en évidence sur "The chance of love", une ballade séduisante très proche de l’univers sonore de Mark Knopfler, en compagnie duquel il a d’ailleurs pas mal bossé, dans le passé. Il s’agit aussi de la meilleure plage de ce long playing. Nous ne sommes pas loin du folk rock celtique accroché à ses racines. "The last open road" monte en intensité. La slide crève l’écran lors de ce hard rock balisé par un riff puissant. Un riff qu’il emprunte à Joe Walsh sur "Electric guitar", un morceau signé par les Eagles. L’atmosphère y est quelque peu étouffante. Longue plage "Money" aborde le thème de l’argent. La sonorité dispensée au début de la piste craquèle comme un vieux 78tours. Instrumentale, la musique semble immortalisée dans un ancien cabaret. Elle glisse ensuite vers un style celtique allègre avant d’atterrir dans un blues que chante un Rea bien inspiré, dans un registre proche de cet autre charmeur qu’est Tony Joe White. Blues classique, "The way she moves" constitue un cri d'amour destiné à cette créature de rêve qui est venue pour danser. Chris en profite pour libérer sa plus jolie salve de slide. Le climat est semblable lorsqu’il attaque "Dance with me all night long", une boogie au tempo léger. Nous ne sommes pas loin de l’esprit de Dylan, flanqué du Band, lorsqu’il aborde "You got lucky", un track bourré de charme. Mais c’est lors des ballades mélancoliques que Rea prend toute sa dimension, des chansons dépouillées à l’extrême, élégantes, empreintes d’une grande douceur, et qu’on retrouve en fin d’album, comme "Think like a woman", "Lose my heart in you" et "I will go on".

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