Eric Clapton a d’abord fait ses classes dans l’univers du blues, avant de passer au rock, puis à la pop. L’artiste est populaire, il faut le reconnaître ; il est même notoire au sein de toutes les générations. Il a cependant décidé de se lancer dans une nouvelle expérience, en compagnie d’un des plus grands trompettistes de jazz contemporains, Wynton Marsalis. Les deux musiciens ont répété durant trois jours le répertoire présenté lors de trois concerts accordés au Lincoln Center de New York.
Le concert démarre par "Ice Cream", une compo qui baigne dans le pur dixieland. Du jazz très traditionnel dispensé par des professionnels du genre, une sphère au sein de laquelle, chaque musico est libre de mettre le nez à la fenêtre, dès qu’il en a l’opportunité. Et sept minutes plus tard, la trompette et la guitare, bien sûr, mais aussi la clarinette, le piano, la basse et la batterie ont déjà accompli leur exercice de style en solo. Le concert est partagé entre jazz et blues ; et c'est tant mieux. Notre Eric chante "Forty-four", l'une des meilleurs compositions du légendaire Howlin' Wolf. Avouons que la fusion est réussie. De ce Chicago blues conventionnel, s'échappent le trombone de Chris Crenshaw, la clarinette de Victor Goines et bien entendu les cordes d'Eric. Signé W.C Handy, "Joe Turner's blues" met bien en exergue le croisement entre ces deux musiques traditionnelles américaines. Le tempo est lent, paresseux même, mais il libère beaucoup de feeling. Une situation reproduite sur une autre plage issue de la plume de Handy, "Careless love". Sur "The last time", Marsalis nous rappelle le talentueux trompettiste, Louis Armstrong. Remarquable ! "Kidman blues" campe un boogie blues syncopé. Très ‘New Orleans’ cette plage est imprimée sur un tempo particulièrement enlevé. Le piano de Dan Nimmer est bien en avant-plan, mais tous les musiciens prennent leur pied sur cette piste. Eric sent bien que c'est l'instant de dispenser son tube "Layla". Mais il l’a adapté à la sauce Dixieland. Tous les cuivres et tutti quanti piaillent d'impatience. Une version originale de toute beauté au cours de laquelle Clapton nous pond un solo très inspiré, aussitôt relayé par Marsalis. Magique ! Chris Crenshaw chante "Joliet bound", un country blues très relax, attaqué dans l’esprit de JJ Cale. Et quelle bonne surprise, lorsque pour jouer les deux dernières plages, le grand bluesman noir Taj Mahal monte sur les planches. Il chante le traditionnel "Just a closer walk with thee" et son "Corrine, Corrina", à la sauce New-Orléans, Tak en profitant pour venir y ajouter ses interventions au banjo. Une belle propagande pour cette musique partagée entre le jazz et le blues.

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