Little Al Thomas est né à Chicago, en 1930, où il a grandi au cœur du célèbre marché de Maxwell Street. Il a fréquenté un bon bout de temps le groupe de Lacy Gibson. Nous sommes à Lucerne en novembre 2000. Al est entouré d'une solide formation composée de Thomas Dutko à la batterie (NDR : il a joué pour Jimmy Rogers, Eddie Taylor, Homesick James, Big Walter Horton,…), T. Edward Galchick à la basse, John Edelmann à la guitare, ainsi que Myron Harvey et Bill Voltz aux saxophones.
Le concert s'ouvre par "Somebody changed the lock on my door". Une plage rythmée au cours de laquelle la section de cuivres appuie le chant, alors que la guitare d'Edelmann sort déjà de sa réserve. Même tempo pour la reprise du fameux "I feel so good" de Big Bill Broonzy". Adoptant ce style de Chicago swing blues, elle rappelle le grand Floyd McDaniels. Little Al possède une voix de ténor, assez puissante pour être à l'aise dans un style qu'il apprécie ; surtout lorsqu'il peut y injecter un maximum de swing. Il déborde de confiance pour interpréter "Bad luck baby", une composition signée par son guitariste. Ce dernier y va d'ailleurs d'un superbe solo, tout en réserve, au cours duquel chaque note a son importance. Du beau travail! John vit aujourd'hui en Floride. Il participa naguère à l'aventure de Little Mike & the Tornadoes. On le retrouve ainsi sur les trois albums de ce groupe, parus entre 1990 et 1995. Il est tout aussi à l'aise dans l'univers du slow blues. A l'instar de "You're breakin' my heart", une composition issue de la plume de B.B King, artiste majeur que vénère sans conteste notre petit Al. Il remet d'ailleurs une couche de BB quelques minutes plus tard à travers un autre blues "de luxe", intitulé "Sweet Sixteen" : près de 10 minutes ponctuées d'un solo impérial accordé sur les six cordes. Le Crazy House Band s'attaque à "Just like a fish" de Magic Sam, suivant une recette instituée par "Albert King", époque Stax. Voltz nous y réserve une belle intervention au sax ténor, sur fond de percussions administrées par Dutko. Autre composition d'Edelmann", "Memphis girl" nous plonge dans ce R&B concentré à Memphis, dans le Tennessee. Ce qui explique le titre de ce fragment. Little chantait autrefois "Feel so good". Pour la circonstance il opte pour une version bien réussie du "Feel so bad" de Chuck Willis, au cours de laquelle les cuivres soufflent sur le devant de la scène. Le prix du slow blues le plus long revient à "Nobody sleepin' in my bed". Il s'étale sur plus de 11', y compris le temps de présenter ses musiciens! Le concert se termine par une nouvelle cover consacrée à BB King : "I gotta find my baby". Imprimé sur un rythme bien classique pour le blues, elle permet à tous les musiciens de prendre leur pied. Nonobstant sa bonne facture, cet opus n'est pas tellement consacré sur le Chicago blues. Etonnant pour un artiste pourtant bien ancré dans la cité des vents.

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