Lee McBee n'est pas texan, mais nous vient du Missouri. De Kansas City, très exactement. Il vit aujourd'hui à Lawrence, dans le Kansas. Au cours de sa jeunesse, il a beaucoup écouté les artistes de honky tonk. Tout d'abord Georges Jones, Patsy Clyne et Buck Owens. Et puis Sam Cooke, Al Green et Otis Redding. Il va donc finir par goûter au blues. Celui de Chicago et de la Louisiane, en particulier. L'harmonica, il le découvre en écoutant tout d'abord Paul Butterfield et puis surtout l'elpee "Turning point" de John Mayall. Georges Smith devient son idole. Avant qu'il ne tombe sous le charme de monstres sacrés, tels que Big Walter, Little Walter, Sonny Boy Williamson ou Junior Wells.
Pour ouvrir ce "Soul deep", les cuivres ouvrent le feu. Les saxes de Kaz Kazanoff et la trompette de Jimmy Shortell sont à l'unisson et le piano de Gene Taylor sautille pour célébrer l'arrivée du seigneur, du shouter blanc à la voix puissante : Mr Lee McBee. Ce "Ride with me" est impérial. Une compo de Long John Hunter, au cours de laquelle la section rythmique, constituée de Johnny Bradley à la basse et de Wes Starr à la batterie, et enrichie de diverses percussions, porte le tout. Les guitares des texans Jon Moeller et de Hash Brown respirent déjà à pleins poumons. Tout ce petit monde avait émerveillé le public du Spring Blues d'Ecaussinnes, l'année dernière. Lee a de la voix, du souffle, du cœur et puis une présence assez extraordinaire. Il possède l'art d'insuffler le feeling aux musiciens qui jouent à leur plus haut niveau. La section rythmique texane exerce une grande importance dans ce contexte. Starr et Bradley militent aujourd'hui au sein des Rockets d'Anson Funderburgh. Starr a déjà côtoyé Marcia Ball, Delbert McClinton et Asleep at the Wheel. Bradley, Mike Morgan & the Crawl! La reprise du "Just a feeling" de Little Walter est le moment choisi par Lee pour dégainer son harmonica. Soutenu par cette même section rythmique et le piano de Gene Taylor, qui élaborent cette plate-forme aux soudures parfaites, ce blues lent est joué de manière tout à fait remarquable. Le ton à l'harmo est naturellement puissant. Les deux guitares se fondent. Lee saisit son instrument chromatique pour attaquer "Twelve hours from you". Sur un rythme de rumba, à la manière de son idole, Georges Smith. Un rythme exotique que l'on retrouve également sur "It's your voodoo working". La plage titulaire est signée Clarence Carter. Une ballade R&B mélodieuse, agrémentée de chœurs féminins qui emprunte au style soul blue. La cover du "Country blues II" de Muddy Waters est une plage roots, inspirée du Delta blues. Un dialogue échangé entre la voix torturée de Lee et le piano, le dobro ou l'harmo. "Gonna find my baby" demeure discrètement le registre roots. La puissance atteint son maximum pour jouer "I don't understand". Le shuffle brûle tout sur son passage. Son souffle est ravageur. Il rappelle même parfois le saisissant Papa George Lightfoot. Les guitares de Jo et Hash impressionnent. J'adore le son paresseux, très swamp blues, de "Your turn to cry". On se croirait revenu à Baton Rouge, à l'époque de Guitar Slim ou d'Earl King. La finale, "Walk" est issu de la plume de Jimmy McCracklin. Elle met en évidence l'indiscutable talent de Kaz Kazanoff. Lee McBee est l'une des plus grandes voix du blues contemporain. Un superbe album.

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